
Dans l’écrin feutré de l’hôtel le Triangle, ce le mardi 27 janvier 2026, l’ambiance n’était pas seulement à la reddition de comptes, mais au récit d’une année de résistance. L’unité Kisangani Emergency Response (KERE) de Médecins Sans Frontières a dévoilé les chiffres d’une année 2025 où l’urgence est devenue la norme, et la vie, un combat de chaque instant dans les quatre provinces de l’ex-Province Orientale.
Par une matinée empreinte de gravité, les responsables de MSF ont transformé le traditionnel café de presse en une fresque humanitaire saisissante. L’objectif ? Passer au crible douze mois d’interventions chirurgicales, de campagnes d’intervention marathon et de déploiements au cœur de l’insécurité.
L’année 2025 ne fut pas un long fleuve tranquille. Elle fut une succession de déflagrations sanitaires. Des épidémies de rougeole dévastatrices aux résurgences du choléra, en passant par la menace sourde du Mpox et des fièvres hémorragiques, les équipes de KERE ont dû faire preuve d’une agilité quasi athlétique.

Qu’il s’agisse de soigner les plaies béantes des conflits armés en Ituri ou de répondre aux colères de la nature, l’unité d’urgence a agi comme le dernier rempart entre les populations vulnérables et le chaos.
Dans la province de la Tshopo, le bilan est sans appel. Les chiffres parlent une langue de fer et de compassion :
– 4 087 âmes arrachées aux griffes du choléra.
– Une muraille immunitaire érigée pour 18 025 déplacés du conflit intercommunautaire Mbole-Lengola sur les sites de Konga-Konga, Saint-Gabriel et Aspiro.
– Un rattrapage salvateur pour 4 963 enfants dans la zone de Wanie-Rukula, réintégrés dans le circuit de la vaccination de routine.
En couvrant l’intégralité des 23 zones de santé, MSF a prouvé que la géographie de l’urgence n’a aucune zone d’ombre pour ses logisticiens.

L’Ituri, terre de contrastes et de douleurs, a nécessité une mobilisation sans précédent sur ses 36 zones de santé. Dans la zone d’Adi, MSF a réalisé un véritable tour de force :
– L’immunité pour bouclier : 43 391 enfants vaccinés contre la rougeole en un temps record.
– La dignité restaurée : 5 863 ménages ont reçu des kits de première nécessité (NFI), transformant des abris de fortune en foyers résilients.
– L’accès universel : Plus de 33 000 consultations gratuites, prouvant que la santé ne doit jamais être un luxe, même sous le sifflement des balles.

Plus au nord, dans le Bas-Uélé, MSF a porté secours à ceux que l’histoire a poussés à l’exil. À Zapay et Ango, ce sont 5 383 réfugiés centrafricains qui ont trouvé une oreille médicale et des soins de qualité. Parallèlement, la lutte contre le paludisme, ce tueur silencieux a permis de sauver 5 934 enfants, redonnant le sourire à des milliers de mères.
Mais le travail de MSF ne se résume pas à éteindre des incendies. La force de l’unité KERE réside dans sa veille sanitaire. Grâce à des missions exploratoires permanentes, l’organisation « écoute » le terrain, traque les premiers signes d’une épidémie et analyse les mouvements de population pour frapper avant que la crise ne devienne une catastrophe.
« Nous ne nous contentons pas de répondre ; nous anticipons pour ne pas être pris de court par la fatalité », a signifié Nocolas Gueral, Coordonnateur MSF|KERE basée à Kisangani.
En refermant ce chapitre de 2025, MSF lance un message clair : tant que le contexte sécuritaire restera précaire et que les systèmes de santé peineront à répondre à la demande, les blouses blanches (et les gilets de terrain) resteront en première ligne.

Le café de presse de ce mardi n’était pas une fin en soi, mais le rappel nécessaire que dans l’ex-Province Orientale, l’humanité a un nom, une méthode et une détermination infatigable.
Jerry Lombo
