Kisangani : Vive tension dans la commune Tshopo après la découverte d’un corps sans vie

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Une atmosphère lourde et électrique s’est emparée de la commune de la Tshopo ce jeudi 07 mai 2026, transformant le calme habituel du quartier Lubumbashi en un foyer de contestation et de douleur. Au cœur de cette agitation se trouve la découverte macabre du corps sans vie d’un jeune homme, gisant sur la 13ᵉ avenue bis, à quelques pas seulement de l’église Pepele. Ce drame, loin d’être un simple fait divers, a agi comme l’étincelle d’une poudrière sociale déjà sous pression, révélant une fois de plus les failles béantes de la sécurité urbaine et le spectre persistant de la justice expéditive.

La victime, identifiée par les riverains sous le nom de Chadrack, plus connu par son surnom « Mobimbo », était une figure familière du secteur des transports. Conducteur de taxi-moto résidant dans la commune voisine de Mangobo, au bloc Baboa, il a vu son destin basculer tragiquement dans l’obscurité de la nuit. Selon des informations concordantes recueillies sur les lieux du drame, les premières lueurs de l’aube ont révélé un corps marqué par la violence.

Le récit des événements laisse entendre que le jeune homme aurait été accusé de vol, une incrimination qui, dans un climat de méfiance généralisée, s’est transformée en une sentence de mort administrée par la foule. Cet acte de justice populaire, pratique maintes fois fustigée par les organisations de défense des droits de l’homme, souligne la fragilité de l’État de droit face à l’exaspération des citoyens.

La nouvelle de son décès a provoqué une onde de choc immédiate. Alors que la famille et les proches de Chadrack tentaient désespérément de localiser leur fils, la confirmation de son transfert à la morgue de Rekapi par les services de sécurité a mis le feu aux poudres. Ce qui n’était qu’une rumeur s’est transformé en une colère collective, cristallisée par le deuil et le sentiment d’injustice.

La tension a franchi un palier supplémentaire lorsque des groupes de jeunes, venus en nombre de la commune de Mangobo, ont convergé vers la morgue. La rencontre fortuite avec un autre groupe venu pour un second corps déposé simultanément a créé un effet de masse imprévisible, déclenchant des mouvements de panique et des altercations sporadiques à travers plusieurs artères de la Tshopo.

L’escalade a été rapide. Entre la 15ᵉ et la 10ᵉ avenue, l’air s’est chargé d’une hostilité palpable. Face à l’afflux de jeunes venus de Mangobo, les résidents de la Tshopo se sont mobilisés en retour pour protéger leurs quartiers, craignant que le deuil ne se transforme en affrontements intercommunaux.

Les abords de la morgue de Rekapi sont devenus le point de ralliement d’une population aux abois, oscillant entre la tristesse et la fureur. Il a fallu l’intervention musclée des éléments de la Police nationale congolaise pour contenir les débordements et tenter de restaurer un semblant d’ordre public. Malheureusement, cette confrontation n’a pas été sans heurts : le bilan provisoire fait état de six blessés, dont un policier et cinq manifestants, témoins physiques d’une matinée de chaos.

Dans ce contexte de haute volatilité, le pouvoir administratif a dû sortir de son silence pour tenter d’apaiser les cœurs. Marcel Batula, bourgmestre adjoint de la commune de la Tshopo, a pris la parole pour lancer un vibrant appel au calme.

Conscient de la fragilité de la paix sociale, il a exhorté ses administrés à la vigilance et, surtout, à l’unité. Son message se veut un rempart contre la spirale de la violence : il a fermement rappelé que la justice ne peut se rendre dans la rue et que seule la confiance envers les services compétents et les instances judiciaires peut garantir une résolution juste et durable.

En ces heures sombres, l’autorité locale se bat pour convaincre une jeunesse désabusée que le chemin de la loi, bien que parfois lent, reste l’unique garant de la sécurité de tous. La famille de l’illustre, panse désormais ses plaies, dans l’attente que la lumière soit faite sur les circonstances réelles de la mort de « Mobimbo ».

Sylvain Kaita


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