RDC : Les chefs traditionnels du Kasaï-Central valident le changement de Constitution et réclament le droit d’écrire la nouvelle République depuis Kananga

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L’histoire a du goût, et elle aime manifestement les grands rendez-vous. Ce lundi 15 juin 2026, la ville de Kananga s’est parée de ses plus beaux attributs ancestraux pour raviver une flamme constitutionnelle que l’on croyait appartenir aux livres d’histoire. Réunis au sein de l’Alliance des Autorités Traditionnelles du Congo (AATC), les chefs coutumiers du Kasaï-Central ont officiellement dit « oui » au projet de changement de la Constitution.

Mais ils ne se sont pas arrêtés là. Avec le sens du symbole qui caractérise les gardiens du temple, ils exigent que l’histoire repasse par les mêmes briques : ils sollicitent que les futures assises nationales se tiennent à Kananga, sur les cendres encore chaudes de la mythique Constitution de Luluabourg de 1964.

Le faste des ancêtres au service de la RépubliqueLe décor avait l’épaisseur des grands jours. Léopards, coiffes à plumes, perles traditionnelles et sceptres de pouvoir : c’est une véritable cour royale qui s’est déployée dans le chef-lieu du Kasaï-Central. Loin des salons feutrés et climatisés de Kinshasa, c’est le Congo profond, celui des terroirs et des légitimités ancestrales, qui a fait entendre sa voix.

Sous la direction du chef Kalala Ka Tshishimbi, l’AATC a formalisé son soutien politique à la démarche du Président Félix Toshisekedi à travers un mémorandum officiel. Pour ces gardiens de la coutume, l’actuelle loi fondamentale, héritée d’une autre époque et de compromis post-conflit , a fait son temps. Place au renouveau.

« Nous, autorités traditionnelles, disons oui au changement de la Constitution pour l’adapter aux réalités anthropologiques, culturelles et de souveraineté de notre pays ».

Ce qui rend cette démarche particulièrement savoureuse, c’est l’audace mémorielle des chefs kasaïens. En demandant que Kananga abrite les travaux de la future commission constitutionnelle, l’AATC s’offre un pèlerinage historique.

Il faut se souvenir qu’en 1964, alors que le jeune Congo balbutiait encore sa souveraineté post-coloniale, c’est précisément à Luluabourg (l’ancien nom de l’actuelle Kananga) que fut rédigée la toute première Constitution véritablement congolaise du pays. Ce texte historique, né sous l’égide d’une commission nationale, avait marqué les esprits comme un acte d’indépendance juridique majeure.

Aujourd’hui, l’ambition affichée par les chefs coutumiers est de créer un pont parfait entre le passé et l’avenir. En exigeant de ramener les débats à Kananga, ils veulent transformer la ville en un sanctuaire de la refondation républicaine. Il s’agit pour eux de tourner définitivement la page de la Constitution de 2006 en réaffirmant une vérité simple : si le pays veut se doter d’une loi fondamentale qui ressemble à son peuple, il doit revenir là où le peuple a, pour la première fois, appris à écrire son propre destin.

La bénédiction du GouverneurLe document, lourd de sens et de symboles, a été remis en mains propres au gouverneur de province, Joseph Moïse Kambulu. Ce dernier, visiblement ravi de voir sa juridiction placée sous les projecteurs de l’actualité politique nationale, n’a pas caché son enthousiasme.

Saluant une démarche qu’il a qualifiée de « patriotique », le chef de l’exécutif provincial a promis de transmettre fidèlement ce mémorandum à son très haut destinataire, le Chef de l’État.

Les enjeux d’un débat qui s’enflammeAlors que le débat sur la révision ou le changement de la Constitution cristallise les tensions entre la majorité présidentielle et l’opposition à Kinshasa, cette sortie médiatique et politique des chefs coutumiers du Kasaï-Central apporte de l’eau au moulin des partisans du changement.

En décrochant le soutien de l’AATC, le pouvoir central s’assure un relais d’opinion crucial : celui de la coutume, souvent plus proche des populations rurales que les partis politiques traditionnels.

Reste à savoir si Kinshasa entendra l’appel du fleuve et des forêts du Kasaï. Une chose est sûre : Kananga est prête, ses chefs sont parés, et l’histoire attend son heure.

Doly Muntu depuis Kananga


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