Kinshasa|Conférence sur la Révision de la Constitution : Le raisonnement cristallin du Professeur Achille Etukumalo qui refuse de sacrifier le “poumon du monde” sur l’autel de la politique

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Sous les voûtes climatisées des salles de conférence de la Gombe, le thermomètre politique affiche une fièvre persistante. Alors que le pays retient son souffle face aux velléités de réécriture de la Loi Fondamentale, le débat semblait jusqu’ici prisonnier des tranchées partisanes : d’un côté, les gardiens du temple de 2006 ; de l’autre, les architectes du « changement nécessaire ». Mais le 24 mars 2026, un pavé a été jeté dans la mare des certitudes.

Le Professeur Achille Etukumalo Inola, constitutionnaliste à la parole rare et ciselée, a déplacé le curseur. Son diagnostic est sans appel : si la Constitution est le squelette de la nation, l’environnement en est le souffle vital. Et ce souffle est aujourd’hui en apnée.

L’intervention du Professeur Etukumalo n’était pas une simple leçon de droit ; c’était une autopsie de notre rapport au sacré institutionnel. En convoquant l’ombre de Jean-Eric Gicquel, il a rappelé une vérité biologique : une Constitution « naît, se développe et meurt ». Elle n’est pas un monument de marbre figé dans le temps, mais un organisme vivant qui doit s’adapter aux mutations de son biotope.

Depuis seize ans, le spectre de la révision hante les couloirs du Palais du Peuple. Si la retouche de 2011 avait tenté de panser les « malformations congénitales » d’un texte né dans les douleurs de l’après-guerre, l’impulsion donnée par le Président Félix Tshisekedi à Kisangani en octobre 2024 a ouvert une boîte de Pandore d’une toute autre dimension.Le

Le comité scientifique installé au premier trimestre 2025 travaille désormais dans l’œil du cyclone. Mais dans ce tumulte, qui se soucie des articles 53 et 54 ? Qui se soucie de la terre qui nous porte ?Le Professeur a martelé ces chiffres comme des versets liturgiques.

– L’article 53 : Le droit inaliénable à un environnement sain.

– L’article 54 : Le principe pollueur-payeur, ce rempart contre l’impunité industrielle.

« On ne révise pas une Constitution dans le vide pneumatique », a suggéré l’universitaire. Pour lui, le droit de l’environnement n’est pas une note de bas de page de la démocratie, c’est sa condition sine qua non. En reliant Kinshasa aux échos de Stockholm (1972) et de Rio (1992), il a rappelé que la RDC n’est pas une île juridique, mais le poumon d’un monde qui suffoque.

La tension dans la salle était palpable lorsqu’il a abordé « les questions qui fâchent ». Une révision constitutionnelle, dans le contexte d’une pression minière et forestière sans précédent, pourrait-elle devenir le cheval de Troie d’une dérégulation sauvage ? Le risque est de voir les acquis environnementaux sacrifiés sur l’autel de l’urgence économique ou de la stabilité politique immédiate.

Mais là où l’on attendait une simple mise en garde, le Professeur Etukumalo a fait preuve d’une audace intellectuelle rafraîchissante. Il ne veut pas seulement protéger l’existant ; il veut armer le futur. Son cheval de bataille ? L’inscription de la notion d’écocide dans la Constitution.

« Pour dissuader les prédateurs de la nature, le Constituant doit ériger le crime contre l’environnement au rang des sacrilèges suprêmes », a-t-il plaidé.

Dans l’Est du pays, là où les minerais de sang financent le chaos et où les écosystèmes sont les victimes collatérales de conflits sans fin, l’introduction de l’écocide changerait la donne. La RDC ne serait plus seulement le “Pays-Solution” par ses forêts, mais le “Pays-Modèle” par son droit.

Pour rassurer les sceptiques, l’universitaire s’est fait bouclier. Il a invoqué l’article 220, cette citadelle qui interdit de réduire les droits et libertés de la personne. Si le droit à un environnement sain est un droit fondamental, alors il est, par essence, irréductible. C’est ici que le principe pacta sunt servanda entre en jeu : la RDC a promis au monde et à son peuple de protéger sa biodiversité ; elle ne peut se dédire sans se renier elle-même.

Sa vision est celle d’une juridictionnalisation musclée. Il ne suffit plus que le droit soit écrit ; il doit être opposable. Un citoyen de Rutshuru ou un pêcheur de Moanda doit pouvoir traîner un géant industriel devant les tribunaux en brandissant la Constitution comme une épée de justice.

La conférence s’est achevée sous les applaudissements d’une assistance secouée. Le Professeur Etukumalo a réussi son pari : sortir l’environnement du ghetto des sujets techniques pour le placer au cœur du sujet politique par excellence.

La Constitution de 2006 fête ses vingt ans dans une ambiance de fin de cycle. Si une nouvelle page doit s’écrire, elle ne pourra faire l’économie de cette dimension écologique. Car au-delà des mandats, des sénats et des gouvernorats, il reste une réalité immuable : le sol congolais.

Comme l’a si bien conclu le Professeur Achille Etukumalo, interdire de réfléchir à la Constitution est une violation de la liberté de penser. Mais oublier l’environnement dans cette réflexion serait une violation de l’avenir de nos enfants. La balle est désormais dans le camp des politiciens, sous l’œil vigilant des scientifiques qui, comme Achille Etukumalo, refusent de laisser brûler la bibliothèque sans donner l’alerte.

Rédaction


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