Kasaï Central : Entre ambitions sociales et réalités budgétaires, l’édit sur les cantines scolaires rejeté par l’Assemblée provinciale

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​Dans une région où le développement humain et l’accès à une éducation de qualité demeurent des priorités majeures, les débats au sein du parlement provincial du Kasaï Central révèlent toute la complexité d’arbitrer entre la pertinence des projets sociaux et les contraintes financières du terrain. C’est dans ce contexte tendu que s’est tenue, ce mercredi 28 octobre 2026 à Kananga, une séance plénière décisive présidée par le Président de l’Assemblée provinciale, l’honorable Guy Sabangu Kashala. Au cœur de cette journée parlementaire : la proposition d’édit portant promotion et appui aux programmes d’alimentation scolaire, portée avec conviction par le député provincial Pierre Sosthène Kambidi.

​À l’issue de discussions houleuses et passionnées, le couperet est tombé. La majorité des élus provinciaux a voté contre la recevabilité du texte, freinant ainsi brutalement l’élan d’une initiative pourtant saluée pour ses intentions nobles, mais jugée hors de portée au regard des capacités actuelles de la province.

​Le projet défendu par le député Pierre Sosthène Kambidi proposait une approche intégrée et novatrice pour s’attaquer à deux défis majeurs du Kasaï Central : la précarité nutritionnelle en milieu scolaire et la faible valorisation des filières agricoles locales. Le texte s’articulait autour de quatre axes fondamentaux.

​D’abord, la généralisation des cantines scolaires, visant à offrir au moins un repas chaud et équilibré aux élèves afin de lutter contre le décrochage scolaire, favoriser la concentration et améliorer les performances cognitives des enfants.

​Ensuite, la création d’un fonds provincial d’appui, destiné à mettre en place un mécanisme de financement pérenne pour soutenir l’approvisionnement des établissements et sécuriser la chaîne de distribution.

​Par ailleurs, le soutien aux producteurs locaux, consistant à s’approvisionner auprès des agriculteurs du Kasaï Central pour stimuler l’économie rurale et créer une dynamique d’autonomie alimentaire locale.

​Enfin, la mise en place de mécanismes de contrôle et de suivi, pour garantir une gestion transparente et rigoureuse des ressources allouées à ce programme à fort impact social.

​Plaidant avec ferveur, l’auteur de la proposition a rappelé qu’un enfant qui a faim ne peut pas apprendre correctement, et qu’investir dans la nutrition scolaire revient à investir directement dans le capital humain de demain.

​Malgré le caractère séduisant de la proposition, la réalité économique s’est imposée lors des interventions. Pour la majorité des députés provinciaux, la question n’était pas de contester la noblesse de la cause, mais bien d’évaluer la faisabilité pragmatique de son application.

​Au cours des débats, plusieurs élus ont qualifié l’édit d’« inopportun » et d’« irréaliste » face aux contraintes budgétaires structurelles auxquelles fait face la province. Les arguments soulevés par les contradicteurs se sont concentrés sur des obstacles majeurs.

​Premièrement, l’impasse budgétaire, car le Kasaï Central fait face à un déficit chronique de ressources propres et créer un fonds provincial sans garantie de recettes substantielles risquerait d’alourdir une dette provinciale déjà préoccupante ou d’aboutir à une loi morte, incapable d’être financée.

​Deuxièmement, les défis logistiques et opérationnels, la distribution de denrées alimentaires à l’échelle de toute la province exigeant un réseau routier praticable, des infrastructures de stockage adéquates et une chaîne de froid quasi inexistante dans la plupart des territoires ruraux.

​Enfin, le risque de saupoudrage, consistant à dépenser des ressources limitées dans un programme de grande envergure qui risquerait de pénaliser d’autres priorités d’urgence, telles que le paiement des enseignants ou la réhabilitation des bâtiments scolaires délabrés.

​Le rejet de cet édit par l’organe délibérant du Kasaï Central illustre la maturité pragmatique de la représentation provinciale, qui a préféré faire le choix de la responsabilité budgétaire plutôt que celui du populisme législatif. Sous la conduite du Président Guy Sabangu Kashala, la plénière a tenu à rappeler que légiférer implique d’assurer l’exécutabilité des textes votés.

​Ce refus ne marque pas pour autant la fin du débat sur l’alimentation scolaire. Il met en lumière la nécessité d’impliquer plus fortement le pouvoir central, les partenaires au développement internationaux et le secteur privé pour concrétiser ce type d’initiatives à fort impact social.

​Si le député Pierre Sosthène Kambidi n’a pas réussi à faire passer son texte sous sa forme actuelle, sa démarche aura eu le mérite d’inscrire la question cruciale de la nutrition des élèves au cœur de l’agenda politique provincial. Reste désormais à savoir si le gouvernement provincial saura s’inspirer de ces propositions pour formaliser, dans un cadre pilote et plus restreint, des solutions adaptées aux moyens réels de la région.

Doly Muntu depuis Kananga


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