
Un frisson de nostalgie, une électricité palpable dans l’air et le fracas sourd des corps qui martèlent le tapis. Ce vendredi soir, le gymnase jumelé du Stade des Martyrs a rouvert ses portes aux démons sublimes de la passion populaire. Entre spectacle pur, transmission intergénérationnelle et chocs internationaux, la capitale congolaise a retrouvé le goût savoureux des grandes messes du catch. Un grand retour salué par une foule en délire, sous le regard attentif et presque complice du ministre des Sports et Loisirs, Me Didier Budimbu, venu mesurer l’immortalité de cette discipline ancrée dans la culture kinoise.
Le catch kinois n’a décidément rien perdu de son pouvoir d’attraction. Dès les premiers coups de cloche, les tribunes se sont embrasées, captivées par ce théâtre athlétique où la haute performance sportive épouse sans pudeur l’art du show. L’apogée de cette première journée s’est matérialisée lors d’une confrontation internationale survoltée.
Les stars locales Anyata et Shegué ont croisé le fer avec Caïman et Kong, duo redoutable venu tout droit de Belgique. Un combat par équipes disputé à une allure folle, cadencé par les cris, les chants et les répliques cinglantes du public, dans une atmosphère qui n’avait rien à envier aux grandes arènes américaines.


Mais pour sceller cette entame de gala en beauté, il fallait un climax à la hauteur de la réputation de Kinshasa. Six Bolit, champion du Congo en titre, a délivré le coup de grâce lors du combat de clôture. Dans une ultime séquence d’une brutalité spectaculaire, le héros national a terrassé son adversaire d’un coup de tête foudroyant, l’expédiant voler hors du ring. Incapable de se relever avant la fin du décompte fatal de l’arbitre, le rival étranger a dû s’avouer vaincu, laissant Six Bolit triompher sous les acclamations assourdissantes des supporters.
Le Fils Edigwe : L’héritage sacré d’une dynastie du spectacle
Au-delà des victoires, ce gala a servi de pont entre le glorieux passé du catch congolais et ses promesses d’avenir. Le moment le plus magique de la soirée reste sans doute la victoire éclair du Fils Edigwe face au Sorcier du Ring. Il n’aura fallu qu’une minute et quelques poussières de secondes au jeune prodige pour plier l’affaire. Arborant fièrement la crête caractéristique, la démarche théâtrale et l’attitude provocatrice de son illustre géniteur, le jeune catcheur a prouvé que la valeur n’attend pas le nombre des années.
C’est grâce à sa deuxième tentative du célèbre « jeu de tête en fumée » qu’il a littéralement mystifié son adversaire venu du Kwilu. Hors de combat, le Sorcier du Ring est tombé sous le charme dévastateur d’un héritage parfaitement assumé. Une performance fulgurante qui a provoqué une véritable onde de choc émotionnelle dans la salle, rappelant aux plus anciens les heures somptueuses du catch traditionnel kinois.

L’ombre bienveillante de Maître Shaolin ShomanChef d’orchestre de cet événement d’envergure, Nsimba Bafuka — universellement connu sous le nom de Maître Shaolin Shoman, a coordonné cette première journée de main de maître. Figure légendaire s’il en est, le patriarche du ring demeure l’attraction centrale de ce gala international.
Alors que les projecteurs se sont éteints sur ces premiers affrontements, les amateurs n’attendent plus qu’une chose : revoir une toute dernière fois le grand maître monter entre les cordes pour écrire un ultime chapitre de son histoire d’amour avec Kinshasa. Ce vendredi, la capitale a définitivement retrouvé ses cordes, son public et ce grain de folie unique qui fait battre le cœur de la cité depuis tant de générations.
Sylvain Kaita
