
À Kinshasa, le Tribunal de paix de Lemba, ce sanctuaire censé incarner l’ordre et le droit est menacé d’expulsion. L’ironie est cuisante : l’institution qui prononce les jugements est, elle-même, vaincue par un jugement. Il ne s’agit pas d’une attaque armée, mais d’une déchéance silencieuse : celle de l’État qui a oublié de payer son loyer depuis une décennie.
La situation, révélée au grand jour lors de la récente visite d’inspection du Ministre d’État à la Justice, Guillaume Ngea, est un véritable plat de résistance pour la chronique judiciaire. Pendant plus de 10 ans, le Tribunal et le Parquet de grande instance ont occupé les lieux en clandestins de luxe.
La présidente, Elisée Kanjinga, n’a pu que le reconnaître devant le Ministre : “C’est depuis plus de 10 ans que nous sommes sous menace de déguerpissement. Il y a même un jugement qui a été prononcé. Nous sommes locataires, mais cela fait plusieurs années que nous n’avons pas payé les loyers”.
Le succulent de l’affaire réside dans ce paradoxe : comment une nation peut-elle exiger de ses citoyens le respect des contrats et des lois, lorsque le lieu même où ces lois sont appliquées est en situation de défaut de paiement chronique ? C’est le symbole de la justice qui chancelle sous le poids d’une dette ignoble.
Face à cet affront, une manœuvre de dernière minute est en cours pour éviter l’opprobre. L’idée est simple, mais son exécution, lente : acheter la parcelle.Le dossier, tel un mets de luxe rare, a été servi au Conseil supérieur de la magistrature. C’est maintenant à cette haute instance de transformer l’essai et de libérer le Tribunal de paix de cette épée de damoclès.
Doly Muntu
