

L’espace la Concorde a vibré, ce samedi 30 mai 2026, au rythme de l’engagement syndical et de la conscience ouvrière. En marge de la clôture du mois dédié aux droits des travailleurs, célébré le 1er Mai de chaque année ; l’Union des Syndicats du Congo (USC-Tshopo) a réuni la crème de ses forces vives pour une activité de réflexion de grande envergure. Cadres du comité provincial et membres venus massivement des secteurs publics et privés se sont donné rendez-vous pour dresser un bilan lucide et tracer les perspectives d’un avenir professionnel plus digne.
Un mot de bienvenue empreint de fierté, de responsabilité et d’unité
C’est dans une ambiance solennelle que Valentin Bolekaleka, Secrétaire Exécutif Provincial de l’USC-Tshopo, a ouvert les hostilités. Son allocution, vibrante et fédératrice, a d’emblée redonné ses lettres de noblesse à cette célébration :
« C’est avec un réel sentiment de fierté, de responsabilité et de solidarité que je prends parole aujourd’hui, en ce jour hautement symbolique de la clôture du mois dédié aux droits des travailleurs. La journée internationale des droits des travailleurs n’est pas une simple tradition sur nos calendriers, ni un simple jour de repos. C’est un moment d’arrêt obligatoire pour la conscience collective ».


Rappelant les immenses défis imposés par le contexte socio-économique actuel, notamment la cherté de la vie et l’effritement du pouvoir d’achat, le Secrétaire Exécutif Provincial a martelé que la force des travailleurs résidait exclusivement dans leur unité :
« Face à la nécessité de préserver notre pouvoir d’achat et à l’exigence légitime d’évoluer dans un environnement professionnel sain, sécurisé, respectueux de nos compétences, notre énergie est notre plus grand atout ».
Pour orienter les débats de cette journée, Valentin Bolekaleka a défini trois piliers majeurs :
— La vigilance pour veiller au respect strict des droits fondamentaux, des statuts et de la dignité des agents.Le
— Le dialogue constructif, en s’affirmant comme une force de proposition pour un partenariat social équitable et transparent.
— La compétence et l’éthique, rappelant que la revendication des droits légitimes est indissociable de la conscience professionnelle et de l’excellence.
Avant de clore son propos, il a tenu à saluer la résilience des travailleurs de la Tshopo et a exprimé sa gratitude envers la hiérarchie nationale, incarnée par la présidente nationale a.i., la camarade Rachel Fuke, et le président fondateur de l’USC, le camarade André Mabwisha, pour leur soutien indéfectible.


Une présentation magistrale : Du sang de Chicago aux réalités de la RDC
Le point d’orgue de la matinée a été la présentation magistrale de Valentin Bolekaleka, qui a proposé un voyage historique et un diagnostic sans complaisance du monde du travail.
1. Genèse d’une lutte mondiale
Le prix des 8 heures de travailLe Secrétaire Exécutif Provincial a rappelé que le 1er Mai trouve ses racines dans le sang et le sacrifice. Au XIXe siècle, en pleine révolution industrielle aux États-Unis, les ouvriers subissaient des rythmes d’enfer, travaillant entre 12 et 16 heures par jour sans aucun repos.
Le 1er mai 1886, les syndicats américains lancent une grève historique pour exiger la journée de 8 heures. Entre le 2 et le 4 mai 1886, les manifestations à Chicago sont violemment réprimées par la police. Plusieurs militants y perdent la vie, et quatre dirigeants syndicaux finissent pendus, devenant les martyrs de la cause ouvrière. Ce n’est qu’au XXe siècle que cette journée sera officiellement reconnue à travers le monde comme le symbole des droits des travailleurs.
2. Le scanner des maux : Monde, Afrique et RDC
Le tableau brossé par l’orateur met en lumière une crise du travail à plusieurs échelles :
-Au niveau mondial : Les travailleurs font face au gel des salaires et au fléau de l’épuisement professionnel (burnout)En
-Afrique : Les réalités sont marquées par des salaires insuffisants, la corruption administrative, les retards de paiement chroniques et un manque criant d’outils de travail modernes.
-En République Démocratique du Congo : Le constat est particulièrement sévère. Le salaire de base reste dérisoire face au coût de la vie et le problème du barème salarial persiste (hormis dans de rares établissements publics). À cela s’ajoute le drame des fins de carrière avec une retraite totalement bloquée.
Dans le secteur public congolais, l’État faillit souvent à ses propres engagements. Dans le secteur privé, l’absence de perspectives pousse la majorité vers l’économie informelle, tandis que ceux qui restent subissent le non-respect du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG), les dérives de la sous-traitance et des conditions de sécurité au travail déplorables.
3. Les mécanismes de défense en RDC
Face à ces abus, Valentin Bolekaleka a rappelé les outils juridiques à la disposition des syndicats. Pour les agents des services publics, la procédure de défense des droits est rigoureusement encadrée par la loi 016 portant statut des agents publics de l’État, un levier essentiel pour exiger la justice sociale.


Travaux en carrefour : La base définit la feuille de route des revendications
Après la théorie, la parole a été donnée à la base. Les participants ont été répartis en groupes de travail (carrefours) selon leurs secteurs et services respectifs. Ce moment d’écoute et de cohésion a permis à chaque corporation de mettre à nu les réalités de son quotidien et d’étaler ses difficultés spécifiques.
Loin d’être un simple exercice de style, les conclusions de ces travaux en carrefour ont été consignées avec précision. Comme l’avait annoncé le Secrétaire Exécutif Provincial, ce sont ces problèmes concrets, remontés directement du terrain, qui constitueront la feuille de route des prochaines revendications de l’USC-Tshopo face aux employeurs et à l’État-employeur.
Une clôture festive et honorifique
Après l’effort intellectuel et syndical, la journée s’est achevée dans une ambiance de grande convivialité. Une note festive a couronné l’événement, marquée par la remise officielle des cartes de membres aux participants, scellant ainsi leur appartenance et leur fidélité à l’Union des Syndicats du Congo. Les travailleurs de la Tshopo repartent ainsi armés de connaissances et plus unis que jamais pour les batailles futures.
Jerry Lombo

