
Dans un point de presse tenu ce mercredi 26 Août 2026 à Kisangani, le Directeur de Tropenbos RDC, le Professeur Alphonse Maindo, est revenu en détail sur un incident sécuritaire d’une extrême gravité survenu au Point Kilométrique 122 (PK 122) sur la route nationale numéro 4 (RN4). Une mission d’évaluation indépendante mandatée par l’Union Européenne et le Royaume de Belgique a frôlé le drame, prise pour cible par un exploitant minier artisanal illégal opérant dans des Concessions Forestières des Communautés Locales (CFCL).
Une mission internationale d’évaluation sous le feu des menaces
L’histoire débute par une démarche ordinaire de restitution et de gouvernance forestière. Une équipe restreinte de trois personnes comprenant des évaluateurs indépendants et leur chauffeur parcourait l’axe Bafwasende-Ubundu (territoire d’Ubundu). Leur mission était capitale : restituer sur le terrain les conclusions d’une évaluation indépendante de fin de projet.
Ce programme, intitulé « Protection et Conservation des Ressources en Eau et Forestières », financé conjointement par l’Union Européenne et la Belgique, arrive à son terme à la fin de cette année 2026. La mission avait été expressément commandée par les bailleurs de fonds internationaux pour s’assurer du bon usage des ressources et de l’atteinte des objectifs de conservation.
Alors que les membres de la mission faisaient escale pour la nuit dans un hôtel situé au PK 122, la situation a basculé. L’équipe a été violemment prise à partie et menacée de mort par un individu identifié sous le nom de Djuma, un orpailleur artisanal opérant dans le secteur minier.
« Cet homme a menacé l’équipe quand il a appris que c’était l’équipe de Tropenbos, tout simplement parce qu’il est allé exploiter de l’or dans deux Concessions Forestières des Communautés Locales (CFCL). La CFCL de Bafwaboli, au PK 122, et la CFCL de Barumbi Tshopo, qui s’étend à partir du PK 223. Et comme vous le savez, la loi forestière interdit l’exploitation minière dans ces zones », a révélé le Professeur Alphonse Maindo.
Une nuit de terreur évitée de justesse grâce à la présence des autorités
Selon les rapports fournis par un agent des forces de sécurité présent sur place, le sieur Djuma ne s’est pas présenté seul. Il était escorté d’une bande de jeunes gens armés d’équipements disparates mais redoutables : machettes, gourdins de bois et au moins deux fusils de chasse. Le groupe a proféré des injures d’une grande violence et manifesté une intention claire de passer à l’acte.
Si l’escalade sanglante a pu être évitée cette nuit-là, c’est grâce à un concours de circonstances providentiel : l’Administrateur du territoire d’Ubundu, Willy Iwoti, ainsi que le Chef du secteur de Kilinga séjournaient dans le même hôtel, entourés de leur garde rapprochée. La présence immédiate de ces cadres administratifs et de leurs éléments de sécurité a dissuadé le groupe armé de commettre l’irréparable.
Cependant, faisant preuve d’un défi flagrant à l’autorité publique, l’orpailleur est revenu ce matin sur les lieux de l’hébergement pour réitérer publiquement ses menaces de mort à l’encontre des missionnaires.
Au cœur du conflit : Le pillage minier illégal contre la Loi Forestière
Pourquoi s’en prendre avec une telle hargne à une équipe d’évaluation ? La clé du conflit réside dans le travail d’accompagnement juridique mené par Tropenbos RDC au profit des communautés locales.
En effet, le sieur Djuma s’est installé unilatéralement pour extraire de l’or dans deux concessions communautaires protégées :
– La CFCL de Bafwaboli (située au PK 122) ;
– La CFCL de Barumbi Tshopo (qui débute au PK 223).
Or, le Code forestier de la République Démocratique du Congo est d’une clarté absolue : l’exploitation minière est strictement interdite au sein des Concessions Forestières des Communautés Locales (CFCL). Toute violation de cette disposition expose la communauté locale au retrait pur et simple de son titre de concession, réduisant à néant des années de démarches et d’efforts de gestion durable.
Alertés par ce danger, une grande partie des membres des communautés locales s’est opposée aux activités illicites de l’orpailleur. En réaction, ce dernier a usé d’intimidation, menaçant d’incendier les cases et habitations des habitants réfractaires. Se prétendant « intouchable », Djuma soutenait haut et fort qu’il bénéficiait de protections à tous les niveaux de la hiérarchie de l’État et que personne ne pourrait l’arrêter.
Face à cette situation, l’organisation Tropenbos RDC a pris ses responsabilités en saisissant directement le Procureur Général. Une plainte formelle a été déposée pour exploitation illicite de matières précieuses dans une propriété privée et pour menaces répétées contre les populations locales, avec ampliation à l’ensemble du Comité provincial de sécurité.
Réaction prompte des autorités et coup de filet sécuritaire
Avisé de l’urgence de la situation au PK 122, le Directeur de Tropenbos RDC a immédiatement contacté la chaîne de commandement politique et sécuritaire de la province : le Gouverneur de province, le Commandant provincial de la Police, le Chef du renseignement de la police, ainsi que les responsables de l’Agence Nationale de Renseignements (ANR), notamment le Chef de division des opérations.
La réaction administrative et policière a été exemplaire. Sous l’impulsion de l’Administrateur du territoire d’Ubundu, Willy Iwoti, les dispositions nécessaires ont été prises sur-le-champ pour appréhender l’auteur des menaces. Le sieur Djuma a été arrêté et mis aux arrêts. Il est actuellement en cours de transfert vers Kisangani pour répondre de ses actes devant la justice (notamment pour menaces de mort, injures publiques et exploitation minière illégale).
Enjeux diplomatiques et hommage à la réactivité de l’État
Lors de son échange avec la presse, le Professeur Alphonse Maindo a souligné la gravité des répercussions qu’aurait pu avoir cet incident sur le plan international.
« C’est une situation qui aurait pu tourner au drame et on aurait eu des incidents graves pour le pays, parce que là, on a une mission qui a été commandée par l’Union Européenne et la Belgique. Vous voyez ce que ça représenterait pour la coopération entre la RDC, l’Union Européenne et la Belgique », a-t-il averti.
En conclusion, le Directeur de Tropenbos RDC a tenu à saluer la promptitude de la réaction des autorités de la Tshopo, insistant sur le fait qu’il faut savoir reconnaître l’efficacité des services publics lorsque la justice et la sécurité sont au rendez-vous.
« Je voulais surtout saluer l’intervention immédiate de l’administrateur Willy Iwoti et des autorités privonciales. Je salue vraiment son action, qui n’a pas hésité à prendre les mesures nécessaires sur place pour arrêter ce monsieur. Il ne faut pas toujours critiquer quand les gens ne font pas leur travail. Mais là, ils ont réagi avec promptitude, donc il faut le saluer ».
Cette affaire met en lumière les tensions croissantes entre les impératifs de conservation forestière, les droits des communautés locales et les appétits miniers illégaux. Elle démontre également qu’une synergie rapide entre la société civile, l’administration territoriale et les forces de sécurité reste le rempart le plus efficace contre l’impunité dans les territoires ruraux de la RDC.
Jerry Lombo
