
La plénière de ce mercredi 20 mai à l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo ne s’est pas contentée de suivre l’ordre du jour. Sous la direction d’Aimé Boji Sangara, la Chambre basse a enclenché une véritable accélération législative. En déclarant recevables deux projets de loi majeurs, les députés nationaux s’attaquent de front à deux défis cruciaux : le manque à gagner fiscal lié à la contrebande et l’isolement académique de la jeunesse congolaise.Le premier texte soumis à la sagacité des élus concerne la ratification du protocole international visant à éliminer le commerce illicite des produits du tabac. Porté par la commission mixte “Relations extérieures” et “Sociale et culturelle” sous la houlette du député Berthold Ulungu et présenté par le rapporteur adjoint Jacques Safari, ce projet de loi est loin d’être une simple formalité administrative.
En RDC, le commerce illicite du tabac est un fléau invisible mais dévastateur. Il prive l’État de millions de dollars de recettes douanières et fiscales chaque année, tout en alimentant des réseaux mafieux parfois liés à l’insécurité dans l’Est du pays.
Ce que change ce protocole :
– Traçabilité stricte : Suivi de la chaîne d’approvisionnement pour savoir exactement d’où viennent les cigarettes et où elles finissent.
– Répression de la fraude : Durcissement des contrôles douaniers aux frontières.
– Santé publique : En sortant les produits de contrebande (souvent plus toxiques et moins chers) du marché, l’État protège mieux sa population.
En adoptant ce texte, l’Assemblée nationale choisit de renflouer les caisses du Trésor public tout en assainissant l’économie nationale.Le second grand coup d’éclat de cette plénière touche directement l’avenir de la jeunesse. Les députés ont validé la ratification de la Convention mondiale de l’UNESCO relative à la reconnaissance des qualifications de l’enseignement supérieur, adoptée à Paris en 2019.
Pendant trop longtemps, les étudiants congolais désireux de poursuivre leurs études à l’étranger ou les diplômés rentrant au pays ont fait face au parcours du combattant des équivalences de diplômes. Soupçons sur la qualité de la formation, lourdeurs bureaucratiques : le savoir congolais souffrait d’un déficit de reconnaissance internationale.
Cette convention change la donne. Elle pose les bases d’une confiance mutuelle entre les États signataires. Pour un jeune diplômé de l’UNIKIN, de l’UNILU ou de toute autre institution homologuée en RDC, cela signifie que son parchemin aura une valeur juridique et académique claire à l’échelle mondiale. C’est la clé de voûte pour booster la mobilité étudiante, faciliter la fuite des cerveaux à l’envers (le retour des compétences) et intégrer les universités congolaises dans les réseaux de recherche internationaux.

Un signal fort pour la suite de la législatureEn menant de front ces deux chantiers, l’Assemblée nationale démontre une vision holistique du développement. D’un côté, on sécurise les recettes de l’État et l’économie (le portefeuille) ; de l’autre, on valorise le capital humain et l’intelligence collective (l’avenir).
Sous l’impulsion d’Aimé Boji Sangara, la Chambre basse envoie un message clair aux partenaires internationaux et à la population : la RDC s’aligne sur les standards mondiaux, que ce soit pour réguler ses marchés ou pour propulser sa jeunesse. La machine législative est lancée, et elle a faim de réformes.
Sylvain Kaita
