Cinéma politique à la centrale hydroélectrique de la Tshopo : le Sénateur Jean Bamanisa exige le divorce entre les intérêts partisans et la gestion technique de l’électricité

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Le décor est planté, et il n’a rien d’une fiction. Ce jeudi 6 mars 2026, au cœur de la ville martyre et résiliente de Kisangani, le Sénateur Jean Bamanisa Saïdi a troqué les dorures parlementaires pour le bleu de chauffe du contrôle citoyen. Dans le cadre de ses vacances parlementaires, l’élu a reçu en audience le directeur provincial de la Société nationale d’électricité (SNEL), Alphonse Kitambala.

Ce n’était pas une rencontre de courtoisie. C’était une autopsie. Celle d’un système énergétique à l’agonie, étouffé par des décennies de vétusté et, surtout, par les scories d’une politique-spectacle qui sacrifie le courant sur l’autel du populisme.

Le constat brossé par Alphonse Kitambala est sans appel : Kisangani a soif de lumière. Avec un besoin estimé à 45 mégawatts pour faire respirer l’économie locale et éclairer les foyers, la production actuelle ressemble à un filet d’eau tentant d’éteindre un incendie.

La centrale de la Tshopo, héritage de l’époque coloniale, est à bout de souffle. « Elle a fait son temps. Elle doit être modernisée », a reconnu le patron provincial de la SNEL. Entre les projets de réhabilitation de Tshopo 1, l’arlésienne de Tshopo 2, la modernisation du réseau et la promesse d’une centrale solaire de 10 mégawatts, le menu est copieux, mais l’assiette reste désespérément vide pour le consommateur boyomais.

Face aux promesses et aux brossages de situation, le sénateur Bamanisa a opposé une expertise froide et une mémoire d’acier. Lui qui a participé à la rédaction de la loi sur la libéralisation du secteur et financé des études dès 2008 ne se laisse pas conter fleurette.

« Votre centrale est devenue un musée. Il faut arrêter d’impliquer des gens qui ne sont pas du secteur. L’électricité n’est pas un spectacle politique. C’est un domaine extrêmement technique ».

D’un ton incisif, il a rappelé les vibrations suspectes sur les axes des turbines identifiées dès 2012, les problèmes de batardeaux et le manque chronique de suivi. Pour lui, le diagnostic est posé : Kisangani souffre moins d’un manque de moyens que d’une overdose d’interférences politiques.

Le sénateur a soulevé le paradoxe du financement : l’argent est là, mais les câbles restent secs. À travers le fonds FRIVAO, des enveloppes colossales 9 millions pour la réhabilitation et 50 millions pour des travaux d’envergure incluant Tshopo 2 attendent d’être transformées en électrons.

Bamanisa a fustigé les solutions cosmétiques, notamment l’achat de groupes électrogènes pour 8 millions de dollars, une somme qui, selon lui, a été jetée par les fenêtres pour une capacité dérisoire de 1 à 3 mégawatts. « On joue avec l’argent du Trésor public », s’est-il indigné, dénonçant une gestion court-termiste au détriment de solutions structurelles.

Pour l’élu des élus, le dossier n’est plus seulement économique, il est vital. Chaque délestage dans un hôpital est une mise en danger de la vie d’autrui. Chaque coupure est un frein au développement de la Tshopo.

Jean Bamanisa Saïdi a conclu cette audience par une mise en garde sévère, une promesse de mobilisation populaire. Si les blocages administratifs et les tiraillements politiques ne cèdent pas la place à la rigueur technique :

– Action en justice contre les responsables de la débâcle.

– Mobilisation de la population pour exiger son droit à l’énergie.

La gestion de l’électricité à Kisangani doit quitter le champ de la communication pour celui de l’ingénierie. Entre modernisation et transparence, la voie est tracée.

Jerry Lombo


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