Tshopo|Activités de Vaccination : Menacés, insultés, les Médecins Chefs des Zones de Kisangani sortent de l’ombre pour laver leur honneur et refusent de servir de boucs émissaires

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Un climat délétère règne dans le secteur de la santé à Kisangani. Entre colère des prestataires de terrain, pressions politiques et harcèlement sur les réseaux sociaux, les responsables sanitaires sont à bout. Face à ce qu’ils qualifient de « lynchage injuste », le Dr Lolo Ofoili, Médecin Chef de Zone de la Tshopo, et le Dr Marcel Bachulu, Médecin Chef de Zone ai de Kabondo, sont montés au créneau ce vendredi 10 juillet 2026 au cours d’un point de presse.

Devant la presse boyomaise, ils ont tenu à rétablir la vérité sur le blocage des paiements des dernières campagnes de vaccination, pointant du doigt les failles systémiques du mode de paiement par Mobile Money.

La situation est devenue intenable pour les gestionnaires des Zones de Santé de la ville. Jadis salués pour leurs performances de santé publique, ils se retrouvent aujourd’hui transformés en boucs émissaires.

S’exprimant au nom de l’ensemble des 23 Chefs de Zones de la Tshopo, dont 18 œuvrent à l’intérieur de la province et 5 dans la ville de Kisangani, Dr Lolo Ofoili a confessé que les équipes sont profondément lésées et commencent même à fuir les bureaux à cause de la pression étouffante de la communauté.

Dr. Marcel Bachulu | Dr. Lolo Ofoili

Sur le terrain, la tension est palpable. Les superviseurs et médecins craignent désormais pour leur intégrité physique lors des descentes de routine. La cause de ce courroux réside dans les arriérés accumulés des campagnes de vaccination d’avril-mai 2026, mais aussi celle, plus récente, qui s’est déroulée du 18 au 20 juin 2026.

Pour couper court aux rumeurs qui enflamment les réseaux sociaux, Dr Lolo Ofoili a dressé un état des lieux sans complaisance du taux d’exécution des paiements par transaction mobile dans les cinq zones urbaines pour la campagne d’avril et mai. Le bilan est particulièrement hétérogène et alarmant.

Dans la zone de santé de la Tshopo, seuls 45% des prestataires ont été payés à ce jour. La situation est encore plus timide à Makiso, où à peine 20% des agents ont commencé à percevoir leurs primes depuis lundi dernier, un constat identique à celui de la zone de Mangobo qui stagne également à 20%. Le fossé se creuse dramatiquement à Kabondo et à Lubunga, où absolument aucun prestataire n’a été payé, affichant un triste taux de zéro pour cent.

Pour ce qui est de la toute dernière campagne du 18 au 20 juin 2026, le blocage est total : aucun intervenant n’a touché le moindre centime, toutes zones confondues.

Face aux accusations de détournement proférées par certains élus et des internautes, la mise au point des MCZ a été catégorique. L’enveloppe financière de ces campagnes n’effleure même pas les comptes des zones de santé. Les responsables précisent que l’argent ne transite pas par les gestionnaires des structures locales, mais qu’il est versé directement sur les téléphones individuels des acteurs. Ils déplorent ainsi les flèches et les critiques qui leur sont envoyées alors qu’ils n’ont aucun contrôle sur les fonds.

Les médecins chefs de zone rappellent d’ailleurs qu’ils traversent la même crise, ayant travaillé durablement durant deux campagnes sans rien toucher depuis plus de trois mois.

Ce retard de paiement met également hors de cause le Chef de Division Provinciale de la Santé. Les médecins qualifient de non-sens les rumeurs selon lesquelles la hiérarchie provinciale retiendrait des pourcentages. Selon eux, il est impossible de couper ou de retenir un argent que personne n’a encore touché et qui est géré à distance par voie électronique. Ils dénoncent une injustice et confirment que le Chef de Division est totalement innocent dans cette affaire.

Si le basculement vers le paiement électronique avait été initialement pensé par les partenaires financiers et le gouvernement pour garantir la transparence, le Dr Lolo Ofoili dresse un bilan critique de cette transition après neuf ans d’expérience managériale.

Premièrement, ce système engendre des arriérés chroniques, à tel point que des prestataires attendent encore leurs primes pour des campagnes menées en 2025. Deuxièmement, cette méthode favorise la contre-performance et s’apparente à une prime à la paresse. Le système automatisé empêche les gestionnaires de sanctionner les agents fictifs ou absents, car même si quelqu’un ne travaille pas sur le terrain, l’argent tombera d’une manière ou d’une autre dans son téléphone. Enfin, ce mode de paiement court-circuite la chaîne de responsabilité locale et prive les médecins de leur autorité.

Les responsables sanitaires réclament ainsi un retour pur et simple au paiement en cash. Ils estiment que payer une personne physiquement contre signature reste la meilleure façon de responsabiliser les managers et de préserver leur dignité. Si des dysfonctionnements surviennent avec le mode physique, les enquêtes peuvent facilement établir les responsabilités de chacun, ce qui est impossible avec le désordre actuel du réseau mobile.

En dépit de cette crise financière, les médecins ont tenu à rappeler l’impact vital de leur travail sur des générations d’enfants boyomais. Grâce à plus de dix ans de campagnes de vaccination intensives contre la polio, des pathologies lourdes ont pratiquement été éradiquées de Kisangani.

Les responsables soulignent qu’on ne voit plus à l’école des enfants obligés d’utiliser des béquilles ou des vélos adaptés, et que le phénomène des grosses têtes ainsi que le Lukunga ont totalement disparu depuis que les parents ont adhéré à la vaccination. Les médecins s’indignent de voir qu’en retour de cette énergie déployée pour la santé publique, ils reçoivent des injures et une mauvaise rémunération.

En guise de conclusion, le message adressé aux vagues de prestataires en colère est un appel pressant à la patience et à la retenue. Le Dr Lolo Ofoili demande à tout le monde de rester calme car personne n’a volé leur argent.

Le retard dépend exclusivement des discussions techniques et des contrats passés entre le niveau central du gouvernement et les partenaires budgétaires. Les démarches se poursuivent quotidiennement pour décanter la situation, mais la paix sociale à Kisangani dépend désormais de la rapidité de la réaction de Kinshasa.

Jerry Lombo


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