
Le Ministère de l’ESU a suspendu jusqu’à nouvel ordre les activités académiques (inscriptions, enseignements, évaluations, délibérations) dans plusieurs établissements de Goma et Bukavu pour 2026-2027, pour des raisons sécuritaires et pour préserver la valeur des titres académiques. Le professeur Arthur Yenga livre un diagnostic sans complaisance.
Si la mesure se justifie sur le plan administratif, elle pose de lourdes questions pratiques :
- Sur les étudiants : La réorientation vers des villes sécurisées (Kinshasa, Kisangani, Lubumbashi) est prévue, mais sans moyens de transport, logement et subsistance, elle est inapplicable. Les universités d’accueil sont déjà saturées.
« La responsabilité scientifique impose un diagnostic lucide des effets collatéraux de ces mesures. Il ne suffit pas de décider la suspension des activités académiques ou la réorientation des étudiants. Il faut également s’interroger sur les conditions concrètes de leur mise en œuvre. » a-t-il indiqué. En poursuivant que :
« La réorientation sans accompagnement logistique et financier risque de rester une simple injonction administrative. Il faut prévoir des mécanismes permettant aux étudiants déplacés de se déplacer, de se loger et de poursuivre effectivement leurs études ».
Au-delà, c’est l’avenir d’une génération qui est en jeu : retards, abandons, désœuvrement
« On ne peut pas protéger la souveraineté académique de l’État en laissant toute une génération d’étudiants perdre progressivement le lien avec le système national d’enseignement supérieur. La continuité académique doit rester une priorité » a-t-il ajouté.
– Sur le personnel académique : 48 agents ont vu leur rémunération suspendue. Le Prof. Yenga appelle à distinguer la collaboration volontaire de la présence sous contrainte dans une zone occupée.
« Il faut distinguer le choix opportuniste de la captivité structurelle. Celui qui choisit volontairement de collaborer doit répondre de ses actes. Mais celui qui reste sur place parce qu’il est pris en otage par les circonstances ne devrait pas être automatiquement considéré comme un collaborateur » a-t-il mentionné avant de poursuivre que l’injustice serait de sanctionner indistinctement des personnes qui n’ont pas eu la possibilité matérielle de s’exiler.
Il faut une approche qui permette de distinguer la responsabilité personnelle de la contrainte imposée par la situation sécuritaire. L’enseignement supérieur doit être pensé comme un élément de la paix. Il faut concilier autorité de l’État et continuité académique.
»Il faut préserver à la fois la souveraineté académique de la République et l’avenir des apprenants. La sauvegarde de la valeur légale des diplômes congolais ne doit pas se faire au prix d’une rupture du lien national avec toute une génération d’étudiants et d’enseignants ».
Matthieu Kinganda
