
La salle de Gradi Jeune a servi de cadre ce jeudi 09 Juillet 2026 à un exercice de vérité crucial pour l’avenir des forêts congolaises. À l’initiative de l’ONG Tropenbos RDC, en collaboration avec le World Resources Institute (WRI), les acteurs clés du secteur environnemental se sont réunis pour un atelier de réflexion de haute portée : la revue critique de la stratégie nationale relative à la foresterie communautaire. L’objectif ? Proposer des améliorations concrètes basées sur les réalités du terrain, huit ans après l’adoption du cadre initial.
Adoptée en 2018 pour une phase expérimentale de 5 ans, la stratégie nationale a largement dépassé son premier cycle sans évaluation globale. Face à ce constat, les participants ont disséqué l’ensemble du processus, depuis la phase de demande et d’attribution des Concessions Forestières des Communautés Locales (CFCL) jusqu’à leur gestion et exploitation effective.
Pour y parvenir, l’atelier s’est articulé autour de trois axes majeurs. Les participants ont d’abord réalisé une revue critique globale afin d’analyser les goulots d’étranglement qui ralentissent l’autonomisation des communautés. Ils ont ensuite dressé un état des lieux juridique pour évaluer la mise en œuvre des résolutions issues des précédents forums, l’idée étant d’harmoniser l’arsenal légal et réglementaire. Enfin, un focus provincial sur la Tshopo a permis de mesurer les forces et faiblesses de cette région en première ligne face aux ambitions de la vision nationale.

Dans son mot de bienvenue, le Professeur Alphonse Maindo, Directeur de Tropenbos RDC, a rappelé avec force l’urgence d’adapter les textes à la vie des populations. Avec plus de 1 200 000 hectares de forêts sous contrôle communautaire, représentant à peu près 45 concessions, la Tshopo fait figure de véritable laboratoire national.
« Il était temps, plus que temps même, de pouvoir nous asseoir », a martelé le Professeur Maindo.
« La Tshopo est aujourd’hui la province pilote en matière de foresterie communautaire. Il est donc important qu’elle soit aussi pionnière en matière de réflexion pour prendre en compte les difficultés rencontrées, afin que la nouvelle stratégie soit plus efficace et plus adaptée aux réalités de nos communautés ».
Le Directeur de Tropenbos a également soulevé deux points critiques indispensables pour l’avenir. D’une part, il a insisté sur l’autonomie financière, rappelant que la foresterie communautaire ne peut plus dépendre uniquement de l’aide internationale au développement, par nature instable.

Le Professeur a vivement plaidé pour l’inscription de budgets publics dédiés au niveau central, provincial et des entités territoriales décentralisées (ETD). D’autre part, il a mis l’accent sur l’impact réel sur la pauvreté. Si la RDC compte aujourd’hui plus de 6 millions d’hectares de forêts octroyés aux communautés à l’échelle nationale, l’enjeu principal reste le bien-être économique :
« On ne mange pas les titres », a-t-il rappelé, insistant sur le fait que les communautés doivent voir leurs conditions d’existence concrètement transformées par cette gestion.
Cette dynamique s’inscrit d’ailleurs parfaitement dans les engagements internationaux de la RDC, qui vise à consacrer 30 % de sa superficie à la conservation d’ici 2030, notamment à travers le projet de « couloir vert Kivu-Kinshasa ».
Représentant la Ministre Provinciale de l’Environnement, Me Bijou Koy, son Directeur de Cabinet ad interim, Erick Koy, a officiellement ouvert les travaux. Transmettant les encouragements de la ministre, il a salué le leadership environnemental du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, positionnant la RDC comme pays-solution au cœur du bassin du Congo.


Pour l’exécutif provincial, cet atelier tombe à point nommé pour corriger les trajectoires et sécuriser juridiquement les populations locales :.
« Les communautés locales entretiennent depuis des générations des liens étroits avec les forêts, qui sont leur principale source de subsistance, de revenus et d’identité culturelle. C’est pourquoi la foresterie communautaire constitue aujourd’hui un levier essentiel pour garantir une gestion responsable et participative », a déclaré Erick Koy.
Il a réitéré l’engagement du gouvernement provincial à accompagner ces réformes pour faire des exploitants locaux de « véritables partenaires de la conservation », bénéficiant équitablement des retombées de leurs efforts.
Vers une feuille de route renouvelée
L’atelier s’est clôturé par une série de recommandations concrètes formulées par les participants : universitaires, membres de la société civile, délégués étatiques et experts. Pour dépasser le stade de la simple « remise de titres » et transformer les concessions en véritables moteurs de développement, les participants ont formulé des recommandations structurées autour de deux grands axes : technique et financier.

1. Recommandations Techniques : Simplifier et Sécuriser
Le constat partagé était que le parcours actuel, de la demande d’attribution à l’exploitation, est un parcours du combattant semé d’embûches administratives et juridiques.
– Allègement et décentralisation des procédures : Simplifier drastiquement les formalités administratives pour l’obtention des titres de Concessions Forestières des Communautés Locales (CFCL). Les participants ont demandé un transfert effectif de compétences et de pouvoir de validation vers l’administration provinciale afin d’éviter les blocages au niveau de Kinshasa.
– Sécurisation juridique renforcée : Harmoniser les textes de la foresterie communautaire avec les autres réformes sectorielles en cours en RDC (notamment la réforme foncière et l’aménagement du territoire) pour éviter les conflits de superposition de titres (concessions minières, agro-industrielles ou aires protégées d’État sur des terres communautaires).
– Appui à la gestion et au plan de zonage : Doter les communautés locales d’outils techniques simplifiés mais rigoureux pour l’élaboration de leurs Plans Simples de Gestion (PSG). Sans ces plans, les communautés possèdent la forêt mais n’ont pas le droit légal d’y prélever ou d’y commercialiser des ressources.
– Renforcement des capacités locales : Institutionnaliser des programmes de formation continue (portés par les universités locales, comme l’Université de Kisangani) sur la gouvernance interne, la gestion des conflits et le suivi écologique des concessions.
2. Recommandations Financières : Briser la dépendance extérieure
C’est le point central soulevé par le Professeur Maindo : une stratégie nationale ne peut pas survivre si elle dépend à 100% des bailleurs de fonds internationaux.
– Création d’une ligne budgétaire publique dédiée : Exiger de l’État congolais (gouvernement central et provincial) l’inscription d’un budget permanent alloué à l’accompagnement de la foresterie communautaire, notamment pour financer les missions de contrôle et d’encadrement technique par l’administration publique.
– Implication des Entités Territoriales Décentralisées (ETD) : Intégrer la foresterie communautaire dans les Plans de Développement Locaux (PDL) des secteurs et chefferies, en y affectant une partie des recettes locales (notamment les redevances issues des ressources naturelles).
– Intégration de la finance carbone communautaire : Mettre en place des mécanismes clairs, transparents et simplifiés pour que les 6 millions d’hectares de forêts sous gestion communautaire en RDC puissent capter les dividendes des marchés de crédit carbone ou des paiements pour services environnementaux (PSE), en s’assurant que l’argent revienne directement aux structures villageoises.

Toutes ces recommandations vont être synthétisées et transmises au consultant indépendant en cours de recrutement par le niveau national. Elle serviront de boussole pour réécrire une stratégie nationale de foresterie communautaire plus résiliente, mieux financée et résolument tournée vers le développement humain.
Jerry Lombo
