Kasaï-Central : à un an de la fin de son mandat, la CPVJR s’enlise dans les blocages, la CNDH tire la sonnette d’alarme

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Kasaï-Central : à un an de la fin de son mandat, la CPVJR s’enlise dans les blocages, la CNDH tire la sonnette d’alarme.

Le temps presse et l’espoir s’effrite au Kasaï-Central. À seulement un an du terme officiel de son mandat, la Commission provinciale vérité, justice et réconciliation (CPVJR) ressemble de plus en plus à un moteur qui tourne à vide. Censée panser les plaies encore béantes des conflits passés et incarner l’espoir d’une justice transitionnelle historique, la structure fait face à des blocages structurels majeurs.

Ce constat amer et sans concession a été dressé par Maître Vincent Kayembe Tshiamumanye, coordonnateur du bureau de représentation provinciale de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH). C’était lors de sa participation, le vendredi 12 juin 2026, à la deuxième réunion en ligne du comité de pilotage du Projet « Projust ».Face

Face aux partenaires interconnectés, l’activiste n’a pas mâché ses mots :

« J’ai relevé certaines difficultés liées à l’effectivité de la justice transitionnelle au Kasaï-Central, à travers la Commission provinciale vérité, justice et réconciliation, CPVJR en sigle ». Un cri d’alarme qui lève le voile sur les dysfonctionnements de ce mécanisme crucial.

Le premier grand mal qui ronge le processus est politique et administratif. Maître Vincent Kayembe pointe du doigt un déficit flagrant de communication et d’articulation entre les différents acteurs de la chaîne. Il dénonce l’absence d’une réelle coordination institutionnelle entre la CPVJR, les juridictions judiciaires classiques, le Fonds National des Réparations des Victimes de violences sexuelles liées aux conflits et d’autres crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV), les autorités provinciales ainsi que les partenaires techniques et financiers.

Sur le terrain, cette déconnexion produit des effets pervers. Au lieu d’une action concertée et synergique, on assiste à un véritable chevauchement des rôles. Les initiatives s’entrechoquent, les compétences s’entremêlent et, au final, l’efficacité globale est sacrifiée sur l’autel de la bureaucratie. Pour les observateurs locaux, cette « guerre des chapelles » paralyse l’appareil de la justice transitionnelle alors même que le compte à rebours est lancé.

L’autre révélation fracassante de la CNDH touche au cœur même de la mission de la commission : la reconnaissance de ceux qui ont souffert. À ce jour, il n’existe aucune liste consolidée des victimes dans la province.

« L’absence d’une liste consolidée des victimes entraîne le retard des réparations individuelles et collectives et, par-dessus tout, décourage profondément les victimes », a déclaré, Me Vincent Kayembe, CNDH Kasaï-Central.

Pour les milliers de familles brisées par les crises passées (notamment les stigmates de la tragédie de Kamuina Nsapu), ce retard est perçu comme une seconde injustice. Sans fichier fiable et centralisé, le FONAREV et les autres structures d’aide restent les mains liées, incapables de déployer les programmes de compensation financière, d’accompagnement médical ou psychologique.

L’attente interminable engendre la frustration, et le scepticisme s’installe désormais chez des populations qui se sentent, une fois de plus, oubliées par Kinshasa et Kananga.

Outre ces problèmes organisationnels, la réalité logistique de la CPVJR fait peine à voir. Maître Kayembe fustige la faible couverture territoriale des activités de la Commission. En dehors du centre urbain de Kananga, la présence de la CPVJR est quasi invisible dans l’arrière-province, là où les violences ont pourtant été les plus féroces.

Cette absence s’explique par un triptyque implacable :

Un manque criant de personnel technique qualifié capable de mener des enquêtes complexes et d’écouter les traumas ;

Une insuffisance chronique de moyens logistiques (moyens de transport, bureaux, outils de communication) pour se déployer dans les territoires enclavés ;

Une détresse financière qui maintient l’institution sous perfusion.L’ordonnance de la CNDH : responsabiliser l’État et accélérer la cadencePour éviter un fiasco historique à l’heure du bilan dans douze mois, le coordonnateur de la CNDH a formulé une série de recommandations concrètes et urgentes aux autorités compétentes.

D’abord, sur le plan financier, il en appelle à la responsabilité et à la souveraineté de l’État congolais. Maître Vincent Kayembe a plaidé pour que le gouvernement provincial mette enfin la main à la poche en contribuant de manière substantielle au budget de fonctionnement de la CPVJR. « Il faut que la survie de ce mécanisme ne dépende pas totalement des partenaires techniques et financiers », a-t-il insisté, rappelant que la justice et la dignité des Congolais ne sauraient être éternellement sous-traitées par l’aide internationale.

Ensuite, sur le volet humain, le défenseur des droits de l’homme exige un coup d’accélérateur décisif. Il recommande vivement l’intensification et la finalisation du processus de consolidation de la liste des victimes. L’enjeu est crucial : leur permettre d’obtenir un statut officiel pour ouvrir, enfin, les vannes de l’accès à la justice et aux réparations légitimes.

Au Kasaï-Central, le sablier s’égraine. Si ces verrous ne sautent pas rapidement, la CPVJR risque de clore son mandat sur un goût d’inachevé, laissant les victimes face à leurs traumatismes et la justice transitionnelle au stade des belles promesses de papier.

Doly Muntu depuis Kananga


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