Kisangani|Alerte UXO N°2 : De la bravoure imprudente à la maîtrise technique, retour sur l’intervention du CCLAM-Tshopo au cœur du village Bayangana

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Ce mercredi 08 avril 2026 au village Bayangana, situé à 20 kilomètres de la ville de Kisangani sur la route d’Ituri, ce n’est pas seulement une mission de routine qu’a menée le Centre Congolais de Lutte Antimines (CCLAM-Tshopo), mais un véritable acte de préservation de la vie humaine face à la menace invisible des restes explosifs de guerre (REG).

Le témoignage de l’informateur (un habitant du village) est un mélange glaçant de résilience rurale et d’inconscience du danger.

« Tout a commencé après deux jours de pluies diluviennes qui se sont abattues, il y a plusieurs années. La terre s’est ouverte et cet objet de fer a surgi dans ma parcelle. Au début, c’était presque un obstacle banal : les passants le heurtaient du pied, et moi-même, je le cognais en partant au champ. Un jour, j’ai pris ma manchette et, d’un geste que je sais aujourd’hui suicidaire, j’ai déterré l’engin ».

L’homme poursuit, décrivant l’abandon des autorités locales face à sa détresse :

“J’ai alerté tout le monde : les voisins, le chef du village, et même des militaires qui sont venus voir et ont confirmé que c’était une bombe très redoutable. Mais pour l’enlever, ils ont demandé 200 Dollars. Je n’avais pas cet argent. C’était un danger, il fallait agir. Pendant plus d’une année, cette bombe est restée là. Les gens du village s’en approchaient, certains voulaient même le toucher par défi disant qu’elle ne ferait rien. Pris de peur pour les miens, j’ai fini par déplacer l’engin à l’aide d’une bêche pour l’enterrer derrière ma maison, près d’une vieille souche d’arbre. Cela fait deux ans que l’engin se trouve enterré dans ce trou”.

Informée de la situation, la coordination provinciale du CCLAM-Tshopo n’a pas tardé à réagir. Sous la houlette rigoureuse de son Coordonnateur Provincial, Blaise-Pascal Isaga Tshomba, une équipe d’experts a effectué une descente immédiate à Bayangana. L’intervention ne s’est pas limitée à une simple récupération technique ; elle a suivi une méthodologie stricte, conforme aux Normes Internationales (IMAS) :

– Civilités et Protocole : La mission a débuté par un échange indispensable avec le Chef du village, garant de la sécurité communautaire, pour asseoir l’autorité de l’intervention.

– Entretien avec l’informateur : Un moment crucial pour retracer le parcours de l’engin, comprendre sa manipulation initiale et localiser précisément le site de réenfouissement.

– L’éducation aux risques (RE) : Identifier pour sécuriser. Avant toute action physique, une séance de sensibilisation intense a été organisée. Avant d’approcher le site, l’équipe a pris le temps d’éduquer la population sur les dangers des engins non explosés (UXO).

C’est lors de cette sensibilisation que le voile s’est levé. En comparant ses souvenirs aux supports visuels et aux images de référence présentés par les experts du CCLAM, l’habitant a pu mettre des mots sur sa peur : « Un mortier ».

Pour lever les derniers doutes, l’homme a tracé au sol un croquis précis, confirmant la forme ogivale et les empennages caractéristiques de cette munition capable de ravager un périmètre considérable.

“Le réenfouissement n’est jamais une solution, c’est une délocalisation du danger.” Ce message a été le leitmotiv de l’équipe de sensibilisation pour décourager de futures manipulations artisanales.

Guidée par L’informateur vers l’arrière de la maison, l’équipe du CCLAM-Tshopo a procédé à la sécurisation physique du site. Conformément aux procédures opérationnelles, un marquage de zone a été instauré. Ce balisage rouge et blanc, hautement symbolique, a transformé le trou de fortune en une « zone de danger identifiée », désormais interdite à tout accès en attendant l’assaut final des techniciens spécialisés pour la destruction.

“Aujourd’hui, en voyant le CCLAM-Tshopo arriver, je sens un poids immense quitter mes épaules. Mon seul souhait ? Que cette menace sorte enfin de ma terre”, a déclaré cet habitant.

La mission s’est clôturée avec succès, sans aucun incident. Le professionnalisme du Coordonnateur, Blaise-Pascal Isaga Tshomba et de ses techniciens a permis de ramener la sérénité au village Bayangana, bien que sous une surveillance accrue. Si l’engin est encore sous terre, il est désormais captif du marquage technique, surveillé et condamné.

Cette intervention illustre parfaitement la mission régalienne et vitale du CCLAM. Elle rappelle aux populations de la Tshopo qu’en présence d’un objet suspect, la bravoure ne réside pas dans la manipulation, mais dans l’alerte.

La vigilance reste de mise : Ne pas toucher, ne pas déplacer, alerter.

Jerry Lombo


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