
À la tribune d’un forum de haut niveau des United Nations, la Première ministre de la république démocratique du congo, Judith Suminwa, a porté la voix des victimes congolaises de violences sexuelles liées aux conflits, appelant la communauté internationale à passer de l’indignation aux réparations concrètes.
Intervenant jeudi 12 mars sous le thème « De Kinshasa à Kiev : unir les forces pour les réparations et la justice », la cheffe du gouvernement a dénoncé l’usage des violences sexuelles comme une véritable « arme de terreur, d’humiliation et de domination » dans les zones de conflit, en particulier dans l’Est du pays.
S’appuyant sur des rapports internationaux, dont le UN Mapping Report 2010 et des données récentes de l’UNICEF, Judith Suminwa a rappelé l’ampleur du phénomène. Les statistiques évoquent notamment une hausse préoccupante des violences contre les enfants depuis janvier 2025, révélant la persistance d’un fléau profondément enraciné dans les dynamiques de conflit.
Face à cette situation, Kinshasa affirme vouloir renforcer son dispositif de réponse. Le gouvernement mise notamment sur la relance de la Politique nationale de réforme de la justice 2017-2026, l’activation en 2023 du FONAREV, la mise en place d’une Commission nationale de justice transitionnelle et de réconciliation, ainsi que l’adoption en 2025 d’un plan national d’action aligné sur la United Nations Security Council Resolution 1325.
Dans son intervention, la Première ministre a insisté sur la nécessité de moderniser le système judiciaire congolais, notamment par la numérisation des dossiers, le renforcement des institutions et la mise en place de mécanismes crédibles de réparation. Elle a présenté le FONAREV comme un tournant dans la prise en charge des victimes, marquant le passage d’une réponse essentiellement humanitaire à une approche intégrée articulant urgence, justice et développement.
Mais la cheffe du gouvernement n’a pas occulté les défis majeurs qui persistent : l’insécurité chronique dans l’Est du pays, les infrastructures détruites, la difficulté à identifier et recenser toutes les victimes, ainsi que l’insuffisance des ressources financières pour soutenir durablement les mécanismes de réparation.
Elle a également évoqué les dynamiques régionales qui alimentent la crise sécuritaire, citant notamment le rôle de la rébellion du M23 et les tensions avec le Rwanda, accusé par Kinshasa de soutenir ce mouvement armé.
En conclusion, Judith Suminwa a lancé un appel appuyé à la solidarité internationale, exhortant partenaires et institutions multilatérales à mobiliser des financements innovants, un appui technique et un engagement politique accru.
Sylvain Kaita
