L’épidémie de maladie à virus Ebola causée par la souche Bundibugyo en République démocratique du Congo a franchi un seuil historique inquiétant, devenant la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays avec plus de 2 320 décès pour plus de 5 000 cas confirmés, surpassant déjà le bilan de l’épidémie de 2018-2020 qui avait duré près de deux ans . Déclarée officiellement le 15 mai 2026, cette dix-septième épidémie que connaît la RDC se distingue par une vitesse de propagation inédite, s’étendant en seulement trois mois à six provinces : Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Haut-Uele, Bas-Uele et Tshopo alors que les premiers cas étaient concentrés dans trois zones de santé d’une seule province . Avec un taux de létalité approchant les 50 %, l’épidémie emporte environ une vie toutes les 30 minutes, et l’Africa CDC avertit que si cette trajectoire n’est pas inversée de toute urgence, elle pourrait devenir la plus meurtrière jamais enregistrée dans le monde, dépassant l’épidémie d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016 .La situation est d’autant plus préoccupante que plus de 63 % des décès surviennent actuellement dans les communautés plutôt que dans les centres de traitement, un indicateur majeur de transmission communautaire persistante qui complique le suivi des contacts et les inhumations sécurisées .Un défi supplémentaire réside dans l’absence de vaccins ou de traitements spécifiquement approuvés contre la souche Bundibugyo, bien que l’OMS ait identifié des candidats prometteurs comme les anticorps monoclonaux MBP134 et Maftivimab, l’antiviral remdesivir, ainsi que les vaccins candidats rVSV-Bundibugyo et ChAdOx1-Bundibugyo, qui nécessitent encore des essais cliniques.Face à l’urgence, l’Africa CDC et l’OMS appellent à une mise en œuvre immédiate d’interventions communautaires décisives, incluant une réponse numérique centrée sur les villages, l’accès gratuit aux soins essentiels, et une approche encadrée pour l’utilisation du vaccin ERVEBO, bien que les preuves de sa protection contre la souche Bundibugyo restent limitées , tandis que le gouvernement congolais est pressé de renforcer la transparence et la coordination de la riposte.Face à cette crise sanitaire qui secoue la RDC, pour le Doctant, Didier LomboSpécialiste en épidémiologie, modélisation et prédiction de Zoonoses de Northeast Forestry University, d’Harbin en Chine, une réponse efficace ne peut se limiter au volet médical : elle doit s’inscrire dans une approche One Health intégrée qui est son projet, reconnaissant l’interdépendance entre la santé humaine, animale et environnementale. Concrètement, cela implique de renforcer la surveillance à l’interface homme-animal-faune sauvage, notamment autour des chauves-souris frugivores et autres réservoirs potentiels du virus, afin de détecter les débordements zoonotiques avant qu’ils ne déclenchent une flambée.Il est tout aussi essentiel de mobiliser les communautés locales comme actrices à part entière de la riposte en s’appuyant sur les leaders coutumiers, les tradipraticiens, les chefs religieux et les réseaux villageois pour lever les réticences culturelles autour des inhumations sécurisées et du suivi des contacts, principale cause de la transmission communautaire actuelle.Enfin, une coordination multisectorielle réelle, associant services vétérinaires, environnementaux et de santé publique, appuyée par un partage transparent des données et un financement pérenne, constitue la seule voie durable pour non seulement enrayer l’épidémie actuelle, mais aussi prévenir les prochaines. Investir dans la prévention à la source, plutôt que de réagir dans l’urgence, reste le principe cardinal de toute stratégie One Health.
Contact : lombobaluma@gmail.com
