
Ce dimanche 31 mars 2026, un parfum de crise lourde flotte sur les artères de la ville de Kisangani. Pour les Boyomais, ce jour de repos s’est transformé en un véritable parcours du combattant. En cause ? Un calvaire sans précédent lié aux transports, consécutif à la hausse vertigineuse et incontrôlée du prix du carburant chez les revendeurs informels, communément appelés « Kadafi ».
Depuis plusieurs jours, la pénurie de l’or noir s’est installée insidieusement dans la ville. Face à cette crise, le paysage est désolant : seules quelques rares stations-services appartenant à des sujets somaliens, ainsi que de rares établissements de particuliers, tentent tant bien que mal d’ouvrir leurs pompes. Mais ce dimanche 31 mars, le rideau de fer est resté baissé pour la grande majorité d’entre elles.
C’est alors que le marché parallèle a pris le relais, imposant une spéculation sauvage et horaire :
– À la pompe (dans les rares stations ouvertes) : Le litre est fixé à 5 500 FC.
– Chez les « Kadafi » aux environs de 15h00 : Le prix a bondi à 8 000 FC.
– Chez ces mêmes revendeurs aux alentours de 18h00 : Dans une surenchère folle, le litre s’est mis à se négocier à 9000 FC voir 10 000 FC.
Face à cette explosion tarifaire, l’onde de choc s’est immédiatement répercutée sur le coût du transport assuré par les motards (taximen). À Kisangani, l’époque de la course symbolique à 1 000 FC semble subitement révolue, même pour les trajets les plus courts. Désormais, pour la moindre petite distance, il faut débourser 1 500 FC, voire 2 000 FC, selon l’humeur et les exigences du motard.
Cette situation critique plonge la population dans une profonde inquiétude. Faute de moyens financiers pour s’aligner sur ces nouveaux tarifs, de nombreux habitants se résignent à une seule alternative : marcher à pied.
Croisé en plein cœur de la tourmente alors qu’il se ravitaillait chez un « Kadafi », un motard ne cache pas son désarroi face à ce quotidien devenu invivable :
« Nous ne comprenons pas ce qui se passe avec la situation du carburant ces derniers jours dans la ville de Kisangani. Seules quelques stations ouvrent ces derniers temps et pour avoir même un seul litre, il faut faire face à une longue file d’attente. Parfois, nous passons deux à trois heures pour être servis. Et cela handicape gravement notre façon de travailler ».
Un autre motard, la gorge nouée par une colère noire, laisse éclater son indignation et interpelle directement l’exécutif provincial :
« Si je parle, je vais déborder ! Est-ce que les autorités de la province sont au courant de cette situation ? En tout cas, que le gouverneur puisse nous trouver une solution à ce problème car, à cette allure, la ville risque d’être totalement paralysée ».

À mesure que les heures défilent, la tension monte d’un cran à chaque coin de rue. Les négociations entre clients et transporteurs tournent systématiquement au bras de fer.
Témoin de cette fracture aux environs de 18h30, un habitant s’est vu refuser une course alors qu’il tentait de rentrer chez lui. Son témoignage illustre parfaitement le drame social qui se joue à Kisangani :
« De l’immeuble Lengema, je pars vers le Camp Ketele. Le motard m’a demandé 2 000 FC. Je lui ai proposé 1 500 FC, mais il a catégoriquement refusé alors que je fais souvent cette course à 1 000 FC. Par manque de ce montant, je suis obligé de faire le pied. Jusqu’où ira cette situation ? » se demande-t-il, les yeux rivés sur la route qu’il va devoir parcourir à pied.
Alors que la nuit tombe sur Kisangani ce 31 mars 2026, une question reste sur toutes les lèvres : combien de temps la population boyomaise pourra-t-elle tenir face à cette asphyxie économique avant que la paralysie de la ville ne soit totale ? Les autorités ont du pain sur la planche.
Jerry Lombo
