RDC : L’électrochoc Jean Bamanisa Saïdi au Sénat pour une industrialisation planifiée et sans faux-semblants des ZES

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L’hémicycle du Palais du Peuple a vibré au rythme d’une véritable leçon de realpolitik économique. Alors que le Sénat, réuni en session extraordinaire, s’attelle à l’examen crucial du projet de loi portant révision du régime des Zones Économiques Spéciales (ZES), une voix a captivé l’attention des observateurs et des professionnels des médias. Celle du sénateur Jean Bamanisa Saïdi.

L’ancien gouverneur de la province orientale et de l’Ituri, figure de proue du secteur privé et de l’ingénierie territoriale en République Démocratique du Congo, ne s’est pas contenté de survoler les textes juridiques. Face à la presse, au sortir d’une plénière électrique, le parlementaire a livré un plaidoyer ciselé, teinté d’histoire, de rigueur technique et de prospective.

Pour lui, la révision actuelle ne doit pas être un simple toilettage législatif, mais le catalyseur d’une vision nationale cohérente, capable de faire passer la RDC de l’économie de rente à la souveraineté industrielle.

Pour comprendre les blocages actuels, Jean Bamanisa Saïdi a choisi de rafraîchir les mémoires, ramenant l’assistance à la genèse d’un projet vieux de près de trente ans. Le sénateur a rappelé avec insistance que les Zones Économiques Spéciales ne sont pas une invention spontanée de la dernière décennie, mais le fruit d’un long cheminement qui exige de la méthode.

Dès l’année mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit, en pleine mutation politique, les premières études structurelles étaient lancées sur le site stratégique de Maluku. En deux mille deux, le bureau d’études Congo Partenariat Développement Conseil, structure pionnière également initiatrice du célèbre forum Expo Béton, était formellement associé aux travaux préparatoires du gouvernement. À l’époque, des corridors de développement ambitieux reliant Maluku, Kimpese et le port en eau profonde de Banana étaient déjà dessinés sur les cartes économiques du pays.

Si ce processus a fini par accoucher de la loi de deux mille quatorze, puis des réajustements de deux mille vingt-trois, le sénateur déplore une forme de déconnexion entre la mémoire technique du pays et l’exécution politique actuelle. Pour Jean Bamanisa Saïdi, revisiter la loi aujourd’hui exige d’abord de capitaliser sur les échecs et les succès de ce long héritage.

Au-delà de la technique juridique, le sénateur pointe du doigt un déficit de cap macroéconomique, car une zone économique ne peut pas flotter dans le vide et doit impérativement s’inscrire comme le satellite d’une trajectoire définie au sommet de l’État.

Jean Bamanisa Saïdi a ainsi rappelé les orientations claires édictées par le Chef de l’État dès deux mille dix-neuf en matière de redressement industriel. Le problème majeur réside selon lui dans l’exécution et l’articulation de ces directives par l’appareil gouvernemental. Pour y remédier, il exhorte le Sénat à faire appliquer rigoureusement son règlement intérieur, qui impose une obligation constitutionnelle stricte au Chef du Gouvernement.

Ce dernier doit se plier à l’exercice de venir présenter, à raison de deux communications par session devant les deux chambres, la politique générale de l’exécutif. Cette démarche essentielle doit permettre aux élus du peuple de juger enfin de la cohérence, de la complémentarité et de la viabilité à long terme des réformes sectorielles d’envergure.

L’analyse de Jean Bamanisa Saïdi s’est voulue chirurgicale lorsqu’il a abordé le bilan de la zone pilote de Maluku. Tout en saluant la volonté politique qui a permis son éclosion, il n’a pas manqué d’en pointer les dérives organisationnelles flagrantes. Le modèle théorique cible prévoyait initialement une gestion déléguée à un aménageur privé spécialisé, mais la réalité du terrain montre plutôt une administration directe par l’agence publique.L

Le constat est sans appel puisque les outils fondamentaux de développement, à savoir le plan d’aménagement local et le plan de développement intégré, accusent de profonds retards de finalisation. Plus grave encore, le sénateur révèle que des schémas directeurs validés par la Banque Mondiale en deux mille dix-huit, et directement issus des travaux de son propre bureau d’études, ont été superbement ignorés ou dévoyés lors de la mise en œuvre pratique sur le site.

Pour illustrer son propos sur la nécessaire spécialisation des espaces, l’ancien gouverneur a pris l’exemple frappant de l’usine de fabrication de carrelage implantée à Maluku. Il s’est interrogé sur la pertinence d’installer une usine de céramique à Kinshasa alors que ses matières premières et le pôle énergétique naturel se trouvent dans le Kongo Central.

Selon sa lecture économique, cette unité industrielle aurait dû être orientée vers Kimpese ou Lukala, au cœur du hub cimentier national. Un tel choix de bon sens aurait permis de rapprocher instantanément l’usine des gisements minéraux indispensables, de soulager le réseau électrique de Kinshasa déjà en proie à un déficit chronique, et enfin de rationaliser drastiquement les coûts logistiques de transport.

Au début des années deux mille, lorsque les équipes de Jean Bamanisa Saïdi planifiaient la création de vingt-trois Zones Économiques Spéciales à travers le territoire national, les décideurs d’alors criaient à l’utopie irréalisable. Aujourd’hui, l’histoire lui donne raison puisque le gouvernement court désormais après cette multiplication provinciale qu’il considère comme une évolution positive.

Le sénateur salue les dynamiques en cours à travers le pays, évoquant les projets de Maluku à Kinshasa, de Kiswishi à Lubumbashi, de Musienene à Lubero au Nord-Kivu ou encore de Binga dans le Sud-Ubangi. Il suit également de près les futurs parcs technologiques dédiés à l’industrie des batteries à haute valeur ajoutée prévus dans l’espace minier de Kolwezi. Cependant, il prévient avec force que cette expansion territoriale sera un coup d’épée dans l’eau si elle ne s’accompagne pas d’un principe rigoureux de justice et d’intégration dans l’économie nationale.

Éviter le piège du dumping fiscal et sauver l’Est du paysC’est le cœur de l’alerte lancée par le sénateur, celle de la coexistence pacifique entre le tissu industriel historique et les nouveaux venus massivement subventionnés. Les exonérations fiscales et douanières majeures accordées aux investisseurs des nouvelles zones ne doivent pas se transformer en une arme de destruction contre les capitaines d’industrie locaux.

Ces derniers produisent en République Démocratique du Congo depuis des décennies et paient le prix fort des infrastructures défaillantes et d’une fiscalité lourde. Le gouvernement doit impérativement veiller à ce que ces dispositifs stimulent l’économie sans asphyxier les opérateurs traditionnels existants.

Concernant les provinces de l’Est, profondément meurtries par des décennies d’insécurité, Jean Bamanisa Saïdi y voit une opportunité géopolitique et économique majeure. L’implantation de grandes zones économiques dans ces régions sinistrées ne doit pas être vue comme un simple projet commercial, mais comme une véritable stratégie de pacification par l’emploi et l’investissement.

Redonner de la valeur, de la dignité et du travail aux territoires affectés par les conflits reste le meilleur moyen de tarir le recrutement des groupes armés, à l’unique condition que cette ambition s’inscrive dans une politique globale clairement définie.

Enfin, le sénateur a tapé du poing sur la table concernant le respect absolu des normes de construction au sein de ces périmètres. Le terme de zone spéciale ne signifie en aucun cas qu’il s’agit d’une zone de non-droit ou d’anarchie urbanistique.

Il juge inadmissible que des aménageurs ou des investisseurs internationaux s’affranchissent des règles d’urbanisme nationales, en construisant des routes, des usines ou des réseaux de raccordement sans obtenir au préalable les autorisations et les permis requis auprès des ministères sectoriels compétents.

L’Agence des Zones Économiques Spéciales et le Ministère de l’Industrie doivent s’imposer comme les gardiens inflexibles du respect des normes républicaines, et non comme de simples spectateurs passifs. Pour marquer l’importance du sujet, le sénateur a d’ailleurs annoncé que le Parlement s’apprête à ouvrir un grand débat législatif dédié aux Travaux Publics dans les tout prochains jours.

Ce qu’il faut retenirLa sortie médiatique et parlementaire du sénateur Jean Bamanisa Saïdi agit comme un véritable électrochoc au moment où la République Démocratique du Congo redessine son architecture industrielle. En reliant les fils de l’histoire économique du pays aux dures réalités du terrain, il rappelle aux législateurs et à l’exécutif une vérité fondamentale.

Le développement ne se décrète pas à coup de textes de loi importés, il se planifie sur le terrain, dans le respect des opérateurs locaux et avec une vision patriotique de long terme. Le débat au Sénat promet d’être dense, et les arbitrages à venir seront décisifs pour l’avenir de la production nationale.

Jerry Lombo


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