
Ce mardi 18 mars 2026, le quotidien des habitants de l’avenue Tchamunyonge a basculé dans une atmosphère de haute vigilance. La découverte fortuite d’un engin de mort lors de l’entretien d’un étang piscicole a mobilisé les plus hautes instances de la lutte antimines et les autorités communales. Récit d’une journée où la prudence a sauvé des vies.
C’est un scénario que l’on croit souvent appartenir au passé, et pourtant, les vestiges des conflits rappellent parfois leur existence de la manière la plus brutale. Sous un soleil de plomb, une équipe d’experts, menée de main de maître par Blaise-Pascal Isaka, Coordonnateur Provincial du Centre Congolais de Lutte Antimines (CCLAM-Tshopo), a effectué une descente d’urgence au quartier Kilanga, dans la commune de Kisangani, précisément au PK 7, route aéroport international de Bangoka.

Tout a commencé le vendredi de la semaine dernière. Alors que des voisins s’attellent joyeusement à curer et arranger leur étang de poissons, l’un d’eux bute sur un objet métallique inhabituel, enfoui dans la vase. Conscient du danger potentiel, le groupe a fait appel au 1er sergent Kabala Ramazani, dont l’œil aguerri de militaire ne tarde pas à confirmer l’effroi général.
« Je suis venu et, en tant que militaire, j’ai immédiatement identifié la munition comme un obus mortier 60. Ma réaction a été instantanée : j’ai interdit à quiconque de toucher l’objet ou de s’en approcher. J’ai tout de suite informé ma hiérarchie, car cet obus représente un danger de mort imminent », confie le sergent avec le calme de ceux qui connaissent le prix de l’imprudence.

Alerté par le chef du quartier Kilanga, Mathieu Saïdi, Bourgmestre Adjoint de la Commune de Kisangani, s’est rendu sur les lieux pour constater l’ampleur de la situation. Pour l’autorité communale, il s’agissait de « palper du doigt la réalité » avant de remonter l’information à l’échelle supérieure.
Sur l’avenue Tchamunyonge, la tension est palpable, mais la coordination est exemplaire. Le Bourgmestre Adjoint et le CCLAM se sont retrouvés sur le terrain dans une synergie d’action rare. « Nous allons sensibiliser la population sans relâche », a martelé Mathieu Saïdi. « Il est crucial que chaque citoyen sache qu’en présence d’un tel objet, la seule règle est de ne pas toucher et d’informer les autorités ».

Pour Blaise-Pascal Isaka, le Coordonnateur Provincial du CCLAM, l’heure n’est pas seulement à l’intervention technique, mais aussi à la pédagogie. Après une investigation minutieuse, le verdict tombe : il s’agit d’un Reste d’Explosif de Guerre (REG), plus précisément un mortier 60 tiré mais n’ayant pas explosé.
1.Le marquage de la zone : La première étape cruciale a été le balisage. « Nous avons procédé au marquage rigoureux de la zone où se trouve la munition. Nous avons instruit la population de ne pas déplacer ces repères, car ils sont les seuls remparts entre eux et l’accident », explique le Coordonnateur Isaka.
2. Une leçon de survie en trois étapes : Profitant de ce rassemblement, le CCLAM a improvisé une séance d’Éducation aux Risques des Mines (ERM), articulée autour de trois piliers fondamentaux :
– L’Identification : Apprendre à reconnaître la menace. Qu’il s’agisse de mines anti-personnelles, antichars, de munitions de fusil, de bombes larguées ou de grenades, chaque objet suspect doit être traité comme une menace létale.
– La Conscientisation : Adopter le comportement adéquat. La peur doit se transformer en vigilance active.
– L’Éducation aux réflexes de survie : Un message clé martelé aux enfants comme aux parents.
« Si vous voyez un objet suspect : Arrêtez-vous. Ne touchez pas. Ne donnez surtout pas de coup de pied. Marquez l’endroit et informez immédiatement le chef de quartier », a insisté Blaise-Pascal Isaka devant une foule attentive.

D’un point de vue technique, l’engin retrouvé est ce qu’on appelle une Munition Tirée Non Explosée (UXO). C’est sans doute la catégorie la plus instable. Ayant déjà subi le choc du tir, son mécanisme interne peut se déclencher au moindre effleurement, à la moindre vibration ou au moindre changement de température.
« On ne connaît pas réellement son état interne », prévient le Coordonnateur du CCLAM « Si on la bouge, elle peut créer un carnage. C’est pourquoi elle doit rester protégée sur place en attendant sa neutralisation définitive ».
En quittant le quartier Kilanga, les autorités ont laissé derrière elles une population informée et une zone sécurisée, rappelant que si la guerre est finie, ses cicatrices d’acier, elles, rôdent encore sous la surface de l’eau.
Jerry Lombo
