Guerre par Procuration Contre le Chef de l’Etat ? : Entre irrégularités et paragraphes falsifiés, le Bureau de l’Assemblée Nationale a rejeté la motion contre Jacquemain Shabani

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Sanctionner la stabilité provinciale pour atteindre le Président de la République : tel était le pari de cette motion. Cinglant camouflet, le Bureau a rejeté un texte truffé de fausses signatures et fondé sur des litiges judiciaires révolus. Censée faire vaciller le pilier sécuritaire du gouvernement congolais, la motion de défiance visant le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, s’est effondrée avec un fracas révélateur.

Entre paraphes falsifiés, litiges exhumés et règlements de comptes politiciens, l’offensive dévoile moins une crise institutionnelle qu’une violente guerre par procuration. Récit exclusif d’une manœuvre qui a fait long feu, brisée sur l’autel de la rigueur républicaine.

La politique congolaise offre parfois des spectacles dont les coulisses sont bien plus instructives que la scène elle-même. La récente tentative de déstabilisation visant le ministère de l’Intérieur en est l’illustration parfaite. Au sein de l’hémicycle du Palais du Peuple, une poignée de frondeurs espérait faire tomber le Vice-Premier ministre Jacquemain Shabani. Pourtant, loin du coup d’éclat espéré, c’est à un véritable naufrage politique que l’opinion nationale vient d’assister.

Pour comprendre la genèse de cette fronde, il faut s’éloigner de Kinshasa et plonger dans l’arrière-pays. Depuis sa prise de fonction, Jacquemain Shabani a érigé la stabilité des institutions provinciales en ligne de conduite absolue.

Face aux destitutions anarchiques de gouverneurs et aux querelles byzantines qui paralysent certains organes délibérants à l’instar des récentes tensions au Sankuru ou au Kwango, le patron de la territoriale a systématiquement tapé du poing sur la table pour restaurer l’autorité de l’État.

Mais en République Démocratique du Congo, bousculer les satrapies locales à un prix. Ceux qui se nourrissaient jadis de cette instabilité chronique, profitant des vides juridiques pour asseoir leurs petits empires locaux, ont vu leurs réseaux se tarir. Privés de leurs leviers de pression, certains barons provinciaux ont choisi la vengeance institutionnelle en téléguidant cette motion de défiance. L’objectif inavoué ? Sanctionner un ministre jugé beaucoup trop interventionniste dans la préservation de l’ordre et la protection des exécutifs locaux.

L’ordre ne plaît pas à ceux qui prospèrent dans le chaos. En s’opposant aux motions alimentaires et aux coups d’État de palais dans les provinces, Shabani s’est attiré les foudres de ceux pour qui la déstabilisation est un fonds de commerce.

Au-delà de la gestion territoriale, le brouillard s’est rapidement dissipé pour laisser transparaître les véritables enjeux de cette crise. L’assaut contre le VPM de l’Intérieur n’était en réalité qu’une flèche décochée en direction de la Cité de l’Union africaine. Très vite, les masques sont tombés : derrière les élus signataires se cachaient les adversaires de la première heure du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi.

Frapper Jacquemain Shabani, cheville ouvrière de l’architecture sécuritaire du pays, c’était ébranler directement la vision présidentielle à un moment où le pays fait face à des défis cruciaux de sécurité urbaine et d’intégrité territoriale. Les détracteurs du régime ont pensé trouver là le tendon d’Achille du pouvoir, pactisant dans l’ombre pour créer une illusion de crise au sommet de l’État. C’était sans compter sur la grande maladresse de leur propre machination.

L’édifice a commencé à vaciller dès que la lumière a été faite sur ses fondations. Pensant créer un effet de masse irrésistible, les concepteurs de la motion ont péché par précipitation et par orgueil, allant jusqu’à inclure des signatures douteuses, voire purement et simplement contrefaites.

La supercherie n’a pas tardé à éclater. Plusieurs regroupements politiques majeurs, à l’image de l’AFDC-A, ont dû monter au créneau en urgence pour désavouer publiquement certains de leurs députés et exiger le retrait immédiat de leurs signatures.

– L’imposture à nu : Des noms d’élus ont été apposés au bas du document sans leur consentement.

– La panique des frondeurs : Face à la levée de boucliers des états-majors politiques, le château de cartes s’est écroulé.

– Le ridicule : Ce scandale de falsification documentaire a mis à nu l’amateurisme d’une démarche brouillonne, pensée à la hâte dans des officines obscures.Une manœuvre mal pensée qui, en cherchant à humilier un serviteur de l’État, a fini par couvrir de ridicule et d’opprobre ses propres initiateurs.

Le coup de grâce a finalement été porté par les initiateurs eux-mêmes, dans une ultime et désespérée tentative de donner du poids à leur texte. En manque flagrant d’arguments solides sur la gestion actuelle du ministère, ils ont choisi d’exhumer de vieux dossiers judiciaires, des affaires depuis longtemps vidées de leur substance et définitivement closes par les cours et tribunaux de la République.

Cette stratégie du “réchauffé” n’a trompé personne. Vouloir juger l’action d’un Vice-Premier ministre sur la base de faits déjà arbitrés par la justice relève soit d’une méconnaissance crasse du droit, soit d’une mauvaise foi caractérisée. Le Palais du Peuple n’est pas un tribunal de seconde zone destiné à juger des dossiers classés.

Face à ce recyclage grossier et à cette violation flagrante des principes juridiques élémentaires, le Bureau de l’Assemblée nationale n’a pas tremblé. Constatant l’absence totale de soubassement légal et l’irrégularité manifeste de la procédure, la chambre basse a opposé une fin de non-recevoir catégorique.

La motion a été purement et simplement rejetée, balayée comme un vulgaire pamphlet. Ce rejet n’est pas qu’une simple décision administrative ; c’est un acte de salubrité publique qui protège l’institution parlementaire contre l’instrumentalisation.

En voulant décapiter le ministère de l’Intérieur, les architectes de ce complot ont, paradoxalement, offert à Jacquemain Shabani une validation institutionnelle éclatante. Cet épisode met en lumière la résilience d’un pouvoir qui refuse de céder au chantage politique, tout en exposant la fragilité morale d’une certaine classe politique prête à brader l’honneur de la République pour des intérêts partisans.

La récréation est terminée, et le message envoyé depuis le perchoir est limpide : la RDC de demain ne se construira ni sur l’imposture, ni sur le faux. La stabilité de l’État a triomphé des calculs d’apothicaires, et le VPM de l’Intérieur sort de cette épreuve avec une légitimité renforcée pour poursuivre ses réformes.

Rédaction


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