Sénat : Jean Bamanisa Saïdi passe le rapport de l’ECOFIN au scanner de la rigueur budgétaire

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Le Palais du Peuple a vibré au rythme d’un grand oral parlementaire où la technique financière s’est invitée au cœur du débat politique. Les travaux consacrés à l’examen du rapport de la Commission économique, financière et de bonne gouvernance (ECOFIN) sur le projet de loi de finances rectificative pour l’exercice 2026 ont donné lieu à des échanges d’une rare intensité au Sénat.

Dans cette arène de l’excellence, une voix a particulièrement résonné par sa précision chirurgicale : celle de l’élu de Kisangani, le sénateur Jean Bamanisa Saïdi. Avec l’habileté d’un fin connaisseur des rouages économiques, il a passé le rapport de la commission au crible d’une critique constructive mais sans concession, pointant du doigt des zones d’ombre qui méritaient d’être éclairées avant toute adoption définitive.

D’entrée de jeu, Jean Bamanisa Saïdi a tenu à saluer le tour de force réalisé par les membres de la Commission ECOFIN. Produire un document d’une telle technicité dans des délais particulièrement contraints relève d’un engagement qu’il convient de saluer.

Cependant, la courtoisie parlementaire n’excluant pas la rigueur, le sénateur a rapidement recentré le débat sur la cohérence des chiffres et des concepts. Pour lui, la crédibilité de la Chambre haute dépend de l’exactitude millimétrée de ses analyses.

C’est sur le terrain des hypothèses macroéconomiques que Jean Bamanisa a porté ses premières estocades techniques. Deux anomalies majeures ont attiré son attention :

– Le mystère des PIB : Le sénateur s’est interrogé sur la logique ayant conduit au maintien du taux de croissance du PIB réel dans les projections, alors que le taux de croissance du PIB nominal, lui, n’a pas été traité avec la même rigueur dans les conclusions présentées. Une asymétrie qui, selon lui, fragilise la lecture globale du cadre macroéconomique.

– La bataille du taux de change : Il a également mis en lumière une divergence perturbante concernant le taux de change moyen retenu entre la version initiale du projet de loi et le rapport final de la commission. Pour Jean Bamanisa, harmoniser ces données n’est pas un détail cosmétique, c’est le gage même de la crédibilité internationale du document budgétaire de l’État.

Le débat a pris une tournure plus sémantique et structurelle lorsque le sénateur a abordé le secteur de la santé. La Commission ECOFIN s’étant attribué la paternité de la « création » d’un fonds destiné au financement de la santé, l’élu de la Tshopo a immédiatement recadré les faits historiques et administratifs.

« Ce mécanisme n’est pas une invention nouvelle. Il existe déjà sous la forme du Fonds de promotion de la santé (FPS), structure légalement établie et chargée d’appuyer nos programmes sanitaires nationaux ».

Afin d’éviter tout doublon institutionnel ou toute confusion juridique préjudiciable, il a invité la commission à reformuler ses conclusions pour refléter l’existence de cet outil préexistant.

C’est sans doute le point le plus croustillant de son intervention. Jean Bamanisa a relevé une contradiction arithmétique majeure dans le volet des recettes publiques.

Comment la commission peut-elle soutenir, d’un côté, qu’elle n’a dégagé aucune recette additionnelle, tout en faisant apparaître, de l’autre, une enveloppe supplémentaire de plus de 320 milliards de francs congolais (CDF) ? Le sénateur a exigé que la formulation soit revue afin de traduire avec fidélité et transparence la réalité de ces ajustements budgétaires.

Pour un budget plus proche des préoccupations sociales et sécuritairesAu-delà des chiffres, c’est l’orientation philosophique des travaux de la commission que Jean Bamanisa Saïdi a questionnée. Selon lui, l’ECOFIN a passé trop de temps dans les salons feutrés à auditionner les dirigeants des régies financières, des entreprises et établissements publics, au détriment d’une véritable traque aux niches fiscales et de la recherche de nouvelles marges budgétaires.

Il a plaidé pour que le budget rectificatif 2026 réponde d’abord aux urgences exprimées par la population et relayées par les sénateurs lors du débat général :

La préservation absolue des crédits alloués aux secteurs sociaux de base (notamment l’éducation et la santé).

Le renforcement de l’enveloppe dédiée à la sécurité, pilier de la souveraineté nationale.

La mise en place de véritables mécanismes de financement pour les investissements publics de développement.

L’intervention magistrale de Jean Bamanisa a ouvert la voie à un échange nourri. D’autres sénateurs ont emboîté le pas pour évoquer des sujets tout aussi cruciaux : la pertinence des allégements fiscaux accordés aux intrants pour la fabrication locale de ciment, la captation des recettes extérieures et l’efficacité des investissements.

Le rapport de la Commission ECOFIN est désormais sur le gril. Il devra intégrer ces amendements et répondre à ces interrogations légitimes avant son adoption finale par la Chambre haute, promettant ainsi de doter la République d’une loi de finances rectificative plus transparente, plus rigoureuse et résolument tournée vers le social.

Jerry Lombo


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