
Ce lundi 23 mars 2026, le silence qui a enveloppé la commune de Lubunga n’était pas celui d’un repos dominical, mais celui d’une protestation sourde et déterminée. À Kisangani, la rive gauche du fleuve Congo a crié son ras-le-bol par l’inaction. Une opération « ville morte », orchestrée par une jeunesse excédée, a transformé cette partie de la ville en un symbole de résistance civile face à l’oubli infrastructurel.
Dès l’aube, le décor était planté : étals vides au marché, rideaux de fer baissés pour les commerces, et un trafic routier réduit à sa plus simple expression. Le Conseil de la jeunesse de Lubunga n’a pas seulement lancé un mot d’ordre ; il a cristallisé un sentiment d’abandon partagé par des milliers de citoyens.
L’objectif de cette journée était clair : dénoncer l’état de dégradation avancée de la voirie urbaine. À Lubunga, circuler n’est plus un acte anodin, c’est un parcours du combattant. Les nids-de-poule se sont mués en crevasses, et l’enclavement asphyxie l’économie locale, isolant un peu plus chaque jour les habitants du reste de la Boyoma.

Au cœur des revendications figure une promesse présidentielle qui résonne aujourd’hui comme un écho lointain. Le Chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi, avait annoncé l’asphaltage et le goudronnage de 15 kilomètres de voirie spécifiquement pour Lubunga.Cependant, le constat sur le terrain est amer pour les manifestants :
– Ailleurs : Les travaux de modernisation progressent dans d’autres communes de Kisangani.
– Ici : Lubunga attend toujours le premier coup de pioche significatif.
– Le sentiment : Une marginalisation perçue comme une injustice territoriale flagrante.
« Pourquoi nous oublie-t-on ? » semble être la question qui brûlait les lèvres des marcheurs tout au long des artères principales et des « coins chauds » de la commune.
La marche pacifique, point d’orgue de cette mobilisation, s’est achevée par un acte administratif fort. Sous l’égide de Francis Samene, président du Conseil de la Jeunesse, un mémorandum a été remis officiellement au gouvernorat de province intérimaire, Patrick Valançio.
Le message consigné dans ce document est un appel à l’action immédiate. Il ne s’agit plus de discuter de budgets ou de plans à long terme, mais d’améliorer les conditions de vie de citoyens qui voient leur mobilité et donc leur accès aux soins, à l’éducation et au commerce entravée par la boue et l’érosion.

Cette journée de « ville morte » réussie est bien plus qu’une simple manifestation locale. Elle remet sur le devant de la scène la question cruciale de l’équité dans la répartition des projets de développement.
À Kisangani, la modernisation ne peut être sélective. Pour que la ville respire à l’unisson, ses deux rives doivent être traitées avec la même dignité infrastructurelle. La frustration qui gronde à Lubunga est un avertissement : la population n’acceptera plus d’être le parent pauvre de la reconstruction urbaine.
Reste désormais à savoir si le cri de Lubunga, porté par sa jeunesse, franchira les eaux du fleuve pour trouver une réponse concrète dans les bureaux de Kinshasa et du gouvernorat. L’avenir de la cohésion sociale à Kisangani en dépend.
Sylvain Kaita
