
Le décompte est glacial, la réalité, terrifiante. Trente-trois jours seulement après la déclaration officielle de l’épidémie de virus Ebola le 15 mai 2026, la province de l’Ituri s’enfonce dans une crise sanitaire majeure. Le bilan, actualisé ce jeudi soir, donne le tournis : 232 vies fauchées, 896 cas confirmés à l’échelle nationale dont la quasi-totalité en Ituri, et un virus qui tisse sa toile à une vitesse alarmante. Face à ce péril imminent, Kinshasa a dépêché ses poids lois.
Depuis l’après-midi du jeudi 18 juin 2026, une délégation gouvernementale de haut niveau a posé ses valises à Bunia, chef-lieu de la province. À sa tête, un trio stratégique : le ministre de la Santé Publique, le Docteur Roger Kamba, la ministre des Affaires Humanitaires, Ève Bazaiba, et le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya. L’objectif ? Évaluer la riposte, réajuster les tirs et affronter le monstre épidémique sur son propre terrain.
C’est lors d’un briefing de presse sous haute tension, animé tard dans la soirée de jeudi, que le ministre de la Santé a dévoilé la cartographie d’une épidémie galopante. Les statistiques démontrent que l’Ituri porte, presque à elle seule, le fardeau de cette crise.
Sur les 896 cas confirmés à travers l’ensemble de la République Démocratique du Congo, la province de l’Ituri en enregistre à elle seule 827 cas, soit plus de 92 % de la totalité des malades.Le virus s’est propagé à une vitesse fulgurante, parvenant à infiltrer 20 zones de santé sur les 36 que compte la province.
À ce jour, la maladie a déjà emporté 232 personnes. Face à cette hécatombe, une lueur d’espoir subsiste néanmoins grâce à la bravoure des équipes médicales locales : 78 patients ont été officiellement déclarés guéris. Cependant, la menace d’une nouvelle vague de contaminations plane lourdement, car les autorités sanitaires traquent actuellement plus ou moins 6 000 personnes contacts ayant été en lien avec le virus.
« La situation exige une mobilisation générale. Plus de la moitié des zones de santé de l’Ituri sont désormais en alerte positive. Notre mission ici est de comprendre les failles de la riposte et d’étouffer la chaîne de transmission », a martelé le Docteur Roger Kamba devant les professionnels des médias.
La présence conjointe d’Ève Bazaiba et de Patrick Muyaya traduit la volonté du pouvoir central de ne pas cantonner cette crise à une simple question médicale. En Ituri, région déjà meurtrie par des décennies d’insécurité et de déplacements de populations, Ebola trouve un terrain fertile.
Pour Ève Bazaiba, le défi est double : apporter une assistance humanitaire d’urgence aux familles confinées ou endeuillées, tout en s’assurant que les centres de traitement ne manquent de rien. De son côté, Patrick Muyaya orchestre la guerre de la communication, essentielle pour briser les résistances communautaires et lutter contre la désinformation qui entoure souvent la maladie.
Après la théorie des chiffres et les réunions de cabinet à Bunia, place au choc du réel. Ce vendredi 19 juin 2026, l’équipe ministérielle, solidement épaulée par une délégation de députés nationaux élus de l’Ituri, entame une descente sur le terrain.
Il s’agira pour ces officiels de « palper du doigt » la réalité des Centres de Traitement d’Ebola (CTE), d’évaluer le moral des soignants en première ligne, souvent au péril de leur vie, et de s’assurer de la disponibilité des vaccins et des molécules thérapeutiques. Cette immersion vise également à envoyer un signal fort à la population locale : l’Ituri n’est pas abandonnée à son triste sort.
La course contre la montre est engagée. Entre la traque des 6 000 cas contacts et l’urgence de sécuriser les 16 zones de santé encore épargnées, les prochains jours seront décisifs pour éviter que Bunia et ses environs ne deviennent le tombeau d’une nouvelle tragédie humanitaire.
Justin Ndassi depuis Bunia
