Ebola en Ituri : Au nom des chefs coutumiers du territoire d’Irumu, Matthieu Biyabo fait l’État de lieu de la zone de santé de Nyakunde

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La province de l’Ituri traverse une fois de plus une zone de fortes turbulences sanitaires. Face à la résurgence de l’épidémie à virus Ebola, le territoire d’Irumu retient son souffle, particulièrement dans la zone de santé de Nyakunde, devenue l’épicentre d’une lutte acharnée pour la vie. Dans ce contexte de crise où la peur et la désinformation menacent de faire autant de victimes que le virus lui-même, une union sacrée est en train de se former.

Acteurs politiques, leaders d’opinion, chefs communautaires et dignitaires religieux ont décidé de taire leurs divergences pour faire bloc derrière les autorités provinciales et sanitaires. Leur objectif commun : porter un message de sensibilisation unique, puissant et salvateur, afin d’éradiquer la propagation de l’épidémie au sein de la population.

C’est pour porter cette voix de la sagesse et de la vérité que Biyabo Hanzabo Matthieu, chef de la prestigieuse chefferie des Andisoma, a pris solennellement la parole ce lundi 25 mai. S’exprimant au nom de l’ensemble des chefs coutumiers du territoire d’Irumu, ce leader respecté a dressé un état des lieux sans concession de la situation à Nyakunde. Un discours fort, mêlant rigueur scientifique et appels à la conscience collective, destiné à réveiller la population générale d’Irumu et celle des Andisoma en particulier.

Le premier obstacle sur le chemin de la guérison n’est pas médical, il est culturel et psychologique. Dans de nombreuses communautés, le déni de la maladie et la peur du centre de traitement poussent les malades à se cacher, propageant ainsi le virus dans l’intimité des foyers. Conscient de ce péril, le chef Biyabo Hanzabo Matthieu n’a pas hésité à utiliser des mots forts, ancrés dans les croyances de ses administrés, pour secouer les consciences :

« Je demande à la population de quitter l’ignorance parce que la Bible dit : mon peuple périt par manque de connaissance. Je pense que nous tous, avons suivi les différents messages même l’autorité provinciale, qui a fait passer un message par rapport à cette maladie ; et aujourd’hui nous sommes aussi venus l’appuyer et renforcer son message. Ce que je peux dire est que la maladie existe et ça tue, nous apprenons qu’il y’a des gens qui se sentent mal mais ils ont peur d’aller à l’hôpital ».

À travers cette déclaration, le chef coutumier rappelle une vérité scientifique indiscutable : Ebola n’est ni un mythe, ni une invention politique. C’est une réalité mortelle qui exige une réponse immédiate. La peur de l’hôpital, souvent alimentée par des rumeurs infondées, doit être bannie pour laisser la place à la rationalité.

Pour briser la psychose qui paralyse la communauté, Biyabo Hanzabo Matthieu a tenu à partager des nouvelles rassurantes en provenance directe des centres de traitement de Nyakunde. L’évolution de la médecine et la disponibilité des traitements actuels permettent aujourd’hui de guérir d’Ebola, à une condition stricte : la rapidité de la prise en charge.

« Si tu arrives à l’hôpital avant le temps, tu seras guéri, parce que nous avons des cas positifs, qui sont là depuis qu’ils ont été déclarés jusqu’à aujourd’hui à Nyakunde. Ils sont là et se portent très bien ».

Le chef des Andisoma a apporté une précision médicale capitale pour l’éducation de la population : le virus ne devient véritablement destructeur et intraitable que lorsqu’il atteint sa phase terminale, communément appelée la « phase de saignement ».

Attendre les derniers symptômes pour se rendre à l’hôpital condamne presque systématiquement le patient. C’est pourquoi le diagnostic précoce est l’arme absolue pour survivre.

Parce que le virus Ebola se nourrit de la chaleur humaine et des contacts physiques propres à la culture africaine, le représentant des autorités coutumières d’Irumu a édicté des directives comportementales strictes. Ces mesures barrières doivent désormais régir la vie quotidienne, que ce soit à l’église, à l’école ou dans n’importe quel espace public :

– Le filtrage thermique systématique : L’usage du thermo-flash est désormais vivement recommandé dans tous les rassemblements pour détecter et isoler immédiatement toute personne présentant une température anormale.

– La suspension des salutations physiques : Les gestes de courtoisie du quotidien, comme se serrer les mains ou s’embrasser, doivent être proscrits, la maladie se transmettant par contact direct avec les fluides corporels.

– L’hygiène des mains rigoureuse : La population est appelée à se laver les mains régulièrement à l’eau claire et au savon, ou à utiliser des solutions désinfectantes à chaque instant de la journée.

– Le deuil sécurisé et la distance avec les malades : Il est strictement interdit de toucher le corps d’une personne malade d’Ebola ou la dépouille d’une personne décédée de cette maladie, ces dernières étant extrêmement contagieuses.

L’un des moments les plus poignants de la communication du chef coutumier a été la révélation des données statistiques de la zone de santé de Nyakunde. Ces chiffres viennent balayer d’un revers de main les théories du complot qui accusent parfois le corps médical de simuler l’épidémie à des fins financières.

« Sur onze (11) personnes malades, il y a neuf (9) qui sont des médecins. Chose qui interpelle ceux qui croient que les médecins sont en train de donner des mauvaises alertes. Majoritairement ici chez nous, ce sont des médecins qui sont contaminés, et ils sont là mais pour l’instant DIEU est en train de faire quelque chose à travers les médicaments et ils se portent très bien et nous espérons que DIEU va faire ».

Cette situation tragique démontre que le personnel soignant paie le prix fort dans cette guerre sanitaire. En première ligne, sans protection absolue face à l’afflux initial de patients, les médecins de Nyakunde se sont sacrifiés pour leur communauté. Voir ces professionnels de la santé tomber malades est la preuve ultime de la dangerosité de l’épidémie, mais leur état de santé actuel, en nette amélioration grâce aux soins, est aussi un motif de grande espérance.

Pendant que la voix des chefs coutumiers résonne dans les villages et les cités d’Irumu pour ramener la confiance, le travail de l’ombre se poursuit sans relâche. Sur le terrain, les équipes de sensibilisation arpentent les routes, les marchés et les lieux de culte pour éduquer les masses.En

En parallèle, dans le secret des cliniques et des centres de traitement, le corps soignant de l’Ituri, meurtri mais debout, continue de travailler d’arrache-pied. Ces héros du quotidien déploient toute leur énergie et leur science pour éviter la propagation du virus et arracher chaque vie humaine des mains d’Ebola. La bataille de Nyakunde est engagée, et c’est par la discipline collective qu’elle sera gagnée.

Justin Ndassi depuis Bunia


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