
Sous les projecteurs de la salle Gradi Jeune, ce jeudi 02 avril 2026, le droit a quitté le confort des prétoires pour se confronter à la réalité du terrain. À l’initiative du Bureau Genre, le Barreau de la Tshopo a clôturé le mois de la femme par une conférence-débat d’une rare intensité, mêlant rigueur juridique, ferveur patriotique et engagements concrets.
L’atmosphère était électrique et solennelle. En ouvrant la séance, Maître Liliane Tshala Tshibangu, Présidente du Bureau Genre au Barreau de la Tshopo, a d’emblée placé l’événement sous le signe de la gratitude et de l’excellence. Évoquant la souveraineté divine et saluant le soutien des autorités ordinales, elle n’a pas manqué de faire un parallèle savoureux avec l’actualité sportive du pays.
“Permettez-nous de jeter des fleurs à nos Léopards qui ont combattu en mouillant leurs maillots pour cette qualification historique à la Coupe du Monde, 52 ans après”, a-t-elle lancé sous les applaudissements.


Me Liliane Tshala & Me Kally Kalonji
Mais pour la Présidente du Bureau Genre, si les sportifs ont gagné sur le terrain, les avocats ont une autre finale à remporter : celle de la connaissance des droits. Pour elle, le constat est sans appel : être avocat, c’est avoir du pain sur la planche face à l’ignorance juridique qui fragilise encore trop de femmes et de filles dans la province de la Tshopo.
Entrant dans le vif du sujet avec son thème : « Actions pour les droits, l’égalité et l’autonomisation en faveur des femmes et filles de la Tshopo face à la modification de quelques articles du Code de la famille », Me Liliane Tshala a livré une analyse chirurgicale de la situation.


Si la réforme de 2016 a marqué une avancée majeure, fruit du sacrifice des mouvements associatifs d’avocates de l’Est de la RDC, le fossé reste béant entre le texte et la réalité quotidienne des femmes rurales et citadines. Pour Me Liliane Tshala, l’égalité ne doit pas être un concept abstrait, mais une réalité palpable.
Les axes forts de son intervention :
– La sensibilisation porte-à-porte : Une proposition audacieuse consistant à sortir des cabinets pour aller à la rencontre des ménages à Kisangani, puis dans l’arrière-province pour sensibiliser les femmes et filles sur leurs Droits.
– L’équilibre de la balance : Rappeler que l’égalité, ancrée dans l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et consacrée par la Constitution congolaise, est le socle de toute justice.
– La protection des vulnérables : Apprendre aux nièces, sœurs et voisines à identifier et dénoncer les violations, notamment les violences sexuelles et conjugales.
“Nous devons faire de la loi notre affaire. Si nous ne nous sacrifions pas pour atteindre toutes les femmes de la RDC, nos lois resteront des lettres mortes”, a-t-elle martelé.


À sa suite, Maître Kally Kalonji a pris la parole pour explorer le rôle du Barreau comme espace d’expression. Pour lui, la robe ne suffit pas ; elle doit être portée avec une soif constante de savoir.
Il a exhorté ses consœurs à investir dans leur propre leadership à travers quatre piliers fondamentaux :
– La lecture et la recherche : Pour rester à la pointe d’un droit en constante mutation.
– L’écoute : Qualité première de l’avocat défenseur.
– Le partage d’expérience : Car le leadership se construit dans la transmission.
– L’amour de la profession : Le moteur indispensable pour tenir face aux défis de la justice.


La conférence s’est achevée par un jeu de questions-réponses dynamique, où les échanges entre les orateurs et l’assistance ont permis de lever les zones d’ombre sur certaines réformes du Code de la famille.
La présence remarquée du représentant du Bâtonnier Jean-Aubin Akamba a apporté une caution institutionnelle à cette journée, confirmant que la question du genre n’est pas une affaire de femmes, mais un enjeu de justice sociale pour l’ensemble du Barreau de la Tshopo.


Cette clôture du mois de mars n’était pas une simple formalité calendaire. Elle a marqué le lancement d’une dynamique nouvelle : celle d’un barreau proactif, prêt à descendre dans l’arène sociale pour que la femme tshopolaise ne soit plus seulement une sujet de droit, mais une actrice pleinement consciente et protégée par la loi.
Le rendez-vous est pris sur le terrain, car comme l’a si bien dit Me Liliane Tshala : l’action a désormais un sens concret.
Jerry Lombo
