
Sur la route de l’Ituri (RN4) comme sur l’axe Alibuku, le cacao de la Tshopo a parfois un arrière-goût bien amer. Non pas en raison de sa qualité, mais à cause du véritable calvaire fiscal imposé aux agriculteurs à chaque point de contrôle. Alertée par les plaintes répétées des coopératives agricoles dénonçant une multiplicité de taxes illégales et des tracasseries asphyxiantes, la ministre provinciale de l’Environnement, Agriculture, Développement Rural, Pêche et Élevage, Bijou Koy, a pris le taureau par les cornes ce samedi 15 août 2026 en menant une mission d’inspection musclée sur le terrain.
Accompagnée des responsables des coopératives de la province (COCUCT et COPRACOCA), la ministre a voulu constater par elle-même ce matraquage. Premier arrêt marquant : la barrière du PK 23 sur l’axe Ituri. La délégation y prend en flagrant délit le dysfonctionnement du système : un petit producteur transportant un simple sac de cacao de 70 kg s’est vu exiger la somme de 10 000 Francs Congolais. Une anomalie criante, quand on sait que la province fixe la taxe d’évacuation officielle à 50 000 FC par tonne (soit environ 22,5 $).
Face à ce cas concret, la ministre s’est immédiatement entretenue avec le chef de secteur Bakumu Mandombe dans son bureau pour recadrer la situation. La patrouille d’évaluation s’est ensuite poursuivie sur l’axe Alibuku, jusqu’au kilomètre 39, révélant une prolifération affligeante de postes de contrôle sauvages.

Au terme de cette journée de constat sur le terrain, la colère retenue des producteurs a trouvé une voix ferme. Dominique Kasimba, coordonnateur de la Coopérative des Cultivateurs de Cacao de la Tshopo (COCUCT), a salué l’engagement de l’autorité tout en peignant un tableau sombre de la réalité quotidienne des champêtres :
« Aujourd’hui, on a eu la chance d’être accompagnés par la ministre provinciale. Il était important pour elle d’être sur le terrain pour faire le constat. Au PK 23, on a trouvé un producteur avec son sac de 70 kilos à qui on fait payer 10 000 Francs Congolais. Pendant ce temps, la province fait payer à l’évacuation une tonne à 50 000 Francs Congolais. Le Gouverneur a déjà pris des mesures de grâce en révisant ce taux à la baisse, même si nous ne sommes pas encore aux 6 dollars la tonne appliqués en Ituri. C’est normal, la Tshopo débute sa production. Mais ce qui est surprenant, c’est que cette même taxation d’évacuation est exigée à chaque barrière, dès que le producteur sort son cacao du champ pour l’amener au centre de stockage. C’est une double taxation abusive qui vise à décourager les agriculteurs ».
Le constat est d’autant plus lourd que le cadre légal congolais est sans équivoque : le secteur agricole est légalement exempté d’impôts et de taxes en amont. L’État ne doit prélever ses redevances qu’en aval, au moment de l’exportation des produits pérennes.

Ministre Bijou Koy au bureau du Chef secteur
Face à ce racket institutionnalisé qui plombe les efforts de diversification économique de la région, Bijou Koy n’est pas restée passive. La ministre s’est engagée à faire un rapport sans complaisance au Gouverneur de province et à convoquer d’urgence une table ronde réunissant les producteurs, l’Administrateur du territoire d’Ubundu et le Chef de secteur de Badombi pour faire respecter la loi.
À l’intention des paysans et acteurs de la filière, le message de la COCUCT se veut rassurant : l’heure n’est pas au découragement. Grâce à ce partenariat direct entre le ministère et les forces vives du monde rural, la Tshopo entend bien balayer ces barrières illégales pour offrir enfin à ses agriculteurs le climat des affaires juste et incitatif qu’ils méritent.
Jerry Lombo
