
Terminée la récréation, place à la rigueur. À Kisangani, la légendaire cité de l’Espoir et des Flamboyants entend bien faire peau neuve. Après des semaines de pédagogie, d’exhortations et de sensibilisation répétées, le ton a définitivement changé dans la capitale provinciale de la Tshopo : l’heure n’est plus aux conseils paternels, mais à la loi du bâton.
Depuis le mardi 21 juillet 2026, jeter un sachet en plastique, abandonner une bouteille vide ou balancer ses détritus sur le macadam boyomais n’est plus une simple incivilité. C’est un délit passible d’interpellation immédiate.
C’est lors de la traditionnelle parade hebdomadaire de la Police Nationale Congolaise (PNC), tenue le lundi 20 juillet sur l’esplanade du commandement provincial, que le couperet est tombé. L’atmosphère était solennelle, marquant une alliance sacrée entre le pouvoir urbain et le bras armé de la loi.
Autour de la table et face aux troupes rangées se trouvaient notamment le Commissaire divisionnaire Elvis Palanga Nawej, patron de la PNC/Tshopo, le verbe haut et la poigne ferme, ainsi que le Maire de la ville, Delly Likunde, venu porter la voix de l’administration municipale. Ils étaient entourés d’un parterre de cadres administratifs et de responsables sécuritaires, tous ligués pour la même cause.
Devant les forces de l’ordre attentives, l’injonction a été claire : la brigade de la salubrité passe à la vitesse supérieure. Les yeux de la police seront désormais partout, des artères du centre-ville jusqu’aux coins les plus reculés des communes.
« La phase de sensibilisation est terminée. À partir du 21 juillet, toute personne prise en flagrant délit de pollution de la voie publique s’exposera à une interpellation et aux sanctions prévues », ont martelé d’une même voix les autorités.

Si la mesure paraît radicale, elle répond à une urgence écologique et sanitaire devenue insupportable pour le cadre de vie des Boyomais. Depuis des années, Kisangani ploie sous le poids d’un incivisme chronique. Les gouttières et caniveaux se retrouvent étouffés sous des montagnes de plastiques, ce qui provoque des inondations spectaculaires à la moindre averse avec leur cortège de dégâts matériels et de désolation.
De plus, cet empilement d’immondices crée un nid idéal pour les maladies vectorielles, le choléra et le paludisme trouvant dans ces stagnations d’eau un terrain de jeu privilégié.
Pour le commissaire provincial Elvis Palanga Nawej, il est temps que chaque habitant prenne conscience que la propreté de la ville ne s’arrête pas au seuil de sa parcelle. La rue appartient à tous, et la souiller équivaut à porter atteinte à la santé de toute la collectivité.
Vers une révolution des mentalités à la BoyomaiseAu-delà de la peur du gendarme et des amendes, cette offensive vise un choc culturel. Les autorités provinciales et urbaines ambitionnent de redonner à Kisangani son lustre d’antan, celui d’une ville coquette, moderne et fière de ses avenues.
Pour réussir ce pari audacieux, un appel vibrant a été lancé aux Boyomaises et Boyomais afin qu’ils deviennent les premiers acteurs de leur propre environnement. Il leur est vivement demandé de bannir définitivement le réflexe du jet à terre pour adopter l’usage systématique des poubelles.
Les citoyens doivent également refuser catégoriquement les dépôts anarchiques au coin des rues et dans les espaces publics, tout en s’engageant à restaurer l’esprit communautaire autour du maintien de l’hygiène publique.
Le message est passé. La balle est désormais dans le camp des citoyens. Une chose est sûre : Désormais, à Kisangani, la propreté ne sera plus une option, mais un devoir sous haute surveillance policière.
Sylvain Kaita
