
Le décor est planté sur les hauteurs de la Montagne de prière, un lieu d’ordinaire dévolu aux murmures des supplications et aux chants d’espoir. Pourtant, c’est une tout autre mélodie qui a retenti récemment dans la province du Kasaï : celle du crépitement des flammes consumant du plastique et du bois. L’instigateur de cet autodafé mobilier n’est autre que le pasteur Caleb Kande Mwan Ntshiem, figure de proue du ministère de puissance CReM.
En ordonnant la destruction par le feu de plus de 40 chaises de son propre sanctuaire, l’homme de Dieu a envoyé une onde de choc qui dépasse largement les frontières de sa congrégation. Ce n’est pas un acte de vandalisme, mais un acte de foi radical, selon ses termes, visant à restaurer la dignité au sein du Tabernacle.
Au cœur de cette décision brûlante réside une conviction profonde : l’esthétique du culte est le reflet de la révérence que l’on porte au Créateur. Pour le Pasteur Caleb Kande, la médiocrité est une insulte au divin.
« Il faut adorer Dieu avec honneur », martèle-t-il avec une détermination sans faille.
Le raisonnement du pasteur est implacable et s’appuie sur une logique de miroir entre la vie privée et la vie spirituelle :
– L’incohérence du confort : Comment accepter de s’asseoir sur des fauteuils luxueux chez soi tout en proposant des sièges délabrés ou de seconde zone à l’église ?
– Le refus de la mentalité d’indigence : Le pasteur récuse l’idée que ses fidèles seraient trop démunis pour s’offrir l’excellence. Pour lui, clamer la pauvreté pour justifier le matériel de basse qualité est un manque de foi en la providence et en la capacité de la communauté.
Le prestige du Tabernacle : Le ministère CReM se veut un lieu de puissance, et cette puissance doit, selon lui, s’incarner dans un cadre visuel irréprochable.
Dès que les images des chaises en flammes ont atteint les réseaux sociaux, la polémique s’est embrasée aussi vite que le matériel incriminé. Deux camps s’affrontent désormais dans une arène numérique chauffée à blanc.
1. Les partisans du meilleur pour Dieu
Pour les fidèles du CReM et certains observateurs, ce geste est une leçon de dignité. Ils y voient un leadership fort qui pousse le peuple à sortir de la résignation. En brûlant ces chaises, le pasteur brûle symboliquement la pauvreté et l’acceptation du médiocre, forçant la communauté à se mobiliser pour acquérir de nouveaux équipements dignes, selon eux, du “Roi des Rois”.
2. Les critiques de la culture du paraître
A l’inverse, une partie de l’opinion publique s’indigne. Dans une région où les besoins sociaux sont immenses, la destruction de biens matériels même jugés non conformes passe mal. Certains internautes s’interrogent : N’aurait-il pas été préférable de donner ces chaises à des familles nécessiteuses ou à des écoles rurales ? L’essence de l’adoration réside-t-elle dans le confort du siège ou dans la pureté du cœur ?
Le Pasteur Caleb Kande Mwan Ntshiem reste droit dans ses bottes (et sans doute bientôt dans de nouveaux fauteuils). Pour lui, le message est clair : le ministère de puissance CReM entre dans une nouvelle ère. Celle où le « Matériel de Dieu » doit surpasser celui des hommes.
Cette affaire soulève une question fondamentale qui travaille les églises de réveil en RDC : où s’arrête l’honneur dû à Dieu et où commence l’exigence du faste matériel ? Une chose est certaine, au Kasaï, le feu du Pasteur Kande a allumé un débat qui n’est pas près de s’éteindre. Le Tabernacle de puissance attend désormais ses nouvelles assises, sous l’œil attentif d’une population qui oscille entre fascination et perplexité.
Pour le CReM, la foi ne se vit pas sur des chaises bancales. Le prestige du Ciel exige une logistique terrestre de premier ordre. Reste à savoir si la ferveur des nouveaux équipements égalera celle du bûcher qui les a précédés.
Doly Muntu depuis Kananga
