
C’est un spectacle qui confine au surréalisme urbain. Au cœur de la ville martyre, là où le prestige administratif devrait se marier à l’élégance des infrastructures, le Boulevard Lumumba offre une cicatrice béante à ses citoyens. À quelques encablures seulement du rond-point Gouvernorat-ISP en se dirigeant vers le cabinet du gouverneur, le bitume a capitulé, laissant place à un désastre routier qui ne se contente pas d’entraver la circulation : il insulte le bon sens.
En empruntant la voie menant directement au bureau administratif du Gouverneur de province, l’usager se heurte à un trou béant, un véritable fossé qui entrave gravement la libre circulation de la population. Ce n’est pas qu’une simple dégradation ; c’est un monument à l’inertie.
Ce désastre routier ne date pas d’hier. Il s’est installé dans le paysage boyomais comme une fatalité. Depuis de nombreuses années, plusieurs gouverneurs se sont succédé à la tête de la Tshopo, gravissant les échelons du pouvoir, mais laissant ce problème intact derrière eux. Chaque nouvelle administration semble contourner l’obstacle, au propre comme au figuré, sans jamais y poser la moindre pierre de réhabilitation efficace.

Ce lundi 13 avril 2026, l’exaspération a atteint son paroxysme. En cette période pluvieuse, les visages des passants traduisent une incompréhension totale face à ce délabrement qui semble défier le bon sens.
Interrogés sur place, les usagers ne décolèrent pas. Pour beaucoup, l’emplacement de ce “cratère” est le comble de l’ironie. C’est la route qui mène au cœur même du pouvoir provincial, là où se décident les grands projets.
« Nous ne comprenons pas comment le gouverneur n’arrive pas à trouver la solution pour cette partie de la route. C’est une route qui mène tout droit vers son bureau où il reçoit des personnalités, des investisseurs. En voyant cette route comme ça, ça ne lui gêne même pas ? », s’interroge un automobiliste, les mains crispées sur son volant alors qu’il tente une manœuvre périlleuse pour éviter d’endommager son châssis.

Un motard, s’arrêtant un instant pour reprendre son souffle après avoir évité de justesse une chute, pointe du doigt l’incohérence entre les exigences fiscales et la réalité du terrain :
« On nous demande d’acheter la plaque et nous achetons déjà. Cet argent ne peut pas arranger cette partie de la route qui mène vers le gouvernorat et pour bien arranger seulement cette partie, ça peut d’abord coûter combien ?. C’est seulement une mauvaise volonté ».
Cette interrogation légitime résonne dans toute la ville. Si les taxes sont perçues, si les plaques sont vendues, pourquoi cette partie du boulevard Lumumba, qui mène vers le bureau de l’autorité provinciale reste-t-elle dans cet état de décrépitude avancée ?
Au milieu de ce chaos, le piéton est le spectateur impuissant d’une bousculade quotidienne. Un jeune habitant, observant le balai incessant des engins qui se disputent les rares centimètres de bitume encore praticables, résume la situation avec une lucidité glaçante :
« Regardez d’abord vous-même comment les détenteurs des engins roulants se bousculent pour passer. Et c’est sur un tronçon où le gouverneur passe chaque jour. C’est vraiment absurde ! »


C’est sans doute le mot qui convient le mieux : l’absurdité. L’absurdité de voir des convois officiels tressauter quotidiennement sur ces trous sans que l’ordre de réparation efficace ne soit donné. L’absurdité d’une ville qui aspire à la modernité mais qui trébuche sur son propre boulevard principal.
Aujourd’hui, le trou du Boulevard Lumumba n’est plus seulement un problème technique ; c’est un test de volonté politique. Ce tronçon n’est pas qu’une simple route ; c’est le miroir de la gouvernance provinciale. Tant que ce trou béant trônera au milieu du Boulevard du 30 juin, il servira de rappel constant que les discours de modernisation s’arrêtent là où les pneus s’enfoncent dans la boue.
Il est temps que l’administration provinciale comprenne qu’une route qui mène au pouvoir doit, au minimum, être praticable. Pour le prestige de la fonction, et surtout, pour le respect du peuple de Kisangani.
Le temps des excuses est passé, celui des travaux est une urgence de dignité.
Jerry Lombo
