RDC|Assemblée Nationale : La voie de l’intelligence économique tracée par l’honorable Patrick Matata pour une relance effective et sortir la Sotexki du tunnel des budgets sans résultats

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À l’Assemblée Nationale, le silence se fait parfois lourd lorsque la vérité technique vient percuter les certitudes politiques. Ce fut le cas lors de l’intervention de l’honorable Patrick Matata Makalamba. Face au dossier brûlant de la Sotexki (Société Textile de Kisangani), l’élu n’a pas choisi la facilité de l’émotion populiste. Il a préféré le scalpel de l’analyste et la rigueur du stratège pour disséquer un mal qui ronge l’industrie congolaise : l’improvisation érigée en méthode de gouvernance.

Sa prise de parole, d’une densité rare, a résonné comme un avertissement solennel. Derrière les murs de l’usine de Kisangani, c’est toute la crédibilité de la politique industrielle de la République Démocratique du Congo qui se joue.

Avant d’entrer dans l’arène des chiffres, Patrick Matata Makalamba a tenu à rappeler le visage humain de cette crise. La Sotexki, ce n’est pas qu’une structure juridique ou un alignement de machines poussiéreuses ; c’est le poumon économique de toute une région, aujourd’hui en apnée.

Le député a porté la voix de ces milliers de travailleurs, autrefois fiers de vêtir le pays, aujourd’hui réduits à l’incertitude du lendemain. En ramenant le débat à la souffrance sociale, il a rappelé au gouvernement que chaque mois de retard dans une réflexion sérieuse est un mois de misère supplémentaire pour des familles entières. Pour lui, la relance est un impératif catégorique, mais elle ne doit pas être un miroir aux alouettes.

C’est ici que l’honorable a porté son premier coup d’estoc. S’adressant au ministre de l’Industrie, il a fustigé une approche qu’il juge superficielle. Peut-on sérieusement prétendre sauver une industrie en injectant des capitaux sans comprendre pourquoi elle s’est effondrée ?

« On ne soigne pas un malade sans connaître sa pathologie », a-t-il martelé.

Pour Matata Makalamba, le gouvernement semble vouloir appliquer un pansement sur une fracture ouverte. Il dénonce un paradoxe congolais saisissant : des budgets qui enflent, des lignes de crédit qui s’alignent, mais une absence totale de résultats palpables sur le terrain. L’élu exige une pause : avant de dépenser le moindre franc congolais, l’État doit établir la vérité du terrain.

Ce qui a marqué les esprits, c’est l’élévation du niveau technique du débat. L’honoroble Patrick Matata Makalamba a convoqué les grands maîtres de la stratégie d’entreprise pour confronter le gouvernement à ses responsabilités.

1. L’Analyse des forces du Marché

En invoquant les cinq forces de Porter, le député a forcé l’assemblée à regarder la réalité du marché en face. Il a posé les questions qui fâchent :

– La menace des substituts : Le textile local peut-il survivre face à l’invasion de la friperie et des tissus synthétiques importés à bas prix ?

– Le pouvoir de négociation des clients : Qui, aujourd’hui en RDC, a les moyens d’acheter du « Made in Congo » si celui-ci est plus cher que l’importation ?

– Les nouveaux entrants : Quelle est la protection réelle de notre espace industriel ?

2. Le verdict des matrices

Le député ne s’est pas arrêté là. Il a projeté la situation de la Sotexki à travers deux prismes impitoyables :

– La Matrice BCG : Il a décrit la Sotexki comme une activité dont la rentabilité est nulle et le cash-flow net largement déficitaire. Sans une révision radicale du modèle, injecter de l’argent revient à remplir un tonneau des Danaïdes.

– La Matrice McKinsey : Ici, le constat est plus sombre encore. Non seulement l’entreprise est faible, mais l’attractivité du secteur textile lui-même en RDC est remise en question. Le mal est donc structurel, environnemental et interne.

L’avertissement le plus vibrant de l’honorable Patrick Matata Makalamba concerne la viabilité à long terme. Il a mis en garde contre la tentation politique de créer des “Éléphants Blancs” : ces projets de prestige, inaugurés en grande pompe, qui deviennent des gouffres financiers dès que les caméras se retirent.

Produire pour le plaisir de produire est une hérésie économique. Pour l’élu de Kisangani, une usine sans clients captifs et solvables est une usine morte-née. Il refuse que la Sotexki devienne un monument à la gloire de l’improvisation, financé par la sueur du contribuable sans espoir de retour sur investissement.

Pourtant, le discours de Matata Makalamba n’est pas celui d’un défaitiste, mais celui d’un patriote exigeant. S’il est sévère, c’est parce qu’il croit au potentiel du textile congolais. Sa conclusion est une main tendue, mais sous conditions :

– Un diagnostic sectoriel exhaustif : Identifier chaque blocage, de la culture du coton jusqu’à la distribution finale.

– Une intelligence économique accrue : Agir sur les leviers fiscaux et douaniers pour protéger la production locale.

– Une gestion rigoureuse : Sortir du clientélisme pour placer l’efficacité industrielle au cœur de la relance.

En définitive, l’intervention de l’honorable Patrick Matata Makalamba fera date. Elle marque une rupture avec la rhétorique des promesses faciles. En rappelant que la volonté politique ne remplacera jamais l’analyse économique, il a posé les jalons d’une nouvelle façon de penser le développement de la RDC : un développement basé sur la science, la vérité et le respect des réalités du marché.

La balle est désormais dans le camp du gouvernement. Le diagnostic est posé, le remède est connu, il ne reste plus qu’à avoir le courage de l’appliquer avec la rigueur réclamée par l’élu de la nation.

Jerry Lombo


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