RDC|Hausse du SMIG : Le Club BTP & CMA propose de transformer le défi du SMIG en un moteur de souveraineté industrielle pour la RDC

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La correspondance adressée par le Club BTP & CMA au Ministre de l’Emploi, du Travail et de la Prévoyance Sociale, sous la signature de son président Jean Bamanisa Saïdi, marque un tournant dans le dialogue entre le secteur privé et le Gouvernement de la République Démocratique du Congo. Au cœur du débat : la revalorisation du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) et son onde de choc sur l’industrie de la construction.

Alors que le Gouvernement s’apprête à appliquer la nouvelle grille du SMIG, le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP) tire la sonnette d’alarme, non par refus du progrès, mais par souci de cohérence économique. Loin d’une opposition de principe, l’ASBL propose une voie médiane : le moratoire pour une transition responsable.

Le Club BTP & CMA commence par un acte de loyauté républicaine en saluant la volonté de la Première Ministre et de son Gouvernement d’améliorer le pouvoir d’achat. Cependant, la réalité du terrain impose une lecture pragmatique.

Dans le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics, un budget n’est pas une simple estimation, c’est un engagement contractuel. Les marchés de génie civil dont les budgets ont été arrêtés avant la décision du nouveau SMIG se retrouvent aujourd’hui dans une impasse mathématique :

– Charges de main-d’œuvre : En hausse subite.

– Recettes contractuelles : Figées avec comme conséquence, la rupture de l’équilibre financier qui menace l’achèvement même des chantiers.

Le plaidoyer souligne un risque social majeur. Si les entreprises sont étouffées financièrement, le premier réflexe de survie sera l’arrêt des chantiers. Ce ne sont pas seulement des bâtiments qui s’arrêtent, ce sont des millions de compatriotes qui risquent de basculer dans le chômage technique, créant une instabilité sociale à l’opposé de l’objectif initial de la mesure.

La demande de moratoire formulée par le Club BTP & CMA ne vise pas à éluder le progrès social, mais à le rendre viable. Le secteur immobilier est le poumon de l’économie congolaise ; un choc brutal sur les coûts de construction freinerait immédiatement les investissements et ralentirait la dynamique de développement urbain.

“L’octroi d’un moratoire permettrait aux entreprises de finaliser leurs engagements sans rupture d’équilibre, tout en intégrant sereinement les nouvelles dispositions pour leurs futurs projets”.

L’introduction soudaine d’une hausse du SMIG crée ce que les économistes appellent un « effet de ciseau » : les coûts opérationnels explosent tandis que les revenus contractuels restent plafonnés. Sans le moratoire sollicité par le Club BTP & CMA, c’est tout l’édifice de la commande publique et privée qui risque de s’effondrer. Demander un délai, c’est protéger l’investisseur pour protéger, in fine, le travailleur. Car un chantier à l’arrêt ne paie aucun salaire, fût-il revalorisé.

Il est crucial de noter que le plaidoyer du Club englobe également la Construction, la Métallurgie et les Industries Annexes (CMA). Ces secteurs sont les vertèbres de la souveraineté industrielle congolaise. En liant la question du salaire à celle de la compétence technique, l’ASBL soulève un point fondamental : la productivité.

Le Club BTP & CMA ne se contente pas de demander ; il propose d’agir comme un bras séculier de l’État pour la formation professionnelle. Cependant, un tel programme d’utilité publique nécessite des moyens. La sollicitation d’un appui financier auprès du Ministère de l’Emploi se veut le sceau d’un partenariat Public-Privé solide.

Il s’agit d’investir aujourd’hui dans la formation pour éviter que le coût de la main-d’œuvre ne devienne un frein demain. C’est le prix de l’alignement des compétences nationales sur les grandes ambitions de développement de la République.

Les 4 piliers de l’engagement du Club BTP & CMA :

– Le maillage territorial : Déploiement de représentations provinciales pour un suivi normatif rigoureux.

– La formation des formateurs : Un transfert de savoir-faire vers les cadres de l’INPP et des écoles techniques selon des standards internationaux.

– La modernisation des géants nationaux : Apporter une mise à niveau technique aux centres de formation des entreprises publiques historiques comme l’ONATRA et la SNCC. En proposant de moderniser les centres de formation de l’ONATRA et de la SNCC, le Club BTP & CMA s’attaque aux fondements mêmes de la logistique nationale.

– La démocratisation du savoir : La création de curriculums standards traduits dans nos quatre langues nationales (Lingala, Tshiluba, Swahili, Kikongo). Le multilinguisme technique est un acte de décolonisation technologique. C’est admettre que le génie technique congolais peut et doit s’exprimer dans les langues du terroir pour être pleinement approprié par la base.

Certains pourraient s’étonner de la demande d’appui financier formulée par une ASBL patronale. Pourtant, à y regarder de près, c’est un investissement à haut rendement pour le Trésor Public.

Chaque franc investi dans le programme de mise à niveau du Club BTP & CMA est un franc qui :

– Réduit la dépendance à l’expertise étrangère : Moins d’expatriés sur les chantiers signifie moins de fuite de devises.

– Augmente la longévité des infrastructures : Des ouvriers mieux formés construisent des ouvrages plus durables, réduisant les coûts de maintenance pour l’État.

– Sécurise la paix sociale : En évitant les licenciements massifs grâce au moratoire, l’État s’épargne une crise sociale majeure dans les centres urbains.

La correspondance du Club BTP & CMA n’est pas un cri de détresse, c’est un appel à la co-construction. En demandant à être reçu en audience, le Club BTP & CMA propose de passer de la théorie législative à la pratique du terrain.

Pour que le nouveau SMIG soit une fête pour le travailleur congolais et non un deuil pour l’entrepreneur, le Gouvernement a tout intérêt à saisir cette main tendue.

Jerry Lombo


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