
Sous le chaume des hangars de Bambaye, un village situé à 29 Kilomètres de la ville de Kisangani, l’atmosphère n’était pas celle d’une simple réunion agricole. C’était celle d’une libération. Ce jeudi 26 mars 2026, le vent qui soufflait sur la route Banalia portait en lui un parfum de victoire : celui du cacao de la Tshopo qui, pour la première fois, s’est affranchi des frontières nationales pour conquérir les palais du marché mondial.
Au centre de cette révolution, un homme et une vision : Dominique Kasimba. Le Coordonnateur de la Coopérative des Cultivateurs de Cacao de la Tshopo (COCUCT) est venu accomplir ce que beaucoup qualifiaient, il y a peu, de “rêve utopique”.
Pendant cinq mois, le silence régnait dans les plantations. Beaucoup de paysans, échaudés par des années de promesses non tenues, en doutaient encore. Mais Dominique Kasimba, armé de la rigueur managériale qui le caractérise, est venu livrer les chiffres.
« Nous avions promis il y a cinq mois que, pour la première fois, nous exporterions nous-mêmes notre cacao. C’est chose faite. Il était de notre devoir de venir restituer aux planteurs les détails du prix, des dépenses engagées et, surtout, les modalités du paiement qui débute ce vendredi », a-t-il déclaré devant une assemblée suspendue à ses lèvres.


Pendant longtemps, le planteur de cacao de la Tshopo était le maillon faible d’une chaîne impitoyable. Isolé, il vendait sa sueur à vil prix sur des marchés locaux volatils. Mais Dominique Kasimba a brisé ce plafond de verre.
« Un voyage de 1000 kilomètres commence par un pas. Nous avons franchi ce premier pas. Le premier lot de conteneurs a été exporté. Aujourd’hui, nous pensons à des dizaines, voire des centaines de conteneurs pour changer positivement la vie de nos planteurs », a déclaré le Coordonnateur avec une sérénité qui force l’admiration.
L’exploit est de taille : pour la première fois, ce ne sont pas des intermédiaires véreux qui tirent profit de la fève Tshopolaise, mais les producteurs eux-mêmes, regroupés sous la bannière de la COCUCT.


Ce premier lot de conteneurs n’est pas qu’une transaction commerciale ; c’est une preuve de concept. Le passage de l’agriculteur passif au “producteur-exportateur” est désormais une réalité actée.
Le projet de la COCUCT ne se limite pas à remplir les poches ; il soigne la terre. Dominique Kasimba insiste sur une démarche de réforestation intelligente. Depuis 2023, la coopérative a déjà réussi l’exploit d’emblaver plus de 1 700 hectares.
L’idée est magistrale : valoriser les forêts dégradées et les zones de jachère où l’agriculture sur brûlis (riz, manioc) avait laissé des cicatrices. En ramenant les arbres à travers les cacaoyers, la COCUCT reconstitue l’écosystème tout en créant une richesse durable. C’est l’écologie au service du développement, ou comment faire d’une pierre deux coups : sauver la biodiversité de la Tshopo et éradiquer la pauvreté rurale. C’est une réponse concrète au changement climatique, portée par la COCUCT à travers des mains paysannes.

Le leadership de Dominique Kasimba repose sur un pilier rare : la clarté. Dans un contexte où le prix mondial du cacao connaît parfois des turbulences, les membres de la COCUCT bénéficient d’un avantage comparatif énorme. En vendant aujourd’hui à l’international, la coopérative capte la “valeur ajoutée” qui, d’ordinaire, s’évapore dans les poches des intermédiaires.
Le calcul est simple mais puissant. Alors que le marché local stagne souvent dans la médiocrité des prix imposés, la vente directe à l’international offre un appel d’air financier sans précédent. Même en période de baisse mondiale des cours, les membres de la COCUCT restent protégés. Pourquoi ? Parce que la coopérative a misé sur la transparence absolue.


Chaque membre sait désormais ce qu’il en coûte pour produire, traiter en post-récolte et exporter. Et le reliquat qui revient au paysan, après déduction des charges, est qualifié par les bénéficiaires eux-mêmes de « largement supérieur » à tout ce qu’ils ont connu auparavant. On ne parle plus de survie, on parle de rentabilité pour les cultivateurs.
Le moment le plus émouvant de cette journée à Bambaye fut sans doute la prise de parole de Maman Josée. Cette femme dévouée, qui a bravé les doutes de son entourage pour confier sa récolte à la coopérative, ne cachait pas sa joie.
Si les chiffres de Kasimba sont convaincants, les mots de Maman Josée sont bouleversants. Cette productrice de cacao incarne le visage humain de ce succès.
“Je suis très contente d’apprendre ça aujourd’hui. Dans un premier temps, je doutais. En écoutant le prix du kilo, je suis dans le firmament ! ”, s’exclame-t-elle, rappelant qu’elle ne touchait jadis que 1.500 ou 2 000 FC par kilo auprès des acheteurs locaux. En rejoignant la COCUCT, elle multiplie ses gains et sécurise l’avenir de sa production. Pour elle, Dominique Kasimba est l’instrument divin qui sort la femme rurale et les paysans de la pauvreté.


Loin de se reposer sur ses lauriers, la COCUCT sous le leadership visionnaire de Dominique Kasimba voit déjà plus grand pour la récolte de 2026. L’ambition est claire : vendre le label qualité de la RDC. Pour Dominique Kasimba, le cacao de la Tshopo ne doit pas être un produit anonyme. L’objectif est de créer un label de qualité homogène.
Si en 2025, la fermentation et le séchage ont été centralisés pour la récolte 2026, la coopérative prévoit d’installer des centres de traitement dans chaque village regroupant assez de producteurs.
– Homogénéité : Pour garantir un cacao de référence, les processus de fermentation et de séchage seront désormais décentralisés au cœur de chaque village.
– Accessibilité : Chaque communauté aura son propre centre de traitement, permettant aux producteurs de suivre de près la préparation de leur or brun pour l’exportation.
De Banalia à Ubundu, en passant par Bafwasende et Lubuya-Bera, jusqu’à l’accompagnement technique des producteurs dans le territoire d’Isangi et la province du Bas-Uélé, l’expertise de la COCUCT se propage comme une traînée de poudre dans le but d’augmenter la production du Cacao et d’améliorer les conditions des vies des producteurs.


Avant de clore cette visite historique, le Coordonnateur a inspecté les trois grandes pépinières situées aux villages Batiamuduka (PK 14) et Bambaye (PK 29). Ces milliers de jeunes plants sont les futurs piliers de l’économie locale, prêts à être mis en terre pour les prochaines générations. On comprend que l’histoire ne fait que commencer. Ces plantules ne sont pas seulement des arbres ; ce sont des promesses de scolarité pour les enfants, de soins médicaux, et de fierté pour la province de la Tshopo.
Dominique Kasimba a prouvé qu’avec du leadership, de la transparence et un amour profond pour la terre, le cacao peut devenir le moteur d’une renaissance congolaise. Ce vendredi 27 mars, quand les premiers francs tomberont dans les mains des planteurs, ce ne sera pas seulement de l’argent qu’ils toucheront, mais la concrétisation de leur propre valeur.
Avec ça, la COCUCT vient de prouver qu’elle n’est pas seulement une coopérative, mais une école du succès pour le cacao Tshopolais.
Jerry Lombo
