
Dans un paysage académique congolais où la valorisation de la recherche et de l’enseignement supérieur tarde à trouver son ancrage définitif, le malaise financier gagne de plus en plus de terrain. Cette fois, c’est depuis le cœur scientifique du pays que retentit le cri d’indignation. Dans son communiqué de presse N°01|APIFA|2026 rendu public ce jeudi 24 courant, l’Association des Professeurs de l’IFA-Yangambi (APIFA) exprime sa profonde indignation devant le non-paiement, jusqu’à ce jour, de la paie complémentaire due au personnel de l’IFA-Yangambi, alors même que cette mesure a été annoncée avec solennité par le Gouvernement et qu’elle est déjà effective dans d’autres établissements publics de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU).
Un deux poids, deux mesures devenu inacceptable
L’exaspération du corps professoral repose sur une réalité comptable criante de partialité. Selon les informations dont dispose l’APIFA, le personnel de l’Université de Kinshasa (UNIKIN) a bénéficié de cette paie depuis environ deux semaines, tandis que celui de l’Université de Kisangani (UNIKIS) l’a perçue depuis une semaine. Pendant ce temps, les enseignants et chercheurs de l’IFA-Yangambi demeurent dans une attente aussi injustifiée qu’infinie.
Une telle disparité de traitement est incompréhensible et inadmissible. Elle nourrit un profond sentiment d’injustice et donne l’image d’un système à deux vitesses, où certains établissements seraient priorisés tandis que d’autres seraient purement et simplement relégués à la périphérie des préoccupations de l’autorité urbaine et nationale.
Le mépris institutionnel ne peut tenir lieu de politique de rémunération
Au-delà de la question purement financière, c’est la valeur accordée au savoir qui est ici questionnée. L’APIFA rappelle fort à propos que l’IFA-Yangambi est une institution stratégique pour la formation, la recherche et la production des connaissances dans les domaines cardinaux de l’agriculture, des ressources naturelles et de la sécurité alimentaire. Il est dès lors particulièrement choquant que celles et ceux qui forment les cadres de demain et produisent le savoir dans des secteurs aussi déterminants pour la souveraineté et l’avenir du pays soient maintenus dans une précarité administrative et financière déconcertante.
Pour l’APIFA, la répétition de tels retards ne peut plus être banalisée ni mise sur le compte de simples aléas de gestion. Elle s’apparente désormais à un véritable mépris institutionnel et entretient une précarisation injustifiable du personnel académique. L’Association refuse catégoriquement que l’IFA-Yangambi devienne l’angle mort des engagements salariaux du Gouvernement.
Ultimatum : 72 heures calendrier pour rétablir l’équité
Face à ce qu’elle qualifie de rupture d’égalité, l’APIFA a décidé de franchir un cap dans sa posture syndicale. En conséquence, l’Association exige le paiement intégral et sans délai de la paie complémentaire due au personnel de l’IFA-Yangambi. À compter de la publication du présent communiqué, un délai rigoureux de 72 heures calendrier est accordé aux autorités compétentes pour régulariser effectivement cette situation financière.
Le message est clair et le calendrier est fixé : à défaut de paiement dans ce délai imparti, l’APIFA se verra contrainte d’appeler à la cessation immédiate de toute prestation académique et scientifique relevant de ses membres, conformément aux modalités qui seront arrêtées par ses instances décisionnelles.
Au-delà de l’urgence : Le Gouvernement doit honorer l’ensemble de ses engagements
Si la régularisation de la paie complémentaire constitue le détonateur de cette crise, le malaise du corps professoral plonge ses racines dans un passif d’engagements non tenus. La question du jour ne saurait toutefois occulter les autres promesses faites envers la communauté académique. L’APIFA exige le respect effectif, mesurable et vérifiable des engagements gouvernementaux, notamment ceux consignés dans les historiques accords de Bibwa I et II, ainsi que des annonces faites ultérieurement en faveur des enseignants et chercheurs.
Pour assainir durablement le climat social au sein de l’enseignement supérieur, l’APIFA réclame notamment :
– L’amélioration effective et durable de l’enveloppe salariale globale du personnel de l’ESU ;
– La livraison effective des véhicules promis aux professeurs, conformément aux engagements fermes pris par l’État ;
– L’alignement salarial au grade pour toutes les catégories de professeurs concernées par les régularisations administrative et financière ;
– La prise en charge et le paiement effectif des nouveaux docteurs à thèse ;
– La concrétisation sans condition de la prime de recherche annoncée à maintes reprises ;
– L’exécution loyale, transparente et non discriminatoire de l’ensemble des engagements conclus avec le banc syndical de l’ESU.

Extrait du communiqué de l’APIFA
Notre responsabilité historique : Défendre la dignité et l’équité
Dans cette épreuve de force, le corps professoral de Yangambi entend faire prévaloir le sens de l’honneur et le respect de la fonction académique. L’APIFA n’acceptera ni la banalisation des retards, ni la discrimination entre établissements de la République, ni l’érosion continue des droits socio-professionnels du personnel académique.
Le dialogue social, souvent invoqué par les instances étatiques, n’a de sens que lorsqu’il débouche sur des actes concrets et des engagements scrupuleusement tenus. La patience démontrée jusqu’ici par le corps professoral ne peut et ne doit en aucun cas être interprétée par l’autorité publique comme une forme de résignation.
L’heure est désormais à la responsabilité collective. L’heure est au respect strict de la parole donnée. L’heure est au rétablissement immédiat de l’équité entre les institutions du pays. L’IFA-Yangambi ne demande aucun privilège d’exception : elle exige simplement et fermement le respect de ses droits.
En portant cette voix forte et déterminée depuis Kisangani, l’APIFA place le Gouvernement devant ses responsabilités historiques et morales. La formation de nos élites et la valorisation du corps scientifique ne peuvent s’accommoder de promesses décalées ni de traitements discriminatoires.
Le compte à rebours de 72 heures est désormais lancé : il appartient aux autorités compétentes de prouver leur attachement à la justice sociale et à l’excellence académique en régularisant sans délai la situation des professeurs de l’IFA-Yangambi. Au-delà des chiffres et des paies salariales, c’est la dignité toute entière du savoir congolais qui se joue ici.
Jerry Lombo
