
C’est un vent de renouveau qui souffle sur le secteur agroalimentaire de la Province de la Tshopo. Ce mardi 16 juin 2026, au village Babola, situé à 15 kilomètres du centre-ville de Kisangani sur la route de l’aéroport international de Bangoka, l’effervescence était palpable. Dominique Kasimba, figure de proue de l’agrobuisness local et patron de l’Établissement Dokas, y a posé la première pierre symbolique du Projet Intégré, Agriculture, Pisciculture et Élevage (PIAPE).
Un méga-projet qui promet de redéfinir la chaîne des valeurs alimentaires, de casser les prix du marché et de transformer la jeunesse boyomaise en main-d’œuvre hautement qualifiée.
« Nous mettons les moyens pour soulager le panier de la ménagère boyomaise et offrir un avenir concret à notre jeunesse » , a déclaré Dominique Kasimba.
Actuellement, survivre sur le plan alimentaire à Kisangani relève du parcours de combattant pour de nombreuses familles. Le kilo de poisson frais y est devenu un produit de luxe, se négociant au-delà de 25. 000 FC (plus de 10 dollars américains). Face à cette détresse sociale, le projet PIAPE affiche une ambition claire, presque révolutionnaire : diviser le prix du poisson par deux pour le plafonner à un maximum de 5 dollars le kilo.
Pour y parvenir, l’Établissement Dokas ne compte pas faire les choses à moitié. L’objectif global est d’atteindre une vitesse de croisière de 500 tonnes de poissons produits par an. Une véritable bouffée d’oxygène pour la sécurité alimentaire locale.

L’impact social du projet passe aussi par les circuits de distribution. Conscient du rôle pivot des femmes dans l’économie informelle, Dominique Kasimba prévoit un encadrement strict et solidaire des revendeuses de poissons :
– Organisation en associations pour structurer l’activité.
– Vente au prix de gros garantie par le centre pour maximiser leur marge
– Contrôle des prix finaux sur le marché pour s’assurer que la baisse profite directement au consommateur tshopolais.
L’un des plus grands drames de l’enseignement en République Démocratique du Congo reste le fossé béant entre les bancs de l’université et la réalité du terrain. Le projet PIAPE veut briser ce cercle vicieux où la transmission des connaissances reste trop souvent purement théorique.
Le site de Babola va abriter un centre de formation pratique moderne, destiné aux étudiants et élèves en aquaculture, pisciculture et agriculture. Ce pôle offrira des stages de perfectionnement 100 % pratiques de qualité.
Grâce à ces infrastructures, ces jeunes vont avoir un accès direct à l’expérience terrain qui leur manque souvent. Ils manipuleront, expérimenteront et produiront. À terme, c’est une vague de techniciens hautement qualifiés qui sera déversée dans la ville de Kisangani et les villages environnants, prêts à créer leurs propres entreprises ou à moderniser les exploitations existantes.


Le PIAPE ne se limite pas à la pêche. C’est un écosystème circulaire pensé dans les moindres détails qui s’articule autour de trois piliers technologiques majeurs :
1. L’aviculture de précision
L’accès aux poussins performants et aux œufs de qualité reste un défi pour les éleveurs de la Tshopo. Le centre va disposer d’animaux parentaux de races améliorées. Grâce à l’installation d’incubateurs industriels au sein de ce centre, tous les éleveurs locaux de poules de la province et d’ailleurs auront accès à des poussins et des œufs fécondés de très bonne qualité localement sans dépendre d’importations coûteuses et aléatoires.
2. Une provenderie industrielle
Nourrir le bétail de manière traitée et équilibrée est essentiel. Le PIAPE intègre donc une unité de fabrication de nourriture de qualité pour le bétail, qu’il s’agisse des poules, des poissons ou même des porcs. Cette provenderie s’inscrit directement dans la production et la transformation de la chaîne de valeurs du maïs, destiné à la fois à l’alimentation humaine et animale.
3. Un laboratoire d’écloserie pour protéger le Fleuve Congo
Dans une démarche éco-responsable, le projet prévoit un laboratoire d’écloserie pour la reproduction artificielle et la multiplication des alevins.
« Cela nous permettra de mettre moins de pression sur les nids de ponte de notre fleuve, car l’activité humaine y menace constamment la biodiversité aquatique », a précisé Dominique Kasimba.
Une infrastructure XXL : 2 hectares de transformation et 240 hectares de production
Le déploiement spatial du projet démontre son gigantisme. Pour mener à bien cette vision, l’architecture de l’investissement repose sur deux sites distincts et parfaitement complémentaires, tous deux situés dans le secteur stratégique de Lubuya-Bera.
D’une part, le site de Babola, qui s’étend sur 2 hectares le long de la route de l’aéroport, est entièrement dédié à la transformation et au développement agricole, tant sur le plan animal que végétal. C’est ici que battront le cœur technologique, économique et social du projet, avec l’installation de la provenderie, du laboratoire d’écloserie, du centre de formation et de l’espace de loisirs. Les travaux y sont déjà en cours et la construction des premiers étangs hors-sol a officiellement débuté.
D’autre part, le projet s’appuie sur un géant invisible mais indispensable : un second site de 240 hectares, situé dans les environs immédiats de Kisangani. Cette immense concession est le poumon vert du projet, exclusivement réservée à la production de masse et à la culture à grande échelle, notamment pour le maïs qui alimentera la chaîne de valeurs garantir l’autonomie du projet.
Sur le site de Babola, le travail bat déjà son plein. Plus des vingtaines de jeunes dudit village y trouvent déjà un emploi aux côtés d’experts nationaux et internationaux venus prêter main-forte à cette vision ambitieuse.
Le secteur privé montre la voie : Un appel franc à l’État congolais
En lançant ce projet colossal de développement sur fonds propres, l’Établissement Dokas montre le chemin vers le développement sectoriel. Dominique Kasimba a profité de cette tribune pour exhorter le gouvernement, tant provincial que national, à saisir la balle au bond et à venir accompagner cette initiative privée.
« Nous savons que le gouvernement met souvent beaucoup de moyens dans des projets publics aux résultats peu probants. Ici, le secteur privé a montré le chemin et a pris l’avance. Si l’État vient booster cette approche, ce sera pour l’intérêt supérieur de tous les Congolais ».

Pour couronner le tout et apporter une touche de convivialité à ce pôle agro-industriel, le site de Babola accueillera un espace de loisirs et un restaurant.
Chaque soir ainsi que pendant les week-ends, les habitants de Kisangani et les visiteurs pourront venir s’y détendre et déguster du poisson ou du poulet braisé, d’une fraîcheur absolue, directement sortis des étangs et des fermes du projet. Un circuit court « du producteur à l’assiette » qui s’annonce déjà comme le futur rendez-vous incontournable des gourmets de la Tshopo. C’est sera alors une manière savoureuse de lier l’économie, le social, l’environnement et le plaisir de la table, tout en garantissant l’autosuffisance et la lutte contre le chômage.
Chaque soir ou pendant les week-ends, les habitants de Kisangani et les visiteurs pourront venir s’y détendre et déguster du poisson ou du poulet braisé, d’une fraîcheur absolue, directement sortis des étangs et des fermes du projet. Un circuit court « du producteur à l’assiette » qui s’annonce déjà comme le futur rendez-vous incontournable des gourmets de la Tshopo.
La première pierre est posée, les machines sont en marche : le PIAPE est en route, et avec lui, le futur de l’autosuffisance alimentaire à Kisangani.
Jerry Lombo
