L’exigence du changement à bout de bras : Quand la LUCHA défie et interpelle les autorités sur le terrain de la redevabilité

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Ce samedi 09 mai 2026, sous le regard médusé des passants et des étudiants, une poignée de citoyens déterminés, membres du mouvement LUCHA, a décidé de briser le silence par l’action. Munis de simples seaux et de bêches, ces militants ont entrepris de panser une plaie béante que les autorités feignent de ne plus voir : un bourbier stagnant, devenu le symbole de l’abandon, situé ironiquement sur la voie royale menant au cabinet du Gouverneur de la Tshopo.

Alors que les institutions s’emmuraient dans une inertie de plusieurs mois, cette intervention citoyenne devant la Clinique Céleste et l’ISP-Kisangani n’était pas qu’une simple opération d’assainissement ; c’était un acte de résistance face au silence narquois des autorités. En curant la boue là où les grands de ce monde préfèrent désormais faire un détour, la LUCHA a jeté une lumière crue sur le contraste saisissant entre les discours officiels et la réalité du bitume. Retour sur une matinée où le civisme a pris le relais d’une autorité absente.

Dès 7 heures du matin, une poignée de jeunes, visages déterminés et manches retroussées, ont investi les lieux. Pas de discours grandiloquents pour commencer, mais le bruit métallique des bêches raclant le sol et le va-et-vient incessant des seaux.

Ce tronçon, bien que court, est névralgique : il constitue l’entrée principale de la route menant directement au cabinet du gouverneur de la Tshopo. Pourtant, depuis des mois, cette voie était devenue un véritable chemin de croix pour les usagers, une balafre de boue ternissant l’image de la capitale provinciale.L’objectif des militants était double :

– L’action immédiate : Rendre la route un tant soit peu praticable pour la population.

– L’interpellation politique : Souligner le contraste saisissant entre les discours officiels et la réalité du terrain.

L’action ne doit rien au hasard. Elle s’inscrit dans la journée du samedi, décrétée par l’autorité provinciale comme “Samedi Bilanga” (Samedi aux champs/travaux communautaires). En choisissant ce moment précis pour curer les caniveaux bouchés et évacuer les eaux stagnantes devant la porte même du Gouvernorat, la LUCHA a pointé du doigt un paradoxe flagrant.

« La Lucha a organisé ce Salongo en ce lieu pour interpeller d’abord le maire de la ville, avec le fonds qu’il est en train de percevoir à travers la ville pour venir aménager ici », a martelé Zacharie Kingombe, l’une des figures de proue du mouvement lors de cette matinée.

Le constat des militants est sans appel et frise l’ironie tragique. Selon leurs observations, l’état de dégradation est tel que même le premier citoyen de la province semble avoir capitulé devant l’obstacle.

– L’évitement : Le gouverneur ne passerait plus par cette voie principale pour rejoindre son bureau.

– Le contournement : Un détour est désormais privilégié, laissant les usagers lambda et les étudiants de l’ISP se débattre avec la stagnation d’eau.

Pour Zacharie Kingombe, cette situation trahit un manque de volonté politique et de stratégie :

“Concernant le gouverneur, comme vous voyez, lui-même ne passe plus par ici. Il commence à contourner de l’autre côté… alors qu’il y a des services, il y a des entreprises locales ici qui pouvaient l’aider s’il avait une capacité de lobbying très élevée”.

L’analyse de la situation par les militants met en lumière un abandon flagrant sur un espace pourtant restreint. Le problème est localisé précisément devant la Clinique Céleste et l’ISP-Kisangani, où un bourbier impraticable et des eaux stagnantes règnent en maîtres depuis plusieurs mois.

La cible de cette action est claire : elle vise d’une part le Maire de la ville, et d’autre part le Gouverneur, dont le leadership est remis en cause. Pourtant, une solution simple semble à portée de main selon la LUCHA : un véritable effort de lobbying auprès des entreprises locales aurait permis un aménagement rapide de ce petit tronçon.

“Ces entreprises pouvaient l’aider à aménager ces tronçons de 30 mètres pour qu’ils commencent à passer aisément ici et pour que la population en profite également. Malheureusement, il ne pense et ne songe plus à ça », a conclu Kingombe, le regard tourné vers ce bâtiment du Gouvernorat qui, ce matin-là, semblait étrangement silencieux face au bruit des bêches citoyennes.

Par ce geste, la LUCHA rappelle que le changement ne se décrète pas seulement dans les bureaux climatisés, mais se mesure à la boue que l’on accepte, ou non, de laisser stagner devant sa propre porte. Une leçon de civisme et un rappel à l’ordre cinglant pour les autorités de la Tshopo.

Jerry Lombo


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