
Une route bitumée qui s’arrête net à la frontière d’une province voisine, un pont flambant neuf reliant deux rives dépourvues de voies d’accès, des projets de transport concurrents ou redondants. En République démocratique du Congo, le manque de coordination dans l’aménagement du territoire a trop longtemps transformé les investissements publics en un patchwork inachevé.
Pour sortir de cette gestion au coup par coup, le chapitre II de la proposition de loi portée par le sénateur Jean Bamanisa Saïdi pose un diagnostic clair : bâtir sans planifier, c’est bâtir sur du sable. En introduisant une vision d’ensemble de l’échelle nationale jusqu’au niveau provincial, ce texte législatif entend doter la RDC d’une véritable boussole stratégique.
Une planification à deux niveaux : Penser globalement, agir localement
Au cœur de cette réforme figure un instrument clé : le Schéma Directeur National des Infrastructures. Ce document stratégique deviendrait la référence incontournable pour piloter la programmation des chantiers, orienter les investissements, sécuriser les réserves foncières et structurer les grands corridors de transport.
Au niveau national, l’État définit la vision globale, les axes transfrontaliers et les projets d’intérêt stratégique en s’appuyant sur le Schéma Directeur National qui garantit l’interconnexion multimodale routière, ferroviaire, fluviale et aérienne. Au niveau provincial, chaque entité décline ses priorités locales en tenant compte des spécificités et ressources de son territoire, au travers de Schémas Provinciaux conçus en cohérence directe avec le cadre national.
Enfin, au niveau interprovincial, la gestion des projets partagés franchissant les limites administratives de plusieurs provinces s’opère par le biais de conventions de coopération, notamment des contrats de plan et des contrats de corridor conjoints.
Une Banque de données géoréférencées pour numériser le patrimoine
L’une des innovations majeures de ce chapitre réside dans la création de la Banque nationale des données géoréférencées des infrastructures publiques.
Trop souvent, le suivi des ouvrages souffre d’une absence d’inventaire fiable, rendant la maintenance préventive quasi impossible. Cette base de données multimodale permettra l’inventaire numérique et la cartographie précise de tous les ouvrages d’art et réseaux routiers.
Elle assurera également le suivi en temps réel de l’état d’usure des infrastructures afin de planifier leur entretien, tout en imposant une obligation de transmission des données d’ouvrages à l’ensemble des maîtres d’ouvrage publics.
Ce que cette réforme changerait pour le citoyen
Si le texte est adopté par le Parlement, la planification cesserait d’être un simple exercice bureaucratique pour devenir un levier direct de développement économique. Pour la population, l’impact se traduirait par une fluidification de la libre circulation des personnes et des biens, un désenclavement plus rapide des territoires ruraux et la construction d’ouvrages mieux adaptés aux défis climatiques.
En structurant l’action publique autour d’un schéma national unifié, la proposition de Jean Bamanisa Saïdi rappelle une règle fondamentale du génie civil : avant de poser la première pierre d’un chantier, il faut s’assurer que le plan d’ensemble a été pensé pour durer.
Jerry Lombo
