
Sous une atmosphère empreinte d’émotions, la communauté sportive de la ville de Kisangani s’est rassemblée pour un dernier acte de dévotion : l’inhumation de Gilberto Gelambo Yayeli. Celui qui fut l’espoir de plusieurs écuries locales repose désormais au cimetière de Paradiso, laissant derrière lui le souvenir d’un joueur dont la trajectoire, bien que fauchée trop tôt, a marqué l’ADN du football boyomais.
Gilberto n’était pas seulement un nom sur une feuille de match ; il était le produit d’un écosystème passionné. Formé à la rude et prestigieuse equipe d’Echo Sport, il avait par la suite poli son talent au sein de d’Etoile, Nouvelle Espérance et Dynamique.
Son parcours dessinait une cartographie du football local, chaque club ayant apporté une pierre à l’édifice de sa carrière. Voir ces différents maillots se confondre dans la douleur de la perte rappelle que, si le terrain est divisé par la compétition, le talent, lui, appartient à tous.

Au milieu de la foule des grands jours, une silhouette s’est distinguée par la portée symbolique de sa présence : celle d’Evariste Mbaya. Conseiller au sein du Tout Solide Malekesa (TS Malekesa), il n’était pas là par simple protocole, mais comme l’incarnation d’une solidarité qui dépasse les clivages sportifs.
Dans un milieu où la rivalité est souvent le maître-mot, l’initiative de Mbaya a résonné comme un message de paix et de reconnaissance. En se tenant au front du deuil, il a rappelé que le TS Malekesa, institution phare de la région, ne vit pas en vase clos, mais respire grâce au vivier de talents formés par les “petites” mains du football local.
Interrogé sur le sens de sa démarche, Evariste Mbaya a tenu des propos d’une grande justesse, soulignant le lien organique entre les clubs formateurs et les géants de la province :
“Ma présence ici, au nom de la grande famille Malekesa, visait à honorer non seulement ce joueur décédé à un très jeune âge, mais aussi à témoigner notre compassion aux équipes qui l’ont formé. Ces équipes alimentent le grand Malekesa ; nous devons donc porter un regard particulier lorsqu’elles traversent des moments difficiles. Au-delà de l’aspect matériel, notre présence physique était essentielle”.
Par ces mots, il ne s’est pas contenté de rendre hommage à Gilberto ; il a rendu hommage à l’effort invisible de ces clubs qui, comme Echo Sport ou Dynamique, façonnent les talents de demain.
Le cimetière de Paradiso porte bien son nom en ce jour de tristesse : un lieu de repos final pour un jeune homme qui a fait rêver les gradins. Les larmes des supporters, les têtes baissées des anciens coéquipiers et la dignité des dirigeants présents témoignent d’une vérité immuable : à Kisangani, le football est une religion, et ses pratiquants forment une seule et même famille.
Gilberto Gelambo s’en va, mais l’image d’un Evariste Mbaya, trait d’union entre le TS Malekesa et les racines du foot boyomais, restera comme une leçon de noblesse. Le ballon continuera de rouler, mais il aura, pendant longtemps encore, le poids du souvenir de Gilberto.
Jerry Lombo
