
À Kananga, le chef-lieu de la province du Kasaï-Central, l’heure n’est plus aux inquiétudes feutrées, mais à la stupeur. En l’espace de quelques jours, le panier de la ménagère a subi un électrochoc : le meka de maïs, véritable baromètre de la survie quotidienne, a vu son prix bondir de 3 000 FC à 5 000 FC. Une augmentation brutale de plus de 60 % qui étrangle une population déjà fragilisée par une précarité endémique.
Pour comprendre l’ampleur du drame, il faut s’imaginer l’ambiance des marchés de Salongo ou de Lulua. Là où les discussions allaient bon train, le silence de la résignation s’installe devant les étals. Le maïs n’est pas qu’une simple céréale au Kasaï ; c’est le socle de l’alimentation, la base du « bidia » qui nourrit les familles, des plus modestes aux plus aisées.
Aujourd’hui, de nombreux foyers sont contraints de réduire drastiquement leurs portions ou de sauter des repas. “Cinq mille francs pour un seul meka ? C’est nous condamner à mourir de faim”, s’insurge une mère de famille rencontrée entre deux étals. Cette hausse vertigineuse n’est pas seulement un chiffre économique, c’est une barrière sociale qui se dresse entre la population et son droit le plus fondamental : celui de se nourrir.
Si les aléas climatiques sont parfois évoqués, les regards se tournent avec insistance vers la gestion de la province. Pour de nombreux observateurs et acteurs de la société civile, cette crise est le symptôme d’un mal plus profond : l’inertie administrative.
– Le Désert Agricole : Malgré des terres arables à perte de vue, le Kasaï-Central peine à atteindre son autosuffisance. L’absence de subventions pour les intrants agricoles, le manque d’encadrement des paysans et l’état de délabrement des routes de desserte agricole empêchent l’évacuation des produits vers les centres de consommation.
– La Désorganisation des Circuits : Les circuits d’approvisionnement semblent livrés à eux-mêmes. Sans stocks de sécurité ni mécanismes de régulation des prix, le marché local devient le terrain de jeu des spéculateurs qui profitent de la rareté pour gonfler les marges.
– L’Échec de l’Anticipation : La gestion économique provinciale est pointée du doigt pour son manque de réactivité. En l’absence de politiques publiques concrètes pour soutenir la production locale, la ville reste à la merci des importations coûteuses et des caprices du transport ferroviaire ou routier.
Le spectre d’une crise alimentaire majeure plane désormais sur Kananga. La population, dont la patience s’effrite, lance un appel vibrant aux autorités provinciales. Il ne s’agit plus de faire des promesses de campagne, mais de poser des actes forts : Stabilisation immédiate des prix via des concertations avec les grands distributeurs.Réhabilitation des axes routiers prioritaires pour désenclaver les zones de production.
Lancement d’un plan d’urgence agricole pour la saison prochaine afin de ne plus revivre ce scénario catastrophe .À Kananga, le maïs est devenu “l’or jaune”, mais un or trop cher pour ceux qui en ont le plus besoin.
Le gouvernement provincial joue aujourd’hui sa crédibilité sur cette question vitale. Car, comme le rappelle un adage local, “un ventre affamé n’a point d’oreilles”, mais il a une voix qui finit toujours par se faire entendre.
Doly Muntu
