
Alors que la fluidité du transport est le poumon de toute économie régionale, la route nationale reliant Bunia à Butembo est devenue le théâtre d’une exploitation financière sans précédent. Entre taxes informelles et multiplication de barrières, le prix du voyage explose, plongeant les usagers dans un désarroi total. Mufalme Ezekias, président de la communauté Yira en Ituri, brise le silence et pointe du doigt un système de prédation qui ne dit pas son nom.
De retour d’un voyage par route entre ces deux pôles économiques, le constat de Mufalme Ezekias est amer. Ce vendredi 13 février 2026, face à la presse, son témoignage ne se contente pas de relater un voyage ; il décrit une véritable descente aux enfers pour le portefeuille du citoyen congolais.
Le chiffre donne le vertige. En l’espace de quelques mois, le coût du transport pour franchir la distance séparant Bunia de Butembo a été multiplié par trois. Ce qui se négociait jadis à 15$ ou 20$ s’arrache désormais au prix exorbitant de 50$.
Cette inflation n’est pas due à l’état de la route qui permet pourtant de relier les deux villes en moins de quatre heures ni à une pénurie de carburant, mais bien à une fiscalité de l’ombre. Pour les chauffeurs, augmenter le tarif n’est plus un choix, mais une stratégie de survie face à une « marmaille de services » voraces.
Le cœur du problème réside dans la multiplication des points de contrôle. De Bunia jusqu’à la limite de Luna, Mufalme Ezekias a dénombré plus de quatre barrières majeures. À chaque arrêt, le scénario est le même : une accumulation de services (PCR, services de sécurité, agents administratifs) exigeant leur tribut.
« À chaque barrière, les chauffeurs paient pas moins de 250.000 FC. Vous quittez Bunia, vous trouvez des services à Tchai, puis en Irumu, puis à Komanda… Où part cet argent ? Est-ce pour le trésor public ou pour tracasser la population ? » s’interroge-t-il avec une émotion palpable.
Cette question de la destination de ces fonds est au centre de l’indignation. Pour la communauté Yira, ces perceptions ne servent ni à l’entretien routier, ni à la sécurisation réelle de l’axe, mais alimentent un circuit opaque qui appauvrit le commerçant et le voyageur.
Face à ce qu’il qualifie de « terrorisme administratif », Mufalme Ezekias ne voit qu’une seule issue : l’arbitrage du Lieutenant-Général Luboya N’kashama, Gouverneur militaire et Commandant des opérations en Ituri.
Au nom de la communauté Yira, il sollicite une intervention urgente pour :
-Dementeler les barrières illégales qui étouffent la circulation.
– Identifier et sanctionner les agents des services (notamment la PCR) qui outrepassent leurs fonctions.
– Uniformiser les taxes pour permettre un retour à des tarifs de transport décents.
La sortie médiatique du président de la communauté Yira est un signal d’alarme pour les autorités de l’état de siège. Si rien n’est fait, l’axe Bunia-Butembo risque de devenir une enclave économique où seuls les plus riches pourront circuler. En demandant au Gouverneur Luboya de remettre de l’ordre, Mufalme Ezekias ne défend pas seulement une communauté, mais l’intérêt général d’une population qui ne demande qu’à circuler librement pour reconstruire sa province.
Justin Ndassi
