
En République Démocratique du Congo, le patriotisme ne se conjugue plus seulement en discours politiques vibrants, il se grave désormais dans le marbre de la loi. Ce jeudi 2 juillet 2026, les couloirs du Sénat ont vibré au rythme d’un acte législatif majeur. L’honorable Sénateur Jean Bamanisa Saïdi y a déposé sa troisième proposition de loi de la législature : un texte audacieux et impatiemment attendu portant sur la protection, la promotion et l’utilisation de l’expertise et des compétences nationales.
Adossée de plain-pied aux articles 35 et 36 de la Constitution, cette initiative législative ne vise rien de moins qu’une décolonisation économique par le savoir-faire. C’est le coup de semonce contre l’invisibilisation de la main-d’œuvre congolaise.
Le constat est aussi amer qu’historique. La RDC est un gigantesque chantier à ciel ouvert : des routes s’ouvrent, des infrastructures s’élèvent, des villes se métamorphosent. Pourtant, dans les coulisses de ce boom immobilier et industriel, le génie congolais est trop souvent relégué aux seconds rôles, voire aux tâches subalternes. Faute de cadres légaux contraignants, des cohortes d’experts, d’ingénieurs et d’artisans expatriés sont importées à grands frais, tandis que les talents locaux, souvent pétris de talent mais dépourvus de « papiers officiels », broient du noir.
C’est précisément ce modèle obsolète et injuste que Jean Bamanisa Saïdi a décidé de dynamiter. Fidèle à son ADN de bâtisseur, d’un vrai législateur et d’opérateur économique chevronné, le sénateur refuse de voir son pays subir la fatalité du chômage structurel de sa jeunesse.
« On ne peut pas construire nos villes, on ne peut pas construire nos infrastructures, si on n’a pas de bâtiments. Un grand nombre de Congolais travaillent dans tous les domaines mais ils n’ont aucune reconnaissance, ils n’ont pas de certification, ils n’ont pas été au préalable qualifiés » , a signifié Jean Bamanisa Saïdi
Les Grandes Articulations de la Loi : Certification, Valorisation, Souveraineté
Ce texte de loi n’est pas une simple déclaration d’intentions. C’est une mécanique de précision qui s’articule autour de trois axes fondamentaux :
1. La reconnaissance et la catégorisation des compétences
Finie l’ère du flou artistique. La loi prévoit le répertoriage systématique des entreprises et des cerveaux congolais selon leur niveau réel d’expertise. Du grand cabinet d’ingénierie à l’artisan indépendant, chacun aura sa place et son niveau de compétence légalement reconnu.
2. Le triptyque : Formation – Curriculum – Certification
C’est le cœur du réacteur. En parfaite synergie avec le Ministère de la Formation Professionnelle, le texte institutionnalise la création de référentiels d’enseignement (curriculums) modernes. L’objectif ? Mettre en place des comités de certification de standard international, propulsés par des structures de terrain majeures telles que la Chambre des Métiers de l’Artisanat, le Club BTP (Bâtiments de Travaux Publics) et la dynamique plateforme Expo Béton.
3. L’obligation de contenu local et l’insertion obligatoire
La loi Bamanisa vient s’emboîter comme une pièce de puzzle manquante dans l’arsenal juridique congolais, complétant les récentes avancées sur la sous-traitance et le contenu local. Elle fait de l’utilisation de l’expertise congolaise certifiée une obligation légale pour tout investisseur ou donneur d’ordre sur le territoire national.

Cette proposition de loi ne sort pas d’un chapeau par opportunisme. Elle est le fruit d’une maturation de seize ans. Déjà en 2010, alors député national, Jean Bamanisa Saïdi portait ces textes pionniers. Sa réactualisation aujourd’hui résonne comme une réponse directe et vigoureuse au programme présidentiel sur la jeunesse, la formation professionnelle et l’employabilité lancé mardi dernier par le Chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi.
Il y a là une convergence nationale historique : pendant que la présidence trace la vision politique, le Sénat, par le biais de Bamanisa, fournit le bras armé législatif pour la matérialiser.
Avec cette loi, la RDC s’apprête à redonner sa dignité à la main-d’œuvre ouvrière et artisanale. Maçons, électriciens, ingénieurs civils, architectes, soudeurs, plombiers, menuisiers : tous ces héros de l’ombre vont enfin sortir de la précarité de l’informel pour entrer dans la lumière de la reconnaissance légale et internationale.
L’honorable Jean Bamanisa Saïdi vient de prouver, pour la troisième fois dans cette législature, qu’il reste l’un des esprits les plus pragmatiques et visionnaires de la chambre haute. Le débat qui s’ouvrira bientôt au Parlement s’annonce passionnant, mais l’enjeu, lui, fait déjà l’unanimité : le Congo de demain doit être pensé, conçu et bâti par des mains congolaises.
Jerry Lombo
