RDC : La deuxième partie de la tribune du sénateur Jean Bamanisa révèle comment le clientélisme institutionnalisé dévore les ressources du pays

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Il y a des textes politiques qui se contentent d’égrener des vœux pieux. Il en est d’autres qui, par la force de la démonstration et le tranchant de la vérité, agissent comme un impitoyable scalpel sur le corps social. La deuxième partie de la tribune publiée par le sénateur Jean Bamanisa Saïdi appartient incontestablement à cette dernière catégorie. L’ancien gouverneur de la Province Orientale et de l’Ituri y livre une charge lucide, documentée et d’une rigueur implacable contre ce qu’il identifie comme le cancer central de l’État congolais : le clientélisme institutionnalisé.

En s’attaquant à ce système où les prébendes et le népotisme l’emportent sur le mérite et la rigueur administrative, l’élu refuse le piège des objections de convenance. À ceux qui prétextent l’urgence ou les contraintes sécuritaires pour différer les réformes, Jean Bamanisa Saïdi répond par des faits, des concepts précis et des statistiques glaçantes.

Pour faire prendre conscience de l’abîme financier et humain dans lequel le clientélisme plonge la République Démocratique du Congo, le sénateur convoque cinq chiffres qu’il invite à lire lentement, comme on contemple les ruines d’un désastre évitable.

Le premier chiffre pointe les dépenses fiscales qui atteignent 5 % du PIB sous forme d’exonérations et de régimes dérogatoires, contre moins de 2 % en 2017. Représentant un tiers des recettes fiscales de l’État et concentrées à plus de 75 % dans les mines, le pétrole et l’industrie, ces largesses profitent à un petit nombre d’opérateurs au détriment de l’intérêt général. L’État renonce ainsi chaque année à des ressources équivalentes au financement de trois systèmes de santé complets.

Le deuxième chiffre expose les 5,3 milliards de dollars américains de pertes cumulées entre 2014 et 2023 par les entreprises du Portefeuille. Censées constituer le poumon économique du pays à travers les mines, les transports ou l’énergie, ces sociétés d’État sont devenues les premières charges du Trésor public au lieu d’en être les premiers contributeurs.

Le troisième chiffre dénonce les 3 milliards de dollars américains engloutis chaque année dans les importations alimentaires. Il s’agit d’un paradoxe révoltant pour une nation possédant l’une des plus vastes réserves de terres arables de la planète, où chaque dollar dépensé à l’extérieur s’apparente à un salaire versé à un agriculteur étranger plutôt qu’à la valorisation du paysan congolais.

Le quatrième chiffre alerte sur les 41,8 % d’enfants en retard de croissance. Cette statistique tragique ne mesure pas seulement une souffrance présente, mais elle traduit une capacité d’apprentissage définitivement amputée et une productivité nationale amputée pour les trente prochaines années.

Le cinquième chiffre rappelle les 36 gouvernements qui se sont succédé depuis 1960. Dans cette chaise musicale politique permanente, aucune politique publique sérieuse ne peut s’enraciner, condamnant le pays à une instabilité chronique.

Face à ce tableau sombre, le sénateur assène une vérité libératrice. Aucun de ces chiffres n’est une fatalité historique, géographique ou climatique. Ils sont tous le résultat direct de décisions humaines prises par des individus nommés. Par conséquent, tous sont réversibles si d’autres choix sont faits et si d’autres personnes, mieux choisies et mieux tenues, prennent les commandes.

Pour illustrer comment ce logiciel clientéliste paralyse le pays, Jean Bamanisa Saïdi analyse quatre secteurs névralgiques de la vie nationale, révélant la mécanique des défaillances.

À Kinshasa, la construction des infrastructures routières relève du mythe de Sisyphe. Les marchés sont attribués dans l’opacité à des intermédiaires politiques qui sous-traitent en cascade, rognant sur la qualité des matériaux et faisant exploser le coût au kilomètre. L’absence totale de vision d’ensemble, avec des voies bitumées sans réseaux de drainage ni galeries techniques pour l’eau et l’électricité, transforme chaque saison des pluies en catastrophe. Pendant que les figures politiques s’empressent d’inaugurer ces chantiers sous l’œil des caméras, personne ne revient trois ans plus tard pour effectuer l’audit des dégradations.

Connaisseur intime des réalités du terrain, l’ancien gouverneur décrit le drame de l’Est congolais où des administrations parallèles, sécuritaires, économiques et judiciaires imposent leur loi. Face à l’impuissance des mécanismes de vérification du cessez-le-feu et à la poursuite des occupations territoriales, il met en garde contre les arrangements politiques déconnectés de la réalité du terrain.

C’est pour sortir de cette impasse qu’il prône son Plan Génération Est-RDC 2050, inspiré du Plan Marshall, visant à rebâtir la région par les infrastructures, l’emploi et le retour effectif de l’État. Mais, demande-t-il, comment réussir ce plan si les postes clés continuent d’être confiés à des affiliés politiques totalement déconnectés des souffrances locales ?

Du plateau continental atlantique au Graben Albertine, la gestion des ressources pétrolières illustre un gâchis retentissant. En distribuant des blocs pétroliers à des proches du pouvoir qui les ont thésaurisés sans jamais forer le moindre puits, la RDC a réussi le triste prodige de perdre des centaines de millions de dollars en indemnisations sur un pétrole qu’elle n’a jamais extrait. Le sénateur appelle à une Realpolitik économique décomplexée et équilibrée avec nos voisins, basée sur un strict contrôle parlementaire et une réciprocité des investissements.

Enfin, la gestion de la terre révèle des défaillances profondes. Avec plus de cinquante ministres de l’Agriculture s’étant succédé sans formation agronomique ni continuité dans l’action, le secteur agricole est en friche. Les projets fantômes et les intrants distribués hors saison ont nourri la dépendance alimentaire et la misère rurale. Parallèlement, l’étalement urbain incontrôlé de Kinshasa ou Bukavu se fait au mépris des documents de planification comme le SOSAK. En bradant les espaces publics aux alliés du moment, l’État s’interdit de construire les écoles, hôpitaux et espaces verts de demain dans des villes qui accueilleront bientôt six Congolais sur dix.

Pour sortir la République de cette léthargie, le sénateur Bamanisa Saïdi refuse les recettes simplistes. Il affirme que la gestion d’un État moderne exige une complémentarité des compétences et une clarification des rôles autour de quatre profils indispensables.

L’homme politique est nécessaire pour bâtir des consensus, mais devient toxique s’il règne seul, car son horizon se limite à la prochaine élection.

L’homme d’État incarne le bâtisseur de l’avenir, projetant sa vision sur quinze à quarante ans pour mettre en place des réformes structurelles durables.

Le technocrate apporte la rigueur technique et expérimentée, capable de traduire les intentions politiques en budgets, en cahiers des charges et en indicateurs de performance mesurables.

L’expert militaro-administratif devient indispensable dans le contexte sécuritaire pour restaurer la discipline d’exécution, la culture de crise et la chaîne de commandement au sein de l’administration.

La deuxième partie de la tribune du sénateur Jean Bamanisa Saïdi se conclut sur un avertissement culturel et politique fondamental. Tant que le « logiciel mental collectif » restera dominé par l’échine courbée, la peur du débat et le reflexe du « le Chef ne s’est pas encore prononcé », les plus beaux organigrammes resteront coquilles vides.

En opposant l’« ethnocratie » qui ne produit que des « ventriotes » préoccupés par leur survie immédiate à une gouvernance de mérite et de compétence, le sénateur trace la seule voie praticable pour le Congo. Il ne s’agit plus de négocier des parcelles d’influence, mais de refonder l’État sur la responsabilité, le savoir-faire et le patriotisme de transformation. Une lecture salutaire qui doit servir de boussole à tous ceux qui refusent de voir la République s’enfoncer dans l’accoutumance au déclin.

Jerry Lombo


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