
C’est une offensive institutionnelle qui ne manque ni de poigne, ni d’urgence. Ce mercredi, les projecteurs du monde judiciaire congolais se sont braqués sur la capitale, où une délégation de haut vol, venue tout droit des provinces du Kasaï et du Kasaï Central, a entamé un marathon diplomatique à Kinshasa. Leur objectif ? Interpeller les plus hautes autorités judiciaires et parlementaires du pays pour sortir le Grand Kasaï de ce qui ressemble fort à un désert judiciaire.
Dans les couloirs du pouvoir, cette mission conjointe ne vient pas pour faire de la figuration. Portée par une détermination sans faille et facilitée par l’appui technique du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD/Grand Kasaï), la délégation a rapidement frappé au sommet de la pyramide en obtenant un premier tête-à-tête stratégique avec le Président du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), qui préside également la Cour Constitutionnelle.
Une alliance inédite d’acteurs de terrainPour porter la voix des populations kasaïennes, c’est un front uni composé d’avocats, de défenseurs des droits humains et d’acteurs de la société civile qui s’est constitué. On y retrouve des figures de proue bien connues du terrain :
– Me Hubert Ngula Djoko, Bâtonnier du Barreau du Kasaï/Tshikapa ;
– Me Mamie Esther Matandu, Coordonnatrice de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) pour le Kasaï ;
– Jean René Tshimanga, Président du Cadre de concertation de la Société civile du Kasaï Central ;
– Me Vincent Kayembe, Coordonnateur de la CNDH pour le Kasaï Central, qui a fermement rappelé l’enjeu crucial d’une meilleure couverture judiciaire.L’appareil technique du PNUD/Grand Kasaï, représenté par Me Alain Kateta, veille au grain pour garantir que les plaidoyers s’articulent autour de données probantes et de réformes pérennes.
Les 4 urgences du Grand Kasaï : Un mémorandum sans langue de boisSur la table des hauts décideurs de Kinshasa, le mémorandum déposé par la délégation dresse un état des lieux réaliste et formule des demandes précises. Le plaidoyer s’articule autour de quatre piliers fondamentaux :
– Le capital humain : L’affectation proportionnelle et équitable de magistrats civils et militaires dans les juridictions et offices des deux provinces, souvent cruellement sous-effectifs.
– Des infrastructures dignes : La construction et la réhabilitation urgente des bâtiments judiciaires, souvent délabrés ou inappropriés pour rendre la justice dans des conditions décentes.
— L’itinérance des juges : La dotation en — —moyens logistiques, de fonctionnement et de transport. Dans des territoires vastes et enclavés, sans véhicules ni budgets d’itinérance, la justice reste hors de portée pour des millions de citoyens.
– L’éthique et la discipline : Un appui concret à la Chambre provinciale de discipline du Conseil Supérieur de la Magistrature afin de garantir son fonctionnement régulier et sanctionner d’éventuels dérapages.
Reçue dès le départ par la plus haute instance de la magistrature, la mission n’a pas tardé à porter ses premiers fruits. Le Président du CSM a prêté une oreille attentive aux revendications présentées, concédant des « échos favorables » quant à l’amélioration de la couverture géographique du personnel judiciaire dans ces deux provinces.
L’engagement formel a été pris d’analyser en profondeur les doléances du mémorandum. Une première victoire symbolique pour cette coalition kasaïenne qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, alors que d’autres rencontres de haut niveau avec les autorités parlementaires et ministérielles sont déjà au programme dans les jours à venir.
Doly Muntu depuis Kananga
