Kisangani|Réhabilitation de la Voirie Urbaine : Sous la pression des motards et des jeunes, Safrimex corrige sa bourde sur la route Mapendano

Spread the love

L’aménagement urbain, souvent synonyme de progrès, peut parfois se heurter à la dure réalité des usages locaux et de la fluidité du transport. C’est ce qui s’est produit sur la Route Mapendano, au cœur du quartier des Musiciens, dans la commune de Makiso. L’entreprise Safrimex, chargée de la réhabilitation de cet axe vital de la voirie urbaine, s’est retrouvée, il y a deux semaines, au centre d’une fronde populaire inattendue, menée par les incontournables conducteurs de moto-taxis (motards) et les jeunes du quartier des musiciens, le samedi 15 Novembre 2025.

Après une période de vive tension et de contestation acharnée, la société a finalement fait volte-face, confirmant que la voix de la rue est parfois la plus puissante des autorités.

Le point de friction principal résidait dans le mode de modernisation de la route Mapendano, juste devant l’auberge Les Mambos. Dans son effort pour se conformer aux normes modernes de construction, Safrimex avait entrepris l’aménagement d’espaces dédiés aux piétons (trottoirs). Si l’intention de sécuriser les marcheurs est universellement louable, son exécution sur cet axe précis a été perçue par les usagers comme une menace imminente.

La raison est simple : la création de ces trottoirs réduisait considérablement l’espace alloué aux engins roulants.Pour les motards et les jeunes dudit quartier, la chaussée restante n’était plus en mesure d’absorber le flux de circulation habituel dans cette zone très fréquentée de Makiso, un carrefour névralgique de la ville. Le verdict était sans appel : cette configuration augmentait de manière critique le risque d’accidents et d’encombrements, un danger jugé intolérable, surtout aux heures de sortie des élèves des écoles environnantes.

Considérant la réduction de la chaussée comme une menace directe à leur activité professionnelle et à leur sécurité quotidienne, les conducteurs de moto-taxis, maillons essentiels du transport boyomais, ont décidé d’agir.Leur mécontentement s’est traduit par une descente musclée sur le chantier. L’ampleur de la mobilisation a été telle qu’elle a contraint les équipes de Safrimex à arrêter momentanément les travaux. La tension est montée d’un cran, marquée par des échanges houleux entre les conducteurs courroucés et l’Ingénieur chef des travaux.

Bien que l’intervention des forces de l’ordre ait permis de rétablir un calme fragile et d’assurer la reprise des travaux le jour même, elle n’avait en rien réglé le problème de fond. Les motards et les jeunes du quartier, résolus, avaient maintenu leur position, exigeant que les autorités provinciales compétentes viennent constater l’étroitesse de la voie.

L’épreuve de force a duré deux semaines, mais elle a finalement porté ses fruits. Face à la persistance de la contestation et à la légitimité des préoccupations soulevées, la société Safrimex a corrigé sa “bourde” et est “revenue à la raison”, comme on le murmure dans le quartier.

Le compromis trouvé répond directement aux exigences des usagers et garantit la fonctionnalité de l’axe :

– Annulation d’un trottoir : Un côté de la route initialement prévu pour le trottoir a été complètement dégagé.

– Rétrécissement de l’autre trottoir : L’autre côté a été revu à la baisse, réduisant son emprise sur la voie.

Ces ajustements drastiques ont eu pour effet direct d’offrir plus d’espace à la chaussée restante, permettant ainsi une meilleure fluidité des engins et réduisant significativement les risques d’accidents sur cette route hautement fréquentée.

L’épisode de la Route Mapendano, bien au-delà d’un simple ajustement de chantier, résonne comme une victoire retentissante de la démocratie participative et du pragmatisme local face à l’exécution de normes techniques parfois déconnectées de la réalité du terrain. L’action concertée et résolue des motards et des jeunes du quartier des Musiciens a non seulement permis d’éviter un goulot d’étranglement potentiellement dangereux, mais elle a également envoyé un signal fort et salutaire à l’ensemble des entrepreneurs et des autorités urbaines.

Cette correction de trajectoire par la société Safrimex n’est pas un aveu de faiblesse, mais une preuve de responsabilité et une reconnaissance que l’expertise technique doit toujours s’incliner devant l’impératif de la sécurité publique et de la fluidité urbaine. Dans une ville comme Kisangani, où la moto-taxi est l’épine dorsale du transport, l’aménagement de la voirie ne peut ignorer ses besoins vitaux.

En fin de compte, la route Mapendano devient un symbole puissant : celui d’une communauté qui ne se contente pas de subir les décisions, mais qui s’organise et se mobilise pour façonner activement son propre environnement.

L’annulation d’un trottoir et le rétrécissement de l’autre ont restauré l’équilibre de la chaussée, assurant la sécurité des élèves, des piétons et des engins. C’est l’illustration éclatante que le dialogue social, même sous pression, demeure l’outil le plus efficace pour garantir que le progrès urbain rime véritablement avec le bien-être collectif. Kisangani a prouvé que la voix de ses citoyens est la véritable boussole de ses chantiers.

Jerry Lombo


Spread the love

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *