
L’histoire de la gestion des épidémies retiendra parfois que les plus grandes victoires naissent d’un coup du sort. Ce mardi 26 mai 2026, l’atmosphère était solennelle mais empreinte d’une immense fierté à Kisangani. Plus de 34 volontaires- secouristes de la Croix-Rouge, branche de la Tshopo, ont officiellement clôturé une session intense de formation de trois jours.
La particularité de cet événement ? Il n’aurait théoriquement pas dû avoir lieu à Kisangani. C’est un véritable détournement de compétences, un heureux hasard logistique, qui a permis de doter la province de la Tshopo d’un bouclier sanitaire d’élite contre la 17ème épidémie de virus Ebola.
Pour comprendre l’enthousiasme qui règne chez les humanitaires de la Tshopo, il faut écouter le Dr Bob Mateso, Coordonnateur Santé de la 17ème riposte Ebola. Il explique le scénario :
« Notre itinéraire principal n’était pas Kisangani. Vu la fermeture de l’aéroport de Bunia, nous nous sommes retrouvés à Kisangani. Comme il y a la proximité entre Bunia et Kisangani, il y a des passages, il y a des mouvements de la population. C’est pourquoi, nous avons organisé cette session de formation. On s’est dit : il faut renforcer déjà une équipe sur différentes thématiques en réponse d’une épidémie ».


Franck Gefeu | Dr Bob Mateso
Face au flux migratoire constant entre l’Ituri et la Tshopo, laisser Kisangani sans préparation face à cette épidémie à virus Ebola aurait été une faille stratégique. L’équipe d’experts formateurs de la Croix-Rouge pour la riposte, venus tout droit de Kinshasa, a donc posé ses valises pour transformer ce contretemps en opportunité d’urgence.
Durant trois jours, les participants ont été immergés dans un marathon pédagogique de haut niveau. Les thématiques abordées touchent au cœur même de la gestion de crise :
-Communication des risques et engagement communautaire : pour que la population comprenne la période cruciale actuelle.
-Enterrement digne et sécurisé : un pilier indispensable pour briser la chaîne de transmission.
-La Surveillance à base communautaire et le programme EPIC (Préparation et réponse aux épidémies et pandémies dans la communauté).
-Premiers secours et santé à base communautaire.

Le Dr Bob Mateso n’a pas caché son admiration face aux apprenants : « Les participants étaient très actifs et puis j’ai vraiment apprécié leur réactivité et leur soif d’apprendre, c’était vraiment intéressant ».
Si l’ambiance était aux félicitations, le discours de clôture de Franck Gefeu, Président Provincial de la Croix-Rouge, branche de la Tshopo , a résonné comme un vibrant et lucide appel à la responsabilité. Avec des mots percutants, il a rappelé la dure réalité du terrain et l’immunité psychologique que requiert le statut de secouriste.
« Je voudrais ici attirer votre attention sur cette épidémie en vogue aujourd’hui, n’est pas une blague et n’est pas une occasion de nous permettre d’avoir un peu de moyens. Non, c’est une épidémie très dangereuse qui ravage ».


La grande nouveauté de cette session réside dans un coup de force managérial imposé par Franck Gefeu lui-même. Refusant de cantonner cette formation aux seuls techniciens de première ligne, il a proposé aux experts kinois l’intégration complète des cadres de la gouvernance, à commencer par le comité provincial jusqu’aux comités des communes de base.
L’objectif est hautement stratégique. Ces chefs de base, qui tiennent régulièrement des parades et pilotent les activités administratives, se trouvent en contact permanent avec les volontaires. En les capacitant, le Président Provincial crée une double ligne de contrôle : ces gestionnaires d’entités deviennent les superviseurs directs du protocole.Ce
Ce sont eux qui veilleront à ce qu’aucune erreur technique ne s’immisce dans l’application des consignes sur le terrain, évitant ainsi des conséquences dramatiques. Franck Gefeu a d’ailleurs prévenu sans détour : cette approche globale et inclusive sera désormais la norme immuable pour toutes les activités futures à la Tshopo.


C’est sur une note d’extrême satisfaction que le rideau est tombé sur cet atelier providentiel. En saluant cette « manne qui n’était pas destinée pour la Tshopo » mais pour laquelle « l’occasion faisait le larron », le Président Franck Gefeu a officiellement clos cette session de briefing.
Désormais outillés, venus de différentes communes et pleinement conscients des enjeux de l’épidémie à virus Ebola, les volontaires de la Tshopo se dressent en première ligne, prêts à protéger la communauté et à déclencher une réponse rapide à la moindre alerte.
Jerry Lombo

