Tshopo|Le cri de détresse d’Isangi : Quand l’absence de comités de gestion viables condamne les institutions universitaires à une lente agonie administrative

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Le décor pourrait être celui d’un roman de la dérive post-coloniale, mais c’est la stricte et douloureuse réalité qui paralyse le territoire d’Isangi, au cœur de la province de la Tshopo. Là-bas, loin du tumulte feutré des cabinets ministériels de Kinshasa, l’Enseignement Supérieur et Universitaire (ESU) vit ses heures les plus sombres.

Selon des informations alarmantes, la quasi-totalité des institutions universitaires de cette partie du pays naviguent à vue, privées de comités de gestion légitimes, complets ou fonctionnels.

De l’ISTM-Yangambi à l’Université Officielle de Yabaondo, en passant par les ISP d’Isangi et de Yambula, le constat est sans appel : les structures de direction s’effondrent, emportant avec elles la qualité de la formation et la crédibilité de ces alma mater.

2016-2026 : Dix ans d’un statu quo destructeur

Pour comprendre l’origine de ce chaos institutionnel, il faut remonter dix ans en arrière. C’est en 2016 que les derniers comités de gestion de ces établissements ont été officiellement nommés par le ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire (ESU) de l’époque, Théophile Bemba.

Depuis cette date, le Journal Officiel est resté muet pour Isangi. Aucune nouvelle nomination, aucun renouvellement, aucun souffle frais. En dix ans, le temps a fait son œuvre de la manière la plus cruelle qui soit : décès, démissions, promotions et frondes internes ont décimé les équipes dirigeantes de ces institutions universitaires. Le manque de suivi rigoureux a plongé le territoire d’Isangi dans une anarchie administrative sans précédent, où chaque institution tente de survivre avec ses propres traumatismes.

Anatomie d’un chaos : Quatre institutions à la dérive

Le tableau de bord des Institutions Universitaires du d’Isangi ressemble aujourd’hui à un inventaire des dysfonctionnements majeurs de l’administration publique :

1. ISTM-Yangambi : Le règne du comité parallèle

À l’Institut Supérieur des Techniques Médicales de Yangambi (ISTM-Yangambi, l’autorité de l’État a tout simplement été défiée. Fatigué d’attendre le renouvellement d’une équipe à bout de souffle, un « comité parallèle » a vu le jour. Ce groupe a purement et simplement désavoué et évincé les autorités légitimes nommées à l’époque par le ministre Bemba. Aujourd’hui, c’est ce comité parallèle, dépourvu de toute légalité juridique, qui gère les affaires courantes, créant un précédent juridique et administratif extrêmement dangereux.

2. ISP-Isangi : Le DG, dernier survivant d’une équipe fantôme

L’histoire de l’Institut Supérieur Pédagogique d’Isangi (ISP-Isangi) relève presque du tragique. Au fil des années, la mort a emporté la majorité des membres du comité de gestion. Il y a peu, il ne restait plus que le Directeur Général (DG) et le Secrétaire Général Académique pour maintenir la barque à flot. Mais la pression et l’isolement ont fini par avoir raison de ce dernier : le Secrétaire Général Académique a jeté l’éponge. Aujourd’hui, le DG gère seul l’intégralité de l’institution.

Une concentration des pouvoirs totalement anormale et techniquement impossible pour assurer le suivi pédagogique et financier d’un tel établissement.

3. ISP-Yambula : Une transition bancale qui s’éternise

À l’ISP-Yambula, le Directeur Général a tiré sa révérence il y a deux ans, emporté par la mort. Depuis, l’équipe est restée amputée de sa tête pensante. Si les sources locales affirment que les choses y « évoluent tant bien que mal », cette résilience de façade cache mal l’absence de vision stratégique et l’impuissance face aux décisions d’envergure qui nécessitent une signature officielle et reconnue.

4. Université Officielle de Yabaondo : Le vide, la fronde et la gestion par procuration

Le cas de Yabaondo est sans doute le plus rocambolesque. À l’époque, le départ de l’ancien DG, le Professeur Isaac Bandombele, appelé à d’autres fonctions à l’ISP-Kisangani avait laissé un vide béant au sommet. Pour ne rien arranger, en 2024, le Personnel Administratif, Technique et Ouvrier (PATO) est entré en rébellion ouverte, désavouant collectivement le Secrétaire Administratif et l’Administrateur du Budget.

Le seul rescapé de ce naufrage est le Secrétaire Général Académique. Ce qui est absurde, Il n’est pas sur place à Yabaondo. C’est donc à distance, par procuration et à coups de coups de fil, qu’il tente de gérer une université locale en pleine tempête.

Les dons de la Ministre de l’ESURS : Une gestion en eaux troubles ?

Cette déliquescence des structures jette une lumière crue et inquiétante sur un événement récent. Lors de son dernier passage dans le territoire d’Isangi, la Ministre de l’ESURS (Enseignement Supérieur, Universitaire et Recherche Scientifique), Thérèse Sombo, avait marqué les esprits en octroyant des dons importants destinés à soulager la misère de ces établissements.

Mais aujourd’hui, une question cruciale se pose : Comment ces dons sont gérés ?. En l’absence de garde-fous, de comités de contrôle validés, ces dons courent le risque évident d’alimenter les réseaux de clientélisme local plutôt que de servir réellement les étudiants de ces institutions universitaires.

Une jeunesse, une crème intellectuelle sacrifiées sur l’autel de l’oubli ?

Derrière ces acronymes (ISTM, ISP, UOY) et ces querelles de chaises, il y a une réalité humaine dramatique. Ce sont des milliers de jeunes Congolais, fils et filles d’Isangi, qui paient le prix fort.

Quelle est la qualité d’un enseignement dispensé dans une université sans budget validé, sans rigueur administrative et sans autorité pour encadrer les enseignants ? Le risque de voir Isangi transformé en une usine à diplômes au rabais ou « diplômes fantômes » est désormais une certitude si rien n’est fait.

L’avenir socio-économique du territoire d’Isangi est directement indexé sur la qualité de ses élites. Laisser ces institutions mourir à petit feu, c’est condamner toute la région à l’obscurantisme et à la pauvreté.

L’heure n’est plus aux constats ni aux rapports de commissions. L’autorité de tutelle doit agir de toute urgence. Il est impératif que le ministère de l’ESURS procède sans délai à la nomination de nouveaux comités de gestion, dotés de cadres intègres, compétents et techniquement armés pour restructurer ces institutions universitaires. C’est le seul moyen de restaurer l’autorité de l’État, d’assurer la transparence de la gestion des infrastructures et, enfin, de redonner de la dignité et de l’espoir à la jeunesse d’Isangi.

Jerry Lombo


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