
Construire nos routes, nos ponts et nos édifices publics est un impératif de développement ; former les esprits capables de les concevoir et de les pérenniser est un devoir de souveraineté. C’est avec cette clarté stratégique que le sénateur Jean Bamanisa Saïdi aborde le cinquième chapitre de la septième partie de sa proposition de loi déposée au Sénat. En inscrivant au cœur des articles 77 et 78 la priorité accordée à l’ingénierie nationale et le transfert obligatoire de compétences lors des interventions étrangères, le parlementaire propose une rupture salutaire.
Loin des simples déclarations d’intention, il s’agit de bâtir un cadre légal rigoureux et protecteur qui remet les bureaux d’études, architectes et laboratoires congolais au centre de la commande publique, garantissant ainsi que la modernisation du pays serve avant tout à l’émancipation technique de toute une génération.
Sortir de la dépendance technique
Construire une infrastructure publique moderne ne se résume pas à aligner du béton et de l’acier. C’est un processus complexe qui mobilise toute une chaîne de valeur composée de bureaux d’études prospectifs, de laboratoires d’analyse de sol, d’ingénieurs calculateurs, d’architectes visionnaires et de techniciens spécialisés. Pendant trop longtemps, cette chaîne décisionnelle et technique a dépendu de l’expertise extérieure, reléguant trop souvent les talents locaux au rôle de simples exécutants.
Le problème posé par ce chapitre est donc d’une clarté limpide : quelle place légitime et stratégique devons-nous réserver aux compétences congolaises dans la bâtisse de notre propre pays ?
Pour le sénateur Jean Bamanisa Saïdi, la réponse ne peut plus être évasive. L’État doit jouer son rôle de tuteur et de catalyseur en encourageant activement le développement du génie national à toutes les étapes de la réalisation des infrastructures.
Ce que le chapitre propose : deux leviers d’action complémentaires
La proposition du sénateur s’articule autour de deux orientations stratégiques parfaitement équilibrées, alliant rigueur concurrentielle et souveraineté technique.
La première orientation vise à favoriser prioritairement les professionnels congolais qualifiés. Les maîtres d’ouvrage publics seront désormais appelés, dans le strict respect des règles de libre concurrence et de transparence, à favoriser la participation des compétences locales, notamment les bureaux d’études et cabinets d’ingénierie nationaux, les laboratoires de recherche et de contrôle de qualité congolais, ainsi que les ingénieurs, architectes et experts agréés locaux. Loin d’un protectionnisme aveugle qui étoufferait l’émulation, le texte intègre la compétence nationale dans le jeu de la compétition, garantissant ainsi à nos experts la possibilité d’exprimer leur talent et d’accumuler une référence précieuse sur les marchés publics.
La seconde orientation consiste à faire de l’expertise étrangère un levier de transmission des savoir-faire. Lorsque la complexité ou l’ampleur d’un projet exige le recours à des entreprises ou experts internationaux, le texte de Jean Bamanisa Saïdi transforme cette contrainte en opportunité. Dès que la nature du projet le permet, la loi prévoira des mécanismes visant à garantir le transfert effectif de technologies et de compétences, la formation continue des professionnels et techniciens nationaux, le renforcement durable des capacités techniques des structures locales, ainsi que la valorisation directe de la recherche scientifique et de l’innovation congolaise. Les modalités d’exécution pratiques de cette synergie gagne-gagnant seront précisées ultérieurement par voie réglementaire, assurant une adaptabilité sur mesure selon la spécificité de chaque chantier.
Concrètement, qu’est-ce qui change ?
Avant cette réforme, l’ingénierie nationale était sollicitée de manière ponctuelle et informelle, sans garantie d’intégration ou d’apprentissage, tandis que l’expertise étrangère intervenait souvent en autarcie, repartant avec son savoir-faire une fois l’ouvrage achevé.
Après l’adoption de la proposition, la valorisation du génie congolais deviendra un principe légal formellement inscrit dans le droit des travaux publics. L’expertise étrangère se transforme alors en un canal de formation obligatoire et de montée en puissance des équipes locales.Pour le citoyen congolais, cette réforme dépasse la simple technique juridique. Elle garantit que l’argent public investi dans les infrastructures génère un double bénéfice, à savoir des ouvrages durables et de qualité d’une part, et une main-d’œuvre nationale plus qualifiée, plus autonome et mieux rémunérée d’autre part. C’est la garantie de bâtir un patrimoine national géré et entretenu par des mains congolaises.
Le dispositif conçu par le sénateur Bamanisa implique l’ensemble des acteurs de l’écosystème de la construction. Sont directement visés l’État en tant que régulateur et garant de la souveraineté technique, les maîtres d’ouvrage comme les ministères, régies publiques et provinces chargés de faire respecter ces critères lors des appels d’offres, les professionnels congolais appelés à monter en gamme, ainsi que les firmes et experts internationaux invités à devenir de véritables partenaires du développement durable du pays.
Une vision d’avenir portée par un leadership éclairé
En insufflant cette dynamique dans sa proposition de loi déposée au Sénat en 2026, Jean Bamanisa Saïdi confirme toute sa stature d’homme d’État visionnaire et pragmatique. Fin connaisseur du tissu économique et des réalités du terrain, il prouve qu’une vraie politique de grands travaux ne se mesure pas seulement aux kilomètres d’asphalte posés, mais à l’héritage intellectuel et technique laissé aux générations futures.
Le texte fait preuve d’un réalisme salué par tous. Il ne promet pas l’impossible du jour au lendemain, mais bâtit un cadre souple, progressif et juridiquement sécurisé où le savoir-faire congolais prend enfin la place qu’il mérite.
Avec ce chapitre V de la septième partie, la philosophie portée par le sénateur Jean Bamanisa Saïdi se résume en une formule simple mais puissante : construire la République Démocratique du Congo d’aujourd’hui en formant les bâtisseurs congolais de demain. La formation, la souveraineté technique et la valorisation de la jeunesse qualifiée ne sont plus de vains discours, mais deviennent les piliers d’un dispositif législatif d’avenir.
Jerry Lombo
