
L’entrée des soldats de l’AFDL à Kinshasa
L’histoire des grandes nations tient parfois à un frémissement, une rupture brutale où le cours du temps semble s’accélérer pour balayer, en quelques heures, les certitudes de plusieurs décennies. Pour le géant d’Afrique centrale, ce point de non-retour porte une date indélébile : le 17 mai 1997.
Ce jour-là, dans l’effervescence d’une capitale Kinshasa suspendue entre l’angoisse de l’affrontement et la délivrance de la liberté, un homme s’empare du gouvernail d’un destin collectif. Laurent-Désiré Kabila, à la tête de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Zaïre (AFDL), s’autoproclame président de la République.
D’un seul trait de plume, le « Mzee » rétablit le nom de République Démocratique du Congo et met fin au règne de Mobutu Sese Seko, qui aura duré précisément 31 ans, 5 mois et 22 jours. Vingt-neuf ans plus tard, l’écho de ce séisme politique résonne toujours avec la même ferveur dans le cœur des Congolais, s’invitant jusque dans le calendrier civil de l’année 2026 à travers des décisions officielles bien spécifiques.
Le crépuscule d’un empire et le retour aux sources
Pour mesurer le caractère hautement historique de cette journée, il faut plonger dans l’atmosphère de cette fin de siècle. Le système mobutiste, fondé sur le concept de l’« Authenticité » et personnifié par la toque en léopard du Maréchal, s’essoufflait après plus de trois décennies d’un pouvoir absolu.
L’avancée fulgurante des troupes de l’AFDL, parties de l’Est du pays, s’est transformée en une vague d’espoir que rien ne pouvait plus arrêter. En s’autoproclamant chef de l’État et en balayant l’appellation « Zaïre », Laurent-Désiré Kabila n’a pas seulement opéré un changement cosmétique ou sémantique. Il a posé un acte de reconquête identitaire majeure :
– Restauration de la mémoire : Redonner au pays le nom choisi à l’indépendance de 1960.
– Rupture institutionnelle : Effacer les symboles d’une dictature trentenaire pour ouvrir l’ère de la reconstruction.
– Souveraineté retrouvée : Réaffirmer la dignité d’un peuple face aux turbulences de l’histoire.
« Ce changement de nom fut le symbole d’une renaissance, la promesse d’un Congo maître de son sol, de son sous-sol et de son avenir politique ».
Chronologie d’une transition historique
Le basculement s’est opéré selon une dynamique implacable, structurant les forces en présence autour d’un renouveau total :
1.L’effondrement du Zaïre
– 16 Mai : Départ en exil de Mobutu Sese Seko (Fin de 31 ans, 5 mois et 22 jours de règne)
– 17 Mai : Entrée de l’AFDL à Kinshasa & Autoproclamation de Laurent-Désiré Kabila.

2.Restauration immédiate de la République Démocratique du Congo
Un héritage gravé dans le calendrier national
Preuve que l’acte posé par le Mzee le 17 mai 1997 demeure un pilier fondateur de la mémoire collective, cette date a été sacralisée par l’État congolais pour célébrer la révolution et rendre hommage aux Forces Armées. La législation républicaine protège et honore ce moment de bascule : ainsi, la journée du 17 Mai est déclarée chômée et payée sur toute l’étendue du pays par le gouverneur de la République.
Cependant, la rigueur du calendrier civil impose parfois ses propres subtilités administratives. Et comme le 17 Mai 2026 est tombé un certain dimanche, c’est la journée du lundi 19 Mai qui est chômée et payée.Cette décision officielle permet à la population, des rives du fleuve Congo jusqu’aux collines du Kivu, de commémorer dignement l’événement sans perdre le bénéfice de ce jour de recueillement et de célébration patriotique.

Feu Laurent-Desire Kabila devant les soldats
Une mémoire vivante
Près de trois décennies après le triomphe de l’AFDL, l’esprit du 17 mai 1997 reste un point de repère incontournable. En décalant le repos légal au lundi 19 mai 2026, les autorités rappellent l’importance de préserver ces instants d’arrêt pour se souvenir du jour où le pays a brisé ses chaînes pour réécrire sa propre trajectoire.
Le sacrifice des soldats, la vision de Laurent-Désiré Kabila et la résilience du peuple congolais face à un régime qui semblait inébranlable continuent d’inspirer les générations actuelles. Le Congo a changé de nom et de destin ce jour-là ; et chaque mois de mai, le pays prend le temps de s’en souvenir pour mieux regarder vers l’avenir.
Jerry Lombo
