
Les vacances parlementaires ne sont manifestement pas synonymes de repos pour le sénateur Jean Bamanisa Saïdi. Fidèle à sa réputation d’homme de terrain et de dossiers, l’élu a mené ce lundi 02 mars 2026 un échange de fond avec le Gouverneur intérimaire, Didier Lomoyo. À la sortie de cette audience, l’élu des élus a brossé un tableau exhaustif des enjeux de la Tshopo : de la menace des drones à l’aéroport de Bangoka au scandale de la gestion énergétique, en passant par le coût suspect des infrastructures routières.
Le premier sujet abordé, et sans doute le plus brûlant, concerne la sécurité. Le survol récent de drones au-dessus de l’aéroport de Bangoka a ravivé les inquiétudes. Une incursion rappelant des épisodes sombres revendiqués par des groupes rebelles basés à Goma. Présent à l’aéroport de Bangoka, le dimanche 01 Mars, jour de ces incidents, le Sénateur a tenu à rassurer tout en appelant à une vigilance de fer.
« Les dispositions sont prises par nos forces armées qui se professionnalisent pour protéger la RDC. Nous appelons la population au calme, mais aussi à la conscience : ces actes cherchent la déstabilisation. Kisangani a déjà trop souffert. Nous sommes une ville martyre ; nous refusons de voir nos enfants mourir et nos femmes déambuler à cause de nouveaux conflits ».

Le message est clair : l’heure est à la cohésion nationale derrière le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, dont le Sénateur salue le travail diplomatique pour avoir mis sur la table internationale les vérités cachées de l’insécurité dans la région du Grand Lac.
Pour Jean Bamanisa Saïdi, le soutien aux institutions nationales et au Chef de l’État, Félix Tshisekedi est le seul rempart contre ceux qui cherchent à plonger de nouveau les familles Boyomaises dans l’errance et le deuil.
Abordant la gestion de la province, le Sénateur n’a pas utilisé la langue de bois. Alors qu’un nouveau gouvernement provincial est en place, il rappelle l’exigence de résultats immédiats. Pour lui, la politique n’est pas une école où l’on vient apprendre, mais une arène de responsabilités.
Il a pointé du doigt un déficit de communication criant entre l’exécutif provincial et les notables de la Tshopo ainsi que les élus à tous les niveaux tant à Kinshasa qu’à Kisangani. Le sénateur appelle à la création d’un cadre de partage pour que ceux qui portent le flambeau de la province puissent s’approprier les actions gouvernementales. Deux ans après, le besoin de dresser un bilan clair et de définir une trajectoire commune devient impératif.
Le dossier de l’électricité a sans doute été le plus vif de son allocution. Jean Bamanisa s’insurge contre la gestion de la centrale de la Tshopo, transformée selon lui en « centre touristique » où les autorités défilent pour constater des pannes récurrentes sans solutions durables. Rappelant que vers sa sortie comme gouverneur de la province orientale à l’époque , il avait déjà mobilisé des financements importants (notamment 9 millions d’euros auprès de la Belgique ) restés sans suite, faute de suivi de la SNEL et du gouvernement provincial, cet argent n’a jamais été utilisé.

Le Sénateur rejette fermement l’option des groupes au mazout. « Leur consommation coûte le prix d’une turbine neuve. C’est un non-sens économique », a-t-il lancé. Il préconise l’arrêt immédiat des solutions de colmatage. Il faut trois nouvelles turbines, la construction de la Tshopo 2, la réfection totale du réseau de distribution et l’installation d’une centrale solaire pour compenser le déficit durant les travaux.
Il s’interroge sur le silence entourant le contrat avec FRIVAO (50 millions $) et dénonce des blocages liés à des « intérêts personnels » au niveau national.
“Il est inacceptable que des intérêts personnels freinent des projets vitaux comme celui d’électricité à Kisangani”, a-t-il poursuivi.
Sur le plan des infrastructures routières, le sénateur a soulevé une question de transparence financière majeure. S’il salue l’engagement du Chef de l’État pour le financement de la voirie urbaine dans la ville de Kisangani, il s’interroge sur l’explosion des coûts.
Le sénateur Jean Bamanisa Saïdi a rappelé qu’à l’époque où il était gouverneur, il a réalisé les travaux d’asphalte avec 500 000 à 550 000 dollars le kilomètre pour des routes encore durables aujourd’hui. Aujourd’hui, des devis atteignant 2 millions de dollars par kilomètre.
« Quelle est la qualité de ce qu’on obtient pour 2 millions de dollars ? », s’interroge-t-il, interpellant directement le ministre des Travaux Publics et le BCECO. Il exige que les routes soient durables (5 à 10 ans minimum) et que l’argent des contribuables ne soit pas dilapidé.
“La qualité des travaux doit être proportionnelle aux investissements massifs consentis, afin que les générations futures n’héritent pas de routes dégradées en moins de cinq ans”, a-t-il poursuivi.
L’horizon tracé par Jean Bamanisa Saïdi ne s’arrête pas aux frontières de la ville. Il voit grand pour Kisangani, centre de transit stratégique :
– Relance de la Sotexki : Un levier industriel indispensable.
– Rail Kisangani-Ubundu : Un projet qui doit s’étendre vers le Maniema et Kalemie (objet du prochain Expo Béton).
– Réhabilitation des ports : Une mise à niveau nécessaire des rives droite et gauche.

En tant que parlementaire, Jean Bamanisa a regretté que ses demandes de commissions d’enquête soient encore en attente au bureau du Sénat, mais il promet de continuer à presser le bureau du Sénat pour l’activation de quatre commissions d’enquête, afin de s’assurer que chaque franc du budget de l’État, issu de la sueur des citoyens, serve réellement l’intérêt public.
Son message final à la population de la Tshopo est une exhortation à la dignité : « Restez solidaires, restez fermes, rejetez toute déstabilisation. Kisangani doit renaître par le travail et la vérité ». Entre vigilance sécuritaire et rigueur de gestion, le sénateur se positionne plus que jamais comme la sentinelle des intérêts de la Tshopo, refusant que la province ne tourne en rond pendant que le reste du pays avance.
Jerry Lombo
